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possesseurs exclusifs , puissent leur être appliquées les lois relatives à la propriété des mines, où les gouvernemens interviennent comme co-propriétaires !

Quelques-uns de nos lecteurs connaissaient déjà le jugement que Laharpe a porté, dans ce même journal, des lettres originales de Mirabeau , à l'époque où elles parurent. Ceux qui avaient pu l'oublier, l'auront retrouvé avec plaisir dans les mélanges inédits de cet habile critique (1), publiés, l'année dernière par un homme qui joint lui-même à une critique très-saine , beaucoup d'esprit et de goût. Il est vrai que pour quelques personnes ,, il faut distinguer dans Laharpe deux hommes, le vieil homme et le nouveau , le rédacteur da Mercure et le rédacteur du Mémorial , le philosophe enfin et le converti. De cette distinction, résulte ane autre distinction entre ses jugemens littéraires de telle époque et ceux de telle autre. On est presque convenu de tirer une ligne de démarcation entre tout ce qu'il a écrit jusqu'à telle année, et tout ce qu'il a écrit depuis lors jusqu'à sa mort; et par un bizarre renversement des idées communes , c'est l'âge mûr., l'âge de la raison et du talent , qui aurait été pour lui l'âge de la déraison et de l'affaiblissement des organes. Il suffit alors , pour réfuter ses opinions d'un certain tems, de dire que depuis il aurait pensé ou écrit différemment. Ce même homme a heureusement pour sa gloire élevé un monument littéraire dans lequel on pourra trouver à reprendre quelques défauts de proportions et d'ensemble, mais où il a déposé des opinions fixes qui feront toujours autorité. Quant à moi qui tiens toujours pour bon et trèshon l'article du Mercure de 1992, je ne hasarde qu'avec une extrême défiance quelques réflexions sur un sujet traité par une plume aussi habile, et aussi exercée.

Un écrivain qui , jeune encore , s'annonce avec de grands talens est déjà certain d'attirer sur lui l'attention publique et d'éveiller la critique littéraire ; mais

que

des passions fougueuses et une ame forte viennent à révéler

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(1) Mélanges inédits de littérature, dç J. F. de Laharpe , recueillis par J. B. Salgues, Paris, Chavanerot.

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en lui un de ces hommes extraordinaires, qui passent la portée de nos vices et de nos vertus ; qu'à peu de tems de là, éclate une de ces révolutions qui bouleversent tout un ordre de choses , et froissent les plus grands intérêts; que cet homme s'en déclare le chef : il ne sera plus possible désormais de séparer en lui l'écrivain de s'homme d'Etat ; et sa réputation littéraire et politique, déprimée ridiculement par un parti', exaltée peut être avec excès par l'autre, deviendra pour la postérité un de ces problèmes qu'il faut lui laisser à résoudre. L'homme de la révolution est encore trop près de 'nous, pour que l'écrivain puisse être jugé sans passion et avec impartialité. Nous voyons tous les jours tant de réputations littéraires plus solides, et qu'on met en question! A l'époque où parurent les Lettres de Mirabeau à Mme de Monnier, tout contribuait à répandre sur lui le plus vif intérêt. Une mort prématurée, le souvenir de ses travaux législatifs , ' les craintes de l'avenir, le mal présent dont on le croyait seul capable d'arrêter les progrès, une foule d'autres circonstances ajoutaient aux regrets de sa perte et rendaient les particularités de sa vie plus précieuses. La curiosité fut générale; ami ou ennemi, tout s'empressait de lire ces lettres pour y trouver, les uns, de nouveaux motifs d'admiration, les autres, de nouveaux sujets de dénigrement. L'espoir de ceux-ci pouvait n'être pas sans fondement; on a vu tant de ces lettres écrites dans l'intimité d'une correspondance familière qui, devenues publiques par l'impression, ont été plutôt des monumens à la honte qu'à l'honneur de ceux qui les avaient écrites! on fut généralement, 'obligé de convenir qu'il n'en était pas de même de 'celles-ci. Aux yeux les plus sévères et les plus prévenus, Mirabeau peut paraître coupable, mais jamais vil. Il est difficile de refuser son aclmiration à cette fermeté d'ame que rien ne peut abattre, ni le malheur, ni le sentiment de l'injustice victorieuse et toute puissante. Je ne puis convenir toutefois avec M. de Laharpe que ces lettres,

comme ouvrage de sentiment, soient comparables aux plus belles de la Nouvelle Héloïse. En cherchant à m'expliquer pourquoi elles m'attachent plus qu'elles ne m'at

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tendrissent, je serais tenté d'en attribuer la cause à cette même fermeté d'ame que j'y admirais tout-à-l'heure. C'est, comme on l'a dit, un grand et beau spectacle que celui d'un homme aux prises avec l'adversité; spectacle étonne plus qu'il ne toucle. Tant qu'il y a lutte, il y a espoir ; c'est le malheur sans espérance qui émeut et arrache des larmes. Les pages en petit nombre où la douleur de Mirabeau est vraiment éloquente et parle le plus au cour, sont celles où son courage semble l'abandonner, où pensant à quitter la vie , il lègue à sa maîtresse et à son enfant ce portrait, ces bagues , ces cheveux, précieuses bagatelles et seules marques de souvenir qu'il lui soit permis de donner. Alors, mais alors seulement, il s'élève à ce haut degré d'intérêt qui anime les pages de Rousseau. Par-tout ailleurs, c'est le sentiment de l'oppression qui paraît guider sa plume; c'est moins le cri de la douleur que celui de la vengeance. Dans les fers, il intimide ses ennemis. Il y a plus, comme amant, on ne peut pas dire

que

Mirabeau soit malheureux. Il aime, il est aimé; il est sûr du coeur de sa maîtresse. Il a l'espoir d'être bientôt rejoint à elle. Faut-il s'étonner qu'il conserve cette liberté d'esprit qui lui permet de traduire et Boccace et Tibulle , et les baisers de Jean second, et de se livrer à un grand ouvrage sur les prisons d'état? Aussi sent-il lui-même qu'il peut y avoir de plus grandes infortunes en amour. On le voit bien dans cette question qu'il propose à Sophie : Quel. est le moment où Orosmane est le plus malheureux : est-ce celui où il se croit trahi par sa maîtresse? est-ce celui où, après l'avoir poignardée, il reconnaît qu'elle est innocente? Question qu'il résout lui-même dans une autre lettre, comme on devait l'attendre de sa manière de concevoir et de sentir l'amour : c'est-à-dire , qu'il trouve Orosmane plus malheureux quand il se croit trahi, que lorsqu'il a poignardé Zaire, parce qu'alors, dit-il, il sait bien qu'il n'a plus qu'à se tuer lui-même. Je crois au surplus que sa lettre est du tems où cette question assez singulière était débattue dans les journaux, comme devant une cour d'amour, par quelques beaux esprits, et que c'est-là ce qui lui a donné l'idée de la traiter

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lui-même. C'est peut-être aussi sa manière de décider la question qui lui a valu, dans un dictionnaire historique, la qualification d'amant brutal. Rien dans les anecdotes connues de sa vie, ni dans ses lettres, ne fonde cette accusation de brutalité. On sent à la vérité que l'amour platonique n'était point son fait. Trop souvent même il se livre à des peintures plus libertines que voluptueuses; son expression n'est pas toujours assez chaste; il ne met pas toujours un choix assez délicat dans les anecdotes dont il égaie sa correspondance; enfin un grand nombre de ces pages que Laharpe compare à celles de la Julie, rappellent bien plutôt l'auteur de l'Erotika Biblion et du Libertin de qualité ; mais il n'y a pas là de quoi appeler un homme amani brutal. Ce n'est pas un amant sans délicatesse que celui qui revient sans cesse et avec l'expression de la plus vive douleur sur les chagrins et les persécutions qu'il a attirés à la femme qu'il aime. Cette idée se reproduit en plus de vingt endroits de ses lettres. J'insiste sur ce fait parce que dernièrement encore j'ai vu reprocher à Mirabeau son indifférence sur les malheurs dans lesquels il avait entraîné Mme de Monnier.

Si ses lettres ne sont pas des modèles de sentiment , elles n'en sont pas moins intéressantes par la variété des sujets qu'il traite. Economie politique , littérature , physiologie , éducation physique des enfans', rien ne lui est étranger. Et c'est à vingt-huit ans, et dans des lettres écrites avec la rapidité de la pensée , qu'il jette sur des matières si diverses , des vues dont la profondeurétonne.

Presque tous les esprits d'un certain ordre, comme les physionomies caractérisées , ont un trait principal et saillant, une sorte de caricature. Ce qui semble distinguer particulièrement l'esprit de Mirabeau , c'est la dialectique ; espèce d'arme qu'il sent plus qu'aucun autre à sa main, dont il aime à faire usage , et qui, jointe aux autres parties de l'orateur , devait lui faire donner plus tard le surnom de Démosthène français. On pense bien que dans les lettres dont il s'agit, cette faculté doit être souvent oisive ; il semble qu'il craigne de la perdre dans le repos , et c'est avec une naïveté qui seule prouverait, s'il en était besoin , l'authenticité de ces lettres et l'aban

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don avec lequel elles étaient écrites , qu'il demande à sa maîtresse qu'elle lui fasse ses objections, soit sur l'inoculation , soit sur autre chose, se promettant bien de la combattre , et comme appréhendant qu'elle ne se rende trop tôt à son avis ; mais ce besoin d'escrime a peu

d'occasion de se satisfaire. Sophie ne pense et ne voit que

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Le caractère , qui décide avec tant d'autorité de nos goûts et de nos opinions en littérature , dicte à Mirabeau une grande partie de ses jugemens sur les écrivains du dix-huitième siècle. On n'est pas étonné de son enthousiasme pour Montesquieu , Buffon , Voltaire, et de lui voir préférer Rousseau à tous. Son admiration pour lui est un culte. Tantôt c'est son génie devant lequel il se prosterne , tantôt c'est sa personne qu'il défend. «O SO» phie ! Sophie ! dit-il quelque part, où est ta raison, » ton tact et ta justice ? Il y a des choses excellentes dans » Emile , dis-tu. Eh! quoi donc n'y est pas excellent ? >> Ordonnance sublimé, détails admirables, style ma» gique , raison profonde.... Et tu compares un enfant » à un tel homme..... Qu'ai-je fait? une mauvaise bro» chure où se trouvent quelques vérités, des tableaux » fortement coloriés, peut-être , qui décèlent une ame » haute et noble , et du feu dans la tête ; mais encore » une fois, ce livre est détestable; oui , Sophie , détes» table; c'est un tissu de lambeaux unis sans ordre, » empreint de tous les défauts de l'âge où j'écrivais. Il » n'a ni plan , ni forme, ni correction , ni méthode...... » Bon dieu ! quelle distance de là au génie mâle et pro» fond , créateur et sublime de Rousseau ! O Sophie, » Sophie! tu me sais honte de moi-même. » Il y a, ce me semble, dans ce langage de l'enthousiasme , dans cette justice rigoureuse exercée envers soi-même, quelque chose de noble et qui décèle une ame non commune. Il n'appartient pas à tout le monde de s'emporter avec cette véhémence contre un éloge auquel l'amour propre, n'ayant rien à craindre du ridicule , pouvait aisément se laisser prendre ; le repousser avec cette franchise, c'est !

: presque s'en montrer digne. L'indiscrète admiration de Sophie pour Gabriel, donne à celui-ci de fréquentes

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