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tion, et, avec eux, tous les autres cultes ' qui ont obtenu la protection légale. Les cultes chrétiens l'ont de droit par la constitution, puisque l'état les salarie; les’ autres cultes peuvent l'obtenir de la loi secondaire et des magistrats. Ainsi, les juifs ont en France des synagogues, d'après l'ancienne coutume qui tient lieu de loi, et d'après les décrets de l'assemblée constituante, rendus en leur faveur et non abrogés. Pourquoi la Charte, pourquoi la loi et les ordonnances n'accordent-elles pas aux juifs des ministres de leur culte salariés

par

l'état? On ne peut pas rendre compte de tout, comme dit une loi romaine : non omnium quce à majoribus constituta sunt ratio reddi potest. Il semble que cette distinction est une véritable inconséquence.

Nos pères, dans leur aveuglement, faisaient des croisades et armaient l'horrible inquisition contre les infidèles et les non catholiques; on avait même glissé, dans le cérémonial du couronnement de nos rois, le serment d'exterminer les hérétiques, serment anti-chrétien, et jadis cruellement observé. Mais les chrétiens, entés sur les juifs, les chrétiens qui font en outre profession de croire que les juifs, retranchés pour un tems du tronc de l'olivier, y seront dans la suite rétablis, et feront, par leur zèle, rentrer dans l'église catholique les nations tombées alors dans l'apostasie; comment les chrétiens peuvent-ils, dans l'ordre de la société humaine, traiter les juifs avec moins de justice ou d'égards qu'ils n'en accordent aux hérétiques? Est-ce pour accomplir certaines prophéties? Qu'ils laissent plutôt ce triste ministère aux nations étrangères encore à la foi, à la charité chrétienne.

'La protection assurée aux religions légalement admises 'est tout à-lafois positive et négative, autrement active et passive. Au premier sens , les actes de ces religions sont licites et autorisés ; au second, nul ne peut être contraint de participer aux cérémonies d'un culte quelconque. C'est un jugement conforme à la Charte et digne d'éloges , que l'arrêt de la cour de cassation de la fin de 1818, qui a jugé, contre plusieurs décisions ou instructions administratives , que les non catholiques sont dispensés de tapisser le devant de leurs habitations, pour les processions du jour de la Fête Dieu.

Nous ne savons que répondre à cette réflexion de M. Benjamin de Constant, l'un de nos publicistes les plus habiles et les plus modérés : « L'etat » doit salarier tous les cultes reçus par la loi, » comme représentant l'association générale qui » renferme toutes les associations partielles. En les » salariant tous, le fardeau est égal pour toutes » les associations; et au lieu d'être un privilége, » ce n'est qu'une charge commune également ré» partie. » Les catholiques peuvent, sans manquer à leur religion, gouverner des peuples non catholiques ; ils peuvent donc, sans y manquer, faire payer des salaires aux ministres de toutes les religions admises, protégées par la loi.

174. Nous disons admises et protégées par la loi ; il a été prouvé que toute religion étrangère au christianisme doit, selon la Charte, se borner, en France, au culte individuel ou domestique, ou

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bien solliciter et obtenir, s'il est juste , la protection de la loi.

Ce système, blâmé par quelques écrivains, n'a rien de trop illibéral, à notre avis.

Lorsqu'un culte ancien ou nouveau s'exerce en commun, il acquiert une existence extérieure, une sorte de publicité, une civile influence qui le soumettent de suite à la police de l'état. Sans doute, l'état ne doit commander ni proscrire aucun culte compatible avec l'ordre public et les bonnes moeurs. Mais, si l'on prétendait exercer publiquement ou secrètement l'ancien culte de Bacchus, par exemple, ou celui de la Bonne-Déesse, ou ces cultes indoux, si honnêtement appelés dans le

pays

cultes de la main gauche, ou seulement les cultes du Véda, qui autorisent le suicide, qui commandent les plus tyranniques distinctions de castes, révoltantes inégalités devant la loi; ou le quakerisme, qui refuse à la patrie le service de guerre; ou le mahométisme, qui oblige de reconnaître Mahomet pour prophète, sinon de payer tribut à ses successeurs; enfin, ces cultes orientaux , qui autorisent la polygamie ou la polyandrie, et l'esclavage des femmes, avec celui des enfans; il est évident qu'en France, au moins dans le tems actuel, ces cultes n'ont pas droit'à l'égale protection que

l'article 5 a entendu permettre d'obtenir.

les plus

On vient de répandre un volume in-8°, intitulé : La Manifestation de l'Esprit de Vérité, 18:9, sans nom de lieu ni d'imprimeur. C'est

. 175. C'est surtout la religion de l'étal, celle du plus grand nombre, qui doit être protégée et surveillée. Mais, pour atteindre ce double but, il faut avoir appris à la connaître , et ne pas la confondre avec toutes ces pratiques superstitieuses, pharisaïques, avec ces actes d'un zèle aveugle et furieux, qui ne sont que trop ordinaires. .

L'église gallicane s'est de tout tems reconnue dans l'état. Attachée fermement à la communion du premier des évêques, du chef de l'église catholique, elle rejette les erreurs ultramontaines qui se sont glissées dans nos séminaires; elle ne veut point faire de la France une province du pape, ni de nos évêchés des préfectures apostoliques.

Elle croit tenir ses pouvoirs , non pas de saint Pierre, mais de Jésus-Christ même, selon l'Évangile!.

Elle est soumise , quant à son régime extérieur aux lois secondaires, comme aux lois fondamentales de l'état. Elle reconnaît que son autorité légitime est toute intérieure et spirituelle , et doit se montrer en tout pacifique et charitable; qu'elle est dépourvue de toute puissance coactive extérieure,

un Manuel d'une nouvelle secte d'hommes qui se disent chrétiens et illuminés , et qui ne veulent ni propriété, ni magistrature , ni législation humaine, ni division des hommes en corps de nations. Nouvel exemple d'une religion qui ne doit pas être protégée ni admise à pratiquer publiquement son culte.

Voy. Bossuet, Défense de la Déclaration du Clergé, de 1682 , liv. XII, chap. xiv; liv. XIII, chap. XI-XVIII. « Rien, dit-il, n'est égal en absurdité à cetle doctrine : qui confère le titre , confère l'aulorité.

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dehors que par

de toute juridiction civile; qu'elle n'est pas établie pour faire des lois religieuses extérieures , mais pour conserver le dépôt de la foi, des moeurs et de la discipline, pour prescrire des règles intérieures de conduite, qui ne produisent d'effet au

que par la protection des lois de l'état et des magistrats.

Elle abhorre la guerre civile, spécialement sous prétexte de religion. Elle condamne le schisme, et se donne bien de garde de l'exciter ou de le fomenter, ou de troubler la paix des familles pour des opinions d'école, ou pour détruire des propriétés que le pacte social garantit, et que le premier pontife respecte.

Loin de repousser, à l'article de la mort, les prêtres tombés sous des censures, véritables ou prétendues, elle recommande positivement d'employer alors ces prêtres, fussent-ils mauvais.

Elle donne gratuitement ce qu'elle a reçu gratuitement; elle n'échange pour de l'argent ni provisions de bénéfices, ni dispenses, ni indulgences, ni rien d'analogue.

Elle réprouve les dimes abolies par les lois; elle ne prétend point infirmer ni déshonorer les mariages contractés légalement; elle vénère la mémoire de saint Louis, qui, à l'exemple de tant de chrétiens de tous les siècles, consentit, en 1266, que le mariage de sa fille ne fût béni qu'après son accomplissement civil, après plusieurs jours de cohabitation conjugale; elle ne reproche point à la

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