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de directum, de même que l'ubac, le versant opposé, est une forme de opacum. Il fait bon au printemps à l'adrech, dans la forêt de pins, frais en été à l'ubac, sous les mélèzes. En patois languedocien, on a l'adré et l'avès (adversus) ; le bois de l'avès, qui noircit au feu, est moins bon à brûler

que

celui de l'adré, qui a cru en plein soleil. Les Aglans, ou aclans, les épineux, descendant d'aculeus par aculentus, comme églantier, anciennement aiglantier.

Les aiges ou les ages, cantons nombreux dans le bassin de la Saône, sont venus, comme les hayes de Lorraine et les hagis des Vosges, de l'allemand hage. Sur la route de Flangebouche à Fuans (Doubs), au pied du versant des Ages de Loray, qui porte la première sapinière qu'on rencontre en allant par cette route de Besançon à Morteau,, on trouve une auberge isolée: l'enseigne en est un tableau représentant les âges, les quatre âges de la vie! Passons.

L'airelle viendrait d'aire, atra, noire, en raison de sa petite baie noirâtre. Le canton des Aitrolles, à Gémeaux (Côte-d'Or), aurait-il des airelles ou des hêtrelles ?

Dans la forêt de Moulière, entre Poitiers et Bonneuil-Matours, un très vaste canton fort mal boisé de quelques bouquets de chêne envahi par de nombreuses et hautes bruyères, et en voie de restauration par les plantations résineuses, porte le nom de Plan des Aises. Les forestiers se creuseront en vain la tête pour trouver dans le sol ou ses productions la raison de cette appellation : qu'ils la demandent à la Vénerie, celui de tous les arts qui a le mieux conservé son ancien langage. S'ils ne trouvent rien dans da Fouilloux, qu'ils cherchent dans Gaston Phæbus, le père de la vénerie française, ils y trouveront sans doute ce mot qui, en patois de Languedoc (Gaston était comte de Foix et tenait sous sa main toutes les Pyrénées, depuis le pays Basque (exclus) jusqu'au Capsir (exclus)] se trouve avec la forme lous aïses, les allures, les mæurs, les remises du gibier. Or, forestiers et chasseurs tomberont d'accord que quand on veut lancer en Moulière, si on n'a pas fait le bois le matin, c'est au Plan des Aises qu'il faut découpler pour attaquer à la billebaude.

Le Val d'Ajol ou d'Ajot, comme tel canton d'Ajou, peut tirer son nom du genêt, adjotum; c'est assez probable, car la fleur d'or y abonde.

Toutle monde connaît l’Alagnier, qui donne les alagnes, avellanas, encore ainsi appelées dans le Val Romey, en Bugey, où l'on parle à moitié latin; mais il est peu d'Ollagnier sachant que leur nom signifie noisetier. Il a subi d'ailleurs diverses déformations ; l'alagne est devenue l'olonne, qui a donné son nom à la combe Ologne; l’olagnier est devenu aulagnier et aulanier, qui vaut tout autant que coudrier; mais alagne

est mieux approprié que noisette. Dans le midi on a les cantons des Abélanouses et les avélagnés.

L'alisier, du haut allemand els ? en vieux français alier, qui pourrait venir de alere, est dit alue à Besançon : la rue de l’Alue. Mais comment, en affectant le nom d'alise au fruit de l'alisier lorminal, a-t-on fabriqué celui d'allouchier, produisant les aloses de l'alisier blanc, pirus aria, dit arbessier dans l'Ain ? L'alisier a nommé le canton de l'Aleuse. Et celui de Dialose, n'est-ce pas celui des deur alisiers ?

L'amélanchier semble dériver de ponhos, pomme et ayye:v, étrangler, petite pomme âpre à la gorge, l'a est ici, en préfixe épenthétique, comme dans aborner, abrouti, aménagement et une foule de mots usuels du midi de la France.

En Langue d’oc un arbeltier, qui élève l’arbel, le petit arbre, est un pépiniériste.

L'arbenne, pour albane, désigne au mieux le lagopède, que les naturalistes ont ainsi baptisé pied-de-lièvre, tandis qu'à première vue chacun nomme cet oiseau perdrix blanche. On l'appelle aussi plarmigan, jalabre (gallus albus), coq blanc, et gariole (variola). Malgré tous ces beaux noms, elle ne fait pas un bon mets, non plus que ses voisins d'habitation sur les grandes hauteurs, le lièvre blanc et même le chamois.

Ardenne ne vient-il pas du celte ar-tann, la chênaie ? Au loin des Ardennes montagneuses, nous avons encore le bois des Ardennes, sur Bassigny, près Vauvillers (Haute-Saône).

Les Armonts, comme la combe d’Arvaux, sont difficiles à mettre au clair. Ce préfixe ar a plusieurs significations. Ici ce peut être ars, brûlé, comme dans les arsins, les arsans, les arsures, Arcis et Montargis peut-être. Mais, privé de l's, il peut se confondre avec le sanscrit ar, terre, argile, ar-jala, terre froide; avec l'article celte ar, Arroux, le ru;

avec l'ar de arc, arbalète; avec l’ar de hara, arsouille, hara suilla ; - avec ab, arracher, abradicare; - avec al, arbenne, arlequin, (alle Kind); - avec ra, comme dans Arvières, forêt ainsi dite de ravière, dérivé de rapere et analogue à rapina, ravine, gorge profonde ; – avec aur, archal, de aurichalcum; - avec art, armoise, artemisia ; - avec ara, surface, arpent, arapennis. Ce petit mot ar pourrait faire à lui seul le sujet d'une thèse d'onomastique.

Arole, nom suisse du pin cembro, descend de l'allemand arve, comme auvier (Briançonnais) d'alviez (Valais), qui est presque arvier. Airolo ne lui doit-il pas son nom ? Mais pourquoi les savants ont-ils affublé ce bel arbre du vilain nom de pin ceinbrot, que nous avons barbarisé en cembro ?

Les Ascles, fentes de rocher, dit M. Peiffer (Recherches sur l'origine et la signification des noms de lieux), ont donné leur nom à la sauvage vallée cachée entre les villages de Plampinet et du Montgenévre, et qui a perdu sa forêt de mélèzes, morte du pâturage. Le radical asc, esc, de x22515, fente, rupture, a donné en français éclat, escaune (bardeaux à la haché), escarre, esquille, esclape (aviron), etc. Le patois languedocien a conservé asclo, fente, fêlure, crevasse.

L'aste, bois de deux ans sur la vigne et ailleurs, vient de hasta, pique, comme ételle de hastella.

L'athie, l'athée, l'hâte et probablement l'anthe, qui a donné son nom aux cantons de l’Atoy, de la Hâte du prêtre, la Hâte au gui, la Hâte boussiotte (bossue), les Hâtées, et à tant de localités comme Athis, Athieval, Éthys, Étival, Étevaux, Antheuil, Andelot, n'est autre que le hêtre, heister (haut all.), transformé par le langage populaire. De là aussi les Étions, les Étechets, la Hâtrière et autres noms de forêts.

L'aubour, faux ébénier, semble bien provenir de laburnum, contourné en alburnum. Mais qu'est-ce que ce laburnum accolé à cytisus?

L'Auroux, Aurouse, a la même source qu'Oréal et loriot, dénommés par

leur couleur. Authumes n'est autre, dit-on, que altus ulmus, comme Authoison de altum ostium, et Hurigny, pour Hautrigny, ainsi dit en patois. Mais le canton des Autures ?

Avet, sapin, découle d'abietem, à peu près comme avette, abeille, d'apiculam. Et de fait, ce mot de la langue d'oil est bien le meilleur nom de notre sapin pectiné, que trop souvent on confond avec d'autres arbres résineux.

Avrelon, sorbier des oiseleurs, pour abrelon, arbrellon, petit arbre en langue d'oil, n'est-il pas bien dit aussi ?

Quel est le radical d'alnus, l'aune des Latins, la vergne des Celtes ? Vient-il du sanscrit arnas, eau, et par quelles étapes ?

Pourquoi l'ambre désigne-t-il l'osier sur le Jura, qui a le village d'Ambres dans le Doubs, la Chaux des ambres aux Hautes Molunes du Jura, et le bourg d'Ambronay dans l'Ain ? Est-il possible que cela vienne de la couleur du vitellin ?

Et l’azerolier, de azerus, qui est le fruit, quelle en est l'étymologie, le sens vrai ?

C. B.

No 19.

COUR D'APPEL DE LYON (2° Ch.). —- 15 Mai 1895.

Présidence de M. Devienne.

Syndicats professionnels.

non syndiqués.

Faute. Interdiction d'employer des ouvriers
Menace de grève. Responsabilité.

Les syndicats professionnels peuvent valablement, par des moyens honnêtes et licites, s'occuper de l'embauchage des ouvriers et chercher à leur procurer du travail en les recommandant à la bienveillance des patrons : mais ils ne peuvent pas signifier aux patrons l'interdiction d'employer aucun ouvrier non syndiqué sous menace de grève, en agissant ainsi, ils engagent tout au moins leur responsabilité envers ceux qui sont les victimes de semblables manæuvres.

Et il importe peu que l'ouvrier qui se plaint ne puisse pas élablir que le syndicat se soit livré contre lui à des agissements le visant personnellement, si l'interdiction générale signifiée aux patrons a suffi pour causer le préjudice.

BURNICHON c. CHAMBRE SYNDICALE DES TOURNEURS ROBINETIERS.

LA Cour, Considérant qu'aux termes de l'art. 3 de la loi du 21 mars 1884 les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l'étude et la défense des intérêts économiques, industriels, commerciaux et agricoles:

Considérant que ce n'est pas se livrer à l'étude de ces intérêts que de fermer la porte des ateliers à tout ouvrier qui ne fait pas partie d'un syndicat; que rien n'était certainement plus éloigné de l'esprit du législateur de 1884 que de faire renaitre par la loi nouvelle le monopole tyrannique des anciennes corporations de métier abolies par la Révolution de 1789;

Considérant, il est vrai, qu'aux termes de l'art. 6 de la susdite loi les syndicals professionnels peuvent créer et administrer des offices de renseignements pour les offres et les demandes de travail ; qu'en vertu de cet article on peut 'admettre qu'ils constituent des sortes de bureaux de placement pour leurs adhérents, qu'ils recommandent ceux-ci à la bienveillance des patrons et cherchent à leur procurer du travail, mais à la condition que ce soit par des moyens honnêtes et licites et non en signifiant aux patrons l'interdiction d'employer aucun ouvrier non syndiqué sous menace de grève; que de semblables manæuvres engagent la responsabilité du syndicat envers ceux qui en sont les victimes; Considérant

que le jugement dont est appel avait autorisé Burnichon à faire la preuve par témoins que le syndicat des tourneurs robinetiers de la ville de Lyon l'a empêché, à l'aide des susdites manæuvres, de se replacer chez un patron depuis le 26 juillet 1873, jour où il a quitté la maison Curbillon pour laquelle il travaillait et qui avait été mise en interdit par le syndicat ; qu'appel a été interjeté de ce jugement par le syndicat et que l'avoué de Burnichon a eu • le tort de procéder néanmoins à l'enquête postérieurement à la notification de

l'acte d'appel; que c'est donc avec raison que le syndicat demande à la Cour

de déclarer cette enquête nulle en tant qu'enquête; mais qu'il demande en même temps, par ses conclusions, que cette enquête soit retenue à titre de renseignements et que la Cour, usant du droit d'évocation, juge dès à présent le procès au fond;

Considérant que, dans le dernier état de ses conclusions, Burnichon se joint au syndicat pour demander à la Cour d'évoquer le fond et de lui adjuger dès à présent les dommages-intérêts qu'il réclamait par le principal de ses conclusions de première instance;

Considérant qu'il est en effet licite pour la Cour de préciser dans les témoignages d'une enquête nulle pour vice de forme des présomptions qui, jointes à celles tirées des autres faits de la cause, peuvent constituer ou non, suivant les circonstances, une preuve suffisante ; que cette faculté appartient à plus forte raison à la Cour quand les deux parties adverses la sollicitent d'en user;

Considérant au surplus qu'une enquête régulière n'apporterait pour la solution du litige aucune lumière nouvelle ; qu'elle serait donc en réalité inutile et frustratoire;

Considérant que sur les neuf témoins entendus sept affirment de la façon la plus nette que c'est le syndicat, qui, par une intervention active et spéciale, a empêché Burnichon, après son départ de la maison Curbillon, d'être employé par d'autres patrons, notamment par M. Mallet, fabricant de robinets, et par la maison Mousset-Blanc, exerçant la même profession;

Mais considérant que M. Mallet et M. Blanc ont eux-mêmes été entendus; que M. Blanc a déclaré qu'il ignorait si son contremaître qui embauche les ouvriers avait ou non refusé d'embaucher Burnichon et si celui-ci avait ou non travaillé pour lui, mais que depuis six ans qu'il était à la tête de la même industrie, à deux reprises différentes le syndicat lui avait envoyé des délégations pour l'obliger à renvoyer les ouvriers non syndiqués; que M. Mallet déclare qu'il était prêt à prendre Burnichon comme ouvrier, mais que son contremaitre lui a fait observer que Burnichon n'était pas syndiqué et que tous les ouvriers syndiqués partiraient s'il entrait à l'atelier; qu'alors, ayant eu sa maison à l'index pendant deux ans pour n'avoir pas consenti à renvoyer un contremaître, il n'avait pas voulu s'exposer à de nouvelles difficultés et avait refusé d'embaucher Burnichon;

Considérant qu'en outre plusieurs autres témoins affirment qu'étant ouvriers tourneurs sur cuivre comme Burnichon, et n'étant point syndiqués, ils se sont vu fermer par le syndicat l'entrée de tous les ateliers ;

Considérant que ces renseignements se trouvent corroborés par tous les faits de la cause ; qu'on ne s'expliquerait pas en dehors de ce motif que Burnichon, qui est un ouvrier expert en sa profession puisqu'il gagnait 5 fr. 5o c. par jour, au dire des témoins, et à raison des renseignements fournis à la barre, n'ait

pas trouvé à s'embaucher depuis près de deux ans qu'il est sorti de la maison Curbillon; qu'il faut encore viser un procès-verbal du commissaire de police du quartier de Bellecour en date du 15 septembre 1893, dont lecture a été donnée à la barre, et dans lequel ce magistrat rapporte l'entretien qu'il a eu relativement à cette affaire avec deux membres du syndicat, MM. Cinquin et Veyre ;

Considérant que, d'après ce procès-verbal, les deux membres prénommés du syndicat ont déclaré au commissaire de police que, sur 285 ouvriers robinetiers

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