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étoit celle-ci. D'abord la Gironde avoit ob. tenu sur sa rivale un avantage réel. Elle dominoit le conseil exécutif; elle avoit dans la Convention une influence marquée. La Montagne, jalouse, voulut lui ravir cet empire sur l'opinion. Pour y parvenir, elle usa de la même tactique que le côté gauche de l'assemblée législative avoit employée, avec un succès vraiment déplorable, contre le côté droit : c'étoit de faire considérer la Gironde comme ennemie du peuple, parce qu'elle siégeoit dans la Convention dans ce côté proscrit qu'avoient occupé les aristocrates et les royalistes constitutionnels, accusés d'avoir fait partie d'un comité autrichien.

Ainsi la Gironde se trouva en face de la Montagne, comme les aristocrates constituans avec les jacobins, comme les royalistes de la droite, à la seconde législature, avec les désorganisateurs de la gauche.

On ne pouvoit raisonnablement accuser la Gironde d'aristocratie ; elle le fut de fédéralisme et de royalisme; mais en ce sens seulement, qu'elle avoit voulu soustraire Louis XVI à l'échafaud qu'avoit dressé la Montagne; et en raison de cette accusation, elle fut considérée comme l'ennemie de la nation.

Pour animer encore davantage le peuple de Paris contre les Girondins, la Montagne

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n'avoit cessé de les représenter comme des hypocrites de patriotisme, comme méprisant le peuple dont ils parloient sans cesse. Elle ajoutoit à ces griefs celui d'une vanité insupportable, née sans doute de la conscience d'un grand talent qui avoit fait dédaigner d'abord un parti adversaire ; enfin un pédantisme dont la réalité faisoit adopter sans examen , par la multitude, tous ces reproches accumulés.

Cette fausse position de la Gironde n'avoit d'autre cause que sa funeste démarche, concertée entre la majorité de ses membres, d'aller occuper le côté droit de l'assemblée , afin de ne pas se trouver assis près des assassins de septembre, sans cesse harcelés par elle. Cette conduite inconsidérée fut une des premières et principales causes de ses défaites et de ses malheurs. On n'eut pas de peine à persuader à la populace que ceux-là étoient des traîtres qui n'avoient point hésité d'accepter la succession de ses premiers ennemis, contre lesquels les Girondins eux-mêmes n'avoient cessé jusqu'alors de provoquer les fureurs et les malédictions populaires. La Montagne profita de cet avantage immense de position pour écraser sa rivale.

Les débats des deux factions dans la Convention datent de son origine. Ils se renouveloient presque chaque jour. Les attaques

meur.

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étoient plus ou moins sérieuses; mais elles n'acquéroient de force et d'intérêt qu'autant que l'ambition froissée de l'une de ces factions rencontroit des obstacles à ses projets mal dissimulés.

La Gironde , dirigeant à son gré le ministère , se servoit de tous les moyens de l'autorité exécutive pour conserver la puissance. C'est ainsi que, sous le prétexte de former l'esprit public, elle faisoit parvenir par milliers dans les départemens ses continuelles déclamations contre la Montagne. Dans cette vue, ses membres les plus influens rédigeoient des journaux ou envoyés gratis, ou payés par le ministre de l'intérieur. La Montagne , furieuse de n'avoir pas les mêmes ressources, dénuée de talens comme d'argent, ne poussoit que d'éternelles vociférations, et n'avoit à opposer à sa puissante rivale que des affidés soudoyés par la commune avec les pillages de septembre. Elle dirigea d'abord ses attaques contre les membres les plus distingués de la Gironde ; mais bientôt elle s'aperçut de l'inutilité de ces attaques; et quoiqu'elle affectât de présenter dans ses plaidoyers virulens, le fédéralisme des girondins comme leur plus grand crime, elle reconnoissoit elle-même la foiblesse de cette accusation, qui ne pouvoit être considérée que comme une fausse atta que

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Mieux conseillée , la Montagne lança ses traits les plus acérés contre les ministres et les généraux, bien convaincue de la certitude de son triomphe si elle parvenoit à les dessaisir du pouvoir et du commandement des armées. Elle les accusa de corrompre l'opinion publique et de tromper le peuple ; et, malheureusement pour la Gironde, la fuite de Dumourier ne donna que trop de poids à cette dernière accusation.

Le procès de Louis XVI ne fit que développer le germe de cette haine ambitieuse. Lorsqu'il fut question de commettre le grand crime, les deux factions ne furent pas divisées d'opinions ; mais le régicide une fois consommé, chacune d'elles se fit cette question à elle-même : « La nation s'est fait justice, le grand coupable, le roi parjure n'existe plus ( c'est ainsi que s'exprimoient ces hommes sanguinaires); qui de nous doit hériter du pouvoir ? »

C'est alors que la Gironde et la Montagne se livrèrent les plus rudes combats, et se battirent, pour ainsi dire, corps à

corps, pour obtenir la perpétuité du pouvoir ou s'y maintenir. Prétention absurde ! Si, dans un temps d'anarchie, le règne de l'intrigue ou du brigandage se perpétue pendant une suite quelconque d'années, jamais le pouvoir ne demeure dans les

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mêmes mains. Celui qui l'a usurpé rencontre bientôt un adversaire plus audacieux ou plus babile qui le terrasse lui succède , et tombe à son tour.

La désertion de Dumourier, et les malheurs successifs qui accabloient de toutes parts la république, menacée par la coalition d'une invasion prochaine , donnèrent aux montagnards un nouveau degré d'énergie, et ils ne laissèrent point échapper cette occasion favorable de saisir la prépondérance. Ils ne manquèrent pas de faire grand bruit de cette prétendue trahison de Dumourier ; et ils eurent grand soin de l'étendre à d'autres généraux qui excitoient et leur crainte et leur défiance. Ils déclamerent contre la perfidie ou l'ineptie des ministres complices, ou dupes de leurs agens. Une telle position donnoit donc à la Montagne un avantage immense sur son antagoniste; elle acquéroit ainsi une force et une popularité que la Gironde perdoit successivement.

La Gironde perdoit chaque jour da terrain, quoiqu'elle attaquât journellement la Montagne avec une persévérance courageuse, digne d'un meilleur succès, puisque, du moins, elle témoignoit son horreur de la tyrannie démagogique, des persécutions et de l'effusion du sang, quelles que fussent d'ailleurs ses vues particulières ;

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