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céréales et plantes fourragères : celle d'Espezel, assise en terrain quaternaire et sur les calcaires inférieurs du terrain crétacé, compte quelques communes riches et populeuses, Belcaire, Espezel, Roquefeuil, et d'autres assez pauvres, Quirbajou, Goudons, Belvis, Camurac et Comus; celle de Rodome, constituée à l'ouest par les calcaires inférieurs du terrain secondaire, au centre par des émergences de schistes cristallins et de granit, à l'ouest par des schistes calcaires ou des calcaires dolomitiques, a pour communes principales Aunat, Rodome et Bessède, et comme moindres villages Mazuby, Fontanes, Galinagues, le Clat et Artigues. Profondément encaissé entre elles coule, avec une pente de 43mm par mètre sur un cours de 32 kilomètres, le Rebenty, qui traverse et souvent dévaste les villages de Lafajole, Mérial, Niort, Belfort, Joucou, Marsa et la commune de Cailla.

La partie la plus haute du plateau forme la 3e terrasse ; toute la bordure nord-est est constituée par les calcaires primitifs que recouvrent les sapinières de Gesse et de Navarre. Au revers méridional (soulane) de cette bordure, apparaît le granit qui occupe alors le terrain sans partage jusqu'à la limite du département et présente vers l'est d'énormes amas chaotiques dont les blocs atteignent communément cinquante mètres cubes. Trois villages seulement: Roquefort, le Bousquet ct Escouloubre. Le plateau est couvert par de belles cultures céréales, fourragères et quelques prairies naturelles et bordé au sud par la forêt domaniale de VilleneuveRebiscané et les forêts particulières de Montné, Gravas et Lapazeuil 4.

C'est seulement sur la première de ces trois terrasses que la commission de 1560 avait à opérer: les forêts de Gébetx, Mérial et la Fajole faisaient partie des domaines de l'archevêché de Narbonne. Celles de Niave, Aspre et Canelle, Gesse-Domaine, Villeneuve-Rebiscane, et Gravas, alors domaniale, étaient aussi l'objet d'usurpations, mais moins criantes que celles qui s'attaquaient aux forêts de la première zone, et d'ailleurs elles étaient plus reculées, d'accès moins facile. C'est sans doute le motif qui empêcha les commissaires de la ire réformation de s'en occuper.

Les routes servant de débouché à ce haut pays sont souvent obstruées l'hiver par les neiges ; aussi l'habitant reste-t-il parfois pendant quinze à vingt jours, et à plusieurs reprises, sans communication possible avec les vallées adjacentes.

1. – Tout ce haut pays est favorisé chaque année d'un abondant passage de cailles qui fait la joie des chasseurs de la région.

Première Réformation forestière en Languedoc.

En 1561, Laurens de Papus, lieutenant-général en la maîtrise des eaux et forêts de Languedoc, résidant à Toulouse, vient à Quillan sur la réquisition du Procureur du Roi en ladite maîtrise, et, du 2 juillet au 11 août, procède à une visite complète des bois du pays de Sault et à une information régulière contre les principaux détenteurs précaires, usurpateurs et dégradateurs des forêts du roi.

Sont assignés les possesseurs de fiefs ci-après désignés :

François de Pisse, archevêque de Narbonne, seigneur de Quillan, etc., etc., les seigneurs de Guirauld, de Roquefort, d'Escouloubre, d'Axat, de Nébias, de Puyvert, de Chalabre, de Saint-Ferréol, de Belvianes, de Vynie" (?), de Saint-Louis, de Gincla, de Mirepoix (Lévis), de Lhéran (Lévis) et le syndic du chapitre de l'Église collégiale de Saint-Paul de Fenouillet, tous intimés à raison des bois «qu'ils prétendent avoir joignant les forêts royales, aux fins de bornage et pour faire apparoir des titres par eux prétendus »).

Partis de Toulouse le 2 juillet, les commissaires", après avoir couché le premier soir à Châteauneuf-d'Arry (Castelnaudary), sont le second jour à Carcassonne pour conférer de diverses affaires avec le Trésorier, déjeunent à Limoux le 4 juillet et vont coucher à Quilhan, logis de la Vacque. Le lundi 6 juillet, commence l'enquête ; jusqu'au 10 juillet, les commissaires restent à Quillan pour entendre les parties assignées, prendre ou donner acte de leurs acquiescements, oppositions ou réserves au sujet de la réformation projetée, et leur donner rendez-vous pour les reconnaissances contradictoires auxquelles il va être procédé. Le 11 juillet, les commissaires quittent Quillan, accompagnés des gardes, et font halte à Coudons, village commandant la gorge par laquelle passe la route qui monte au pays de Sault; dans l'après-midi, on fixe les limites entre la forêt royale de Callong et les bois de l'Agre, appartenant à l'archevêque de Narbonne, sans qu'il apparaisse contradiction de la part du procureur fondé de ses pouvoirs.

Sans vouloir suivre pas à pas la commission dans sa longue et fastidicuse tournée de délimitation des forêts de Callong, Combefroide, P:caussel et Aspre et des bois de Valentel et Joucou, nous résumerons aussi brièvement que possible les principaux incidents.

1. Il faut lire sans doute Saint-Julia.

Lil commission étail très sommairement composée : du lieutenant general de la maituse de Toulouse, du procureur du Roi à Toulouse, et d'un greflit. Touk XXII, - Juna 1896.

X. - 0

Sur une longueur développée de près de quatre lieues, depuis le canton de Mirailles de la forêt de Callong jusqu'à l'extrémité de la forêt de Combefroide, qui confine à celle de Bélesta, quatre possesseurs de fiefs sont en contestation de limites avec le roi, ou plutôt à l'état d'usurpation invétérée et permanente : ce sont les seigneurs de Nebias, de Chalabre, de Puvvert et de Lhera.

Le seigneur de Nebias, dont les domaines vont du canton de Mirailles au col de Laigue dans la forêt de Picaussel et comprennent les montagnes de Turis et du Trabanet et les bois de la Malayrède, est le premier qui ait à répondre à l'assignation des gens du roi. Sa tactique, comme celle de tous les autres riverains qui ont empiété sur la forêt, est bien simple : ne jamais comparaître en personne, se faire représenter par

des gens dépourvus de mandat régulier que l'on pourra avouer ou désavouer suivant le cas, récuser les experts proposés par le Procureur, invoquer des titres et n'en produire aucun et, au cas de mise en demeure, demander délais sur délais, afin de temporiser et d'éviter jugement et amendes... C'est ainsi que, le 11 juillet, Turely, procureur répondant au nom du seigneur de Nebias, élève contestation, récuse les témoins de Coudons et de Belvis pris pour indicateurs des limites. Le Procureur du Roi répond que ce sont les plus anciens du pays et que Turely les a acceptés pour bons, lors de la délimitation avec l'archevêque. Là-dessus Turely dit n'avoir charge ni pouvoir pour contester ni défendre. Le Procureur du Roi déclare alors que l'occupation en outrepasse est évidente, et «atten« du que Turely et ses adjoints, après s'être avoués pour ce propriétaire « se désavouent et ont ainsi fait perdre du temps et manqué à la justice « du roi », le lieutenant les condamne chacun à l'amende et ordonne que le seigneur de Nebias sera mis en demeure de comparaître en personne ou par procureur suffisamment fondé. La marche de l'opération étant ainsi entravée dès le début, la commission retourne à Belvis, où elle prend logis.

La 15 juillet, le seigneur de Nebias ne comparait ni en personne ni par procureur: la Commission se transporte néanmoins avec ses indicateurs, les baillis de Belvis et d'Espezel et divers anciens du pays de Sault ou de Nebias, sur les limites des propriétés du riverain assigné, et là, donne défaut contre celui-ci et, prenant pour experts les habitants desdits pays alors présents, déclare que le seigneur de Nebias a usurpé, sans titre mais aussi sans contradiction - aucune visite ni réformation n'ayant été faite depuis cent ans, déclare en outre que les consuls de Nebias, en prétendant que la communauté de Nebias est usagère dans les bois jouis par le sieur de Nebias, mais revendiqués au nom du Roi,

sont de mauvaise foi. Elle procède donc à la délimitation nonobstant tierce opposition ou appel du bailli et des consuls, ordonne le bornage immédiat et défend de troubler le Roi en sa possession et jouissance, à peine de 10.000 livres d'amende. Elle constate ensuite quantité d'usurpations consacrées par plantation de fausses bornes apportées dans la forêt du Roi le long du ruisseau de la Maray rède et là carrées et bezoignées par un certain Alberny, de Quillan qui, ayant acheté des bois du Trabanet, s'était sans doute chargé de couper en outrepasse et de procéder à un faux bornage. Elle trouve ensuite, au soula de Costebelle (Coumebeille actuelle), un grand brûlis de bois de haute futaie et prescrit d'informer contre un sieur Raynaud, accusé d'être l'auteur de cet incendie avec dessein de cultiver le sol.

Le 16 juillet, on continue la reconnaissance au Pla de la Bidorte et comme on constate d'innombrables délits de coupe et enlèvement de bois d'ouvre, les assistants déclarent « qu'il est à leur connaissance comme « chose de voix et fame publique que le baile de Nebias, sous couleur « de quelque bois qu'il emploie des forêts du roi, entreprend de marquer « de sa marque tout le bois d'où qu'il provienne; et, pour garantir les « délinquants de poursuites, martèle leurs délits moyennant un sol de la « pièce partout où il en est requis; et par ce moyen tous les habitants de « Nebias se mêlent de faire postam (de la planche) 1 et d'en faire com

Mêmes délits sur la continuation du parcours aux Sarrats de las Tornerisses et de la Vernède. La délimitation amène la Commission au chemin de Lescale, en face le lieudit le Chandelier : au col de Laygue elle trouve un grand défrichement « afforesté » et vendu par le seigneur de Nebias.

A chaque pas d'ailleurs, nouvelles traces de délits jusqu'à ce qu'on arrive à la Forcaderme 2, où cessent les terres de Nebias pour commencer celles du seigneur de Chalabre et de M. de Joyeuse, lieutenant du Roi, seigneur d'Orgnes et de Puyvert. M. de Puyvert le prend encore de plus haut que M. de Nebias, et la Commission, malgré l'assignation donnée, ne trouve devant elle qu'un sieur Roque, mandataire de M. Astruc, procureur de M. de Puyvert. Roque déclare que M. de Puyvert n'a pas encore rendu réponse au sujet des assignations qu'il lui a transmises, et cependant désigne des experts que le Procureur du Roi récuse, les déclarant suspects à cause de leurs privilèges et usages dans les bois de M. de Puyvert. Roque répond qu'il ne peut davantage s'en rapporter

( merce ).

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- Postam ou Postem, du lat. postis, porte, la porte étant faite de planches.

Ce point semble être celui dénommé actuellement Fountdournou.

au dire d'experts pris d'office par la Commission, qu'aussi bien M. de Puyvert ne prétend rien sur la forêt du Coi à laquelle il ne touche que par

la pointe de ses bois, les confrontations principales étant avec les seigneurs de Nébias et de Chalabre. Le Procureur soutient que certaines parties de la forêt du Roi et « bois noir » lui appartenant sont occupés par les seigneurs de Nebias, de Chalabre et de Puyvert et le lieutenant général ordonne que celui de Puyvert fera apparoir ses titres dans le délai d'un mois.

Le 17 juillet, la Commission, après une matinée consacrée à l'examen des titres du chapitre de Saint-Paul de Fenouillèdes,quitte Belvis à 9 heures et se dirige sur la Fontadrine (Fountdournou?), où les bois du seigneur de Chalabre confrontent la forêt de Combefroide. Absent encore, le seigneur de Chalabre; le bailli de Rivel, qui se présente pour lui, ne produit aucun titre; on passe outre à la délimitation et, en suivant la ligne de démarcation dans la direction de la forêt de Bélesta, on reconnaît de nombreuses dévastations. Le bailli explique que ces exploitations sont du fait des semaliers 4 de Rivel qui se déclarent décidés à continuer de couper comme ils l'ont fait jusqu'ici. Le Procureur ordonne de faire appeler les consuls de Rivel afin d'en exiger les noms des délinquants. On procède au bornage avec le seigneur de Chalabre depuis les Emprades de la Helme en se dirigeant vers les diverses Entonades du Fau.

Le 18 juillet, on passe des bois du seigneur de Chalabre à ceux du seigneur de Lhera. Trois jours auparavant, le sieur Barat, lieutenant du juge de Lhera, se présentant pour ce riverain, a requis délai pour faire foi de ses archives, titres et documents qui sont entre les mains du vicomte de Razès, son tuteur honoraire. Le Procureur s'y est opposé, disant que, « malgré de nombreux délais précédents, le seigneur de Lhera « continue ses usurpations, ne daigne faire foi de ses titres et ne cherche ( qu'à rendre affaire et procés immortel »; mais sur l'insistance de Barat, le Procureur a consenti un délai de trois jours, expiré le 18 juillet. Le Procureur expose que le seigneur de Lhera empiète sur les bois du roi depuis le lieu où la Commission se trouve, l'Entrade, jusqu'à une licue plus loin, à la Peyrouse et à la Jasse de las Vacques, et ce sans titres et malgré sommations réitérées d'avoir à en produire; il requiert donc que, faute par lui d'avoir produit, il soit déclaré forclos et qu'il soit procédé au bornage à dire de prud'hommes. Barat demande que chaque partie nomme ses experts. Le Procureur répond que pour lui il n'a d'autres experts à proposer que ceux qui ont servi jusqu'ici, mais

que

le

1.

Fabricants de comporles servant iu transport de la vendango.

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