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nouveaux éloges en offrant sur les Pays-Bas un tableau politique, où les faits soient suffisamment approfondis, quoiqu'exposés avec précision.

Ce tableau se trouve de sa nature divisé en trois parties :

La première doit présenter l'existence politique de toutes les provinces anciennement connues sous les dénominations diverses de Pays-Bas, Basse-Allemagne, et cercle de Bourgogne, depuis les premiers temps, jusqu'à l'époque de l'affranchissement de sept de ces provinces, c'est-à-dire jusqu'à la création de la république de Hollande.

Dans la deuxième, nous continuerons l'histoire des provinces inaintenues sous la domination espagnole, jusqu'au traité qui-les a détachées de la France pour en faire une des portions principales d'un royaume des Pays-Bas.

Nous présenterons dans la troisième, les vicissitudes mémorables de la république depuis son origine jusqu'à l'époque où son territoire est pareillement devenu partié intégrante de la monarchie, placée par les rois confédérés sous le sceptre des descendans de Guillaume le Taciturne.

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PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE PREMIER.

ii Jusqu'à la Maison de Bourgogne. s Les peuples qui habitaient les rivages de l'Océan, entre les bouches du Rhin et de l'Ems, sont compris par les anciens, les uns parmi les tribus germaniques, les autres entre les nations gauloises. Aussi les faits que les livres des Romains nous ont transmis sur la condition de ces deux grandes familles de la race celtique, forment-ils en même temps l'histoire générale des anciens habitans des Pays-Bas ; il n'y a que quelques traits à ajouter au tableau.

C'était la partie méridionale qu'on comprenait dans la Gaule. Là se trouvaient les Belges, dont Jules-César a dit : horum omnium fortissimi sunt Belgæ (1), et qu'il eut tant de peine à soumettre au joug de sa république ou de son empire. Au-dessus étaient les Bataves , que ce grand capitaine aima mieux dès-lors avoir pour alliés que pour ennemi:. Ils habitaient une portion de ce qu'on nomme aujourd'hui Hollande.

Ainsi donc, au berceau même de ces peuples, on trouve établie cette distinction que la nature avait marquée quand elle avait donné aux uns, un des plus beaux sols de l'Europe, aux autres, quelques lambeaux de terre qu'il faudrait sans cesse disputer à l'Océan. La nature semblait ainsi avoir décidé que, de ces deux portions, l'une serait naturellement riche et soumise, l'autre essentiellement industrieuse et libre.

Les Bataves devinrent donc alliés des Romains, et il ne paraît pas , quoiqu'en dise l'historien Florus, que César ait dépassé leurs frontières. Braves et fidèles, ils méritèrent d'être introduits par Auguste dans les cohortes romaines. Les écrivains de cette époque ont donné à quelques-uns de leurs chefs le titre de rois. Dès-lors sans doute ils parcouraient dans des barques, ces canaux naturels qui coupaient leur territoire, et l'on peut croire que cette navigation in. térieuré leur donnait déjà quelque importance.

Les Romains fortifièrent plusieurs points sur leurs frontières du côté de la Gaule, pour contenir l'ardeur naturelle des Bataves. Caligula bâtit une tour près de Catwik, pour rester maître des embouchures du Rhin. Britten et d'autres places furent élevées dans le même but: les Bataves'n'en concevaient point d'ombrages; ils faisaient un commerce actif avec ces places.

Les troubles violents qui agitèrent les Gaules à la mort de Néron ne laissèrent point les Batavés inactifs. Un chef

(1) Commentaire, liv. I.

nommé Cirilis, voulut profiter de la situation où se trouvait l'empire, pour affranchir le pays d'un tribut d'hommes auquel il s'était précédemment soumis. On prend les armes à sa voix; les frontières romaines sont franchies, et les Gaulois du Nord invités à lever l'étendard de la révolte. Les chefs se 'rangent en foule auprès du guerrier batave, plusieurs postes romains sont enlevés; et l'on croit voir renaître les temps des Vercingetorix et des Sacrovir.

La fortune favorisa d'abord les confédérés: ils firent des progrès dans la Gaule; mais la plupart des nouveaux.compagnons de Civilis, ne tardèrent pas à se dégoûter de la guerre et à rentrer dans les bornes de la soumission. Après avoir lutté quelque temps encore, avec des succès balancés, contre un général de Vespasien, il se détermina lui-même à la paix , et la conclut. Les Bataves reconnurent donc l'empereur et rentrèrent dans leur île; Civilis déposant le glaive, vécut dès lors et mourut inaperça entre ses compatriotes. Trois siècles plus tard, il eût été sans doute le fondateur de quelque puissant état.

L'histoire des Pays-Bas est maintenant pendant un long intervalle, couverte de voiles qu'il serait non moins inutile que fatiguant de vouloir soulever. Les 'noms des principaux peuples qui y habitaient, ne sont plus prononcés par les historiens que de temps à autre, et seulenient, comme fournissant de bons soldats aux milices romaines (1). On les voit aussi soutenir diverses luttes contre ces tribus franciques, dont l'inquiète audace fatiguait la tactique romaine: ils les repoussaient et en étaient repoussés tour-à-tour. Peu de détails, au reste', sur l’étal de civilisation. Le christianisme s'introduisait lentement; les institutions, romaines n'avait pu s'établir que sur quelques points, et l'industrie venait d'être anéantie à son aurore, par ces légions de brigands qui infestaient les rivages des fleuves.

(1) Tableau de l'Histoire générale des Provinces-Unjes,

On voit les Bataves et les Frisons confondus vers le quatrième siècle ; quelques historiens ont nommé rois les chefs qui les gouvernaient alors, mais c'étaient des rois dont le sceptre se courbait devant l'épée d'un lieutenant du prétoire; et ceux de leurs noms barbares qui nous sont parvenus, ne méritent pas d'être rappellés. Il faut croire que la plus grande partie des provinces belgiques se trouvèrent soumises aux Francs, lors de l'établissement solide de ceux-ci dans la Gaule, et c'est ce que divers passages des plus anciennes annales semblent confirmer; mais ces peuples cherchèrent à s'affranchir pendant les guerres qui suivirent les partages de la monarchie. Charles-Martel et ses successeurs les battirent plusieurs fois. Charlemagne les souinit enfin définitivement à son vaste empire. Il divisa le pays en un certain nombre de cantons, à chacun desquels il préposa un Comte (1); ces comtes étaient subordonnés à un duc, et amovibles comme lui. Ce duché de Frise, ducatum Frisice, ainsi le nomment les anciens annalistes, s'étendait jusqu'à la Meuse. L'autre partie des provinces belgiques avait été comprise, dès les premiers temps dans le royaume d'Austrasie. Toutes deux subirent après Charlemagne la destinée commune : d'amovibles, les délégués de la couronne devinrent partout inamovibles et héréditaires. Dans la Frise, le duc disparut entre les troubles où la faiblesse des monarques et l'ambition de leurs officiers jeltèrent alors l'empire. Les comtes devinrent des souverains dont le nombre fut successivement réduit par des guerres ou par des alliances. Il n'y en eutenfin qu'un seul, et cela eut lieu. suivant les auteurs les plus accrédités, vers la fin du neuvième siècle, époque marquée aussi par une grande révolution physique dans ces contrées ; au reste le titre de comte de Hollande parait pour la première fois dans un diplôme donné par l'empereur Henri IV, en 1064 ; et c'est par anticipation que quelques écrivains ont ainsi désigné ces seigneurs de la

(1) D. Bouquet, tom. V.

Frise institués deux siècles avant; le mot Hollande signifiait terre-basse ou marécageuse, et il ne fut d'abord que celui d'un petit canton.

Mais ce pays s'offrait dès-lors sous un aspect fort remarquable : la féodalité n'y avait pas pris les caractères qu'elle présentait partout ailleurs; dès les premiers temps les comtes avaient reconnu qu'on ne pouvait gouverner ce peuple qu'avec justice et modération. Son humeur indépendante menaçait trop souvent leur faible puissance pour qu'ils osassent en abuser. Il arriva delà que les premières chartes et concessions du pouvoir, furent fécondes en résultats pour la masse de la nation. Elle prit rang dans la communauté, ses vaux durent-être entendus; ses droits durent-être représeniés; c'est-à-dire que le parlement féodal (1) du souverain , composé primitivement de la noblesse et du clergé, se trouva changé dès les premiers temps en assemblée d'états par la présence de députés du peuple. L'origine de ces assemblées est , en effet, fortancienne dans la Frise comme dans les autres provinces, et leur influence sur les affaires publiques est signalée par un grand nombre de pièces. On voit en 1203, pour ne citer que ce seul trait, une comtesse de Frise ou de Hollande, douzième souveraine de ce pays, détrônée

pour

s'être mariée sans le consentement des états. Les princes célébraient ordinairement leur avènement par

des priviléges qu'ils accordaient aux villes, et la moindre atteinte qu'ils y portaient ensuite, devenait la source de longues dissentions. Chaque année en ajoutant aux développemens du commerce et de l'industrie, surtout dans les provinces méridionales, ajoutait aussi à l'énergie nationale, car si, dans l'état social , les richesses avilissent quelquefois les hautes classes, il n'est certainement pas de plus sûr auxiliaire de la tyrannie, que les misères du peuple.

Il faut voir aussi que la noblesse intermédiaire était beau

(1) Voyez Précis historique de la France ( Parlement ).

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