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Qu'ils soient, sous vos yeux, jusqu'à leur majorité ou à leur émancipation, d'honnêtes gens et de bons chrétiens , et ils le seront toute la vie. Rousseau a dit que l'enfant qui a conservé jusqu'à vingt ans son innocence, est à cet âge le plus généreux et le meilleur des hommes. Les pauvres enfans sauvés par vous de la corruption commune , seront des hommes probes, des hommes utiles, et cela vous suffira.

Voilà les moyens que l'expérience et l'observation indiquent et que nous nous sommes étudiés à montrer dans leur vérité. Malheureusement, ce ne sont pas ceux qui sont maintenant en usage, du moins en France. De là, les abus.

L'abus principal, l'abus générateur, c'est le tour. Il nuit à l'enfant, à la société, à la famille même, auteur de l'exposition. 11 contrarie tous les principes, renverse toutes les notions, sanctionne tous les désordres, et le secret qu'il assure aux mères coupables, scul motif de son existence, ce secret pourrait être garanti, dans le cas où il est réellement nécessaire , par des moyens aussi sûrs et moins dangereux.

De cel abus 'naît la progression croissante du nombre des enfans trouvés ;

De cette progression, l'énormité de la dépense;

De l'énormité de la dépense , le peu de soins apporté à l'éducation des enfans et leur délaissement à un âge où ils auraient le plus besoin de direction.

De telle sorte qu'il est possible de frapper tous les abus en un seul , et que, avec les tours d'exposition, tombent les griefs principaux de l'économie politique moderne, contre les hospices d'enfans trouvés. Quelques précautions nous ont paru nécessaires pour adoucir le passage d'un système à l'autre ; elles ont été indiquées.

En dehors de cet ordre d'idées, il existe un sujet de plaintes. qui a aussi sa gravité; c'est la mauvaise répartition de la dépense. Nous avons montré comment elle devait être supportée , dans le cas où l'origine est connue, d'abord par la commune à laquelle appartiennent les enfans exposés; en cas d'insuffisance, par le département qui est l'agglomération des communes ; et dans les cas plus rares d’insuffisances des ressources départementales, par l'état ou la réunion des déparlemens.

Des considérations, tirées de la nécessité de prévenir toute collision entre les communes, nous ont conduits à meltre à la charge des départemens, sans partage, l'entretien des enfans dont l'origine demeurerait inconnue après les enquêtes.

Admissions à bureau ouvert et avec déclaration, .
Maisons d'instruction et de travail,
Nouvelle répartition des dépenses,

Telles sont les réformes que nous proposons à la législation qui régit les hospices. Elles remédieront, nous l'espérons, aux abus existans, diminueront le nombre des expositions, leur enlèveront le caractère fâcheux qu'elles présentent, et feront ainsi tout le bien que des réformes de .ce genre puissent faire. Ce sera aux gouvernemens et à la religion à faire le reste; les premiers, en diminuant la détresse des classes pauvres par une administration éclairée et miséricordieuse; la seconde, en combattant les mauvaises mœurs par sou action continue et toute-puissante, et en propageant l'esprit de charité par ses divins exemples. Il y aurait erreur et folie à prétendre guérir, par des moyens purement administratifs, une plaie qui est surtout morale. Que l'amour de l'ordre prenne la place de cet esprit de vertige dont le moindre danger est de jeter la perturbation dans les élats; que les doctrines religieuses pénètrent la société du sommet à la base ; que l'instruction publique soit chrétienne, et l'on verra les liens de famille se resserrer, et avec les bonnes meurs viendra l'aisance, leur compagne ordinaire; le libertinage cachera ses désordres avec d'autant plus de soin qu'il sera plus rare, et le fléau des expositions et abandons des enfans, qui malheureasement ne disparaît jamais entièrement chez un peuple, n'existera plus que comme une menace devant laquelle les gouvernemens éclairés ne pourront pas s'endormir.

Ce temps est-il près de nous ? Nous n'osons l'espérer. Ouvrier obscur et inconnu , nous apportons notre pierre à l'édifice qui doit un jour abriter nos neveux, et laissons à de plus habiles le soin de la mettre en oeuvre. Dôl-elle êlre dédaignée , nous nous en consolerions en pensant que noire exemple, au moins, n'aura pas été inutile.

L'esprit qui a présidé à la composition de ce travail, après en avoir inspiré la pensée , s'y manifeste assez clairement pour que nous n'ayons pas besoin, en le finissant, de protester de nos intentions. Nous voulons le bien des pauvres enfans abandonnés, et il n'est pas une de nos vues, de nos approbations ou de nos critiques qui ne l'ait pour but. Nous voulons la conservation des maisons que la charité des peuples leur a consacrées, parce que pour nous, à celle conservation se lie une pensée essentielle, celle de la permanence des secours. Nous voulons enfin la suppression des tours, parce que leur maintien est une cause incessante de ruine pour les établissemens qui les admeltent; parce que leur existence est incompatible avec toute idée d'amé·lioration et de réforme. Que les amis de ces pauvres en

fans se rassurent: ce livre n'a pas été fail contre eux, mais
pour eux. En 542, peu de temps après la fondation de
l'Hôtel-Dieu de Lyon , le pape Vigile, fut appelé à en con-
firmer l'institution; il fil des vous pour la perpétuité de
l'établissement, indiqua les règles à suivre dans son admi-
nistration, exigea qu'il ne fût jamais rien relâché du service
dû aux malades ni de leur nombre, et termina enfin par ces
paroles remarquables : « Si quelqu'un, en quelque temps
que ce soit, contrevient à notre volonté, et porle atteinte
à celte institution, en sorte qu'elle cesse (ce qu’à Dieu ne
plaise!) d'être consacrée à la souffrance et à la misère,
qu'il soit frappé comme meurtrier (1). » Dans l'ordre de
la providence , il n'est pas un établissement charitable qui
ne soit protégé par unc défense semblable, et ce n'est pas
nous qui voudrions en braver la menace.

TABLE DES CHAPITRES. — lọtroduction, Idée et plan de
ce travail. – Chapitre 1er. De l'exposition des enfans chez
les ancieos. - Chap. II. De l'exposition des enfans depuis
l'établissement du christianisme jusqu'au treizième siècle.
Constitutions impériales; lois franques. Apôtres chrétiens.
Origine des hospices d'enfans trouvés. – Chap. III. Les
frères hospitaliers du Saint-Esprit et leur fondateur. Nou-
veaux hospices. Chap. IV. Constitution et régime des
maisons d'enfans trouvés aux quatorzième, quinzième et
seizième siècles. — Chap. V. État des enfans trouvés en
France, au commencement du dix-septième siècle. Diver-

(1) Quod si quis quolibet tempore contra institutionem nostram ve-
nire sentarerit, aut aliquid de consueludine vel facultate Xenodochii
ipsius abstulerit, ut Xenodochium (quod avertat Deus!) esse desinat,
ut necator pauperum irrevocabili anathemate fereatur (Concilium 46-
relianense, 28 oct. 542).

silé des coutumes. Abus. Saint Vincent-de-Paul et ses hos. pices. Nouvelle législation, — Chap. VI. État de l'opinion en Europe sur les hospices d'enfans trouvés. Soins et éducation dont ces enfans sont l'objet dans les différens états. -Sect. Ite. Des états qui consacrent des établissemens spéciaux aux enfans trouvés. -Section II. Des secours donnés aux enfans trouvés et abandonnés dans les autres états. Chap. VII. Faut-il maintenir les hospices d'enfans trouvés? • Chap. VIII. Vue générale des causes d'exposition et de la progression croissanie du nombre des enfans trouvés. — Chap. IX. Continuation du même sujet. Influence des tours d'esposition. — Chap. X. Les tours d'exposition sont-ils un moyen de prévenir les infanticides? – Chap. XI. Ancien système français. Utilité de son établissement. Projet de réglement concernant l'admission, dans les hospices, des 'enfans trouvés et abandonnés. – Chap. XII. Du système d'éducation à suivre dans les établissemens d'enfans trouvés. - Section Ire. De la suppression de l'état civil des enfans trouvés et de leur translation d'un arrondissement ou d'on département dans un autre. - Section II. De l'éducation des enfans trouvés, selon le décret du 19 janvier 1811. – Section III. Des établissemens spéciaux. Maisons d'instruction et de travail. - Chap. XIII. De la tutelle des enfans trouvés et abandonnés. - Chap. XIV. De la contribution aux dépenses. - Chap. XV. Conclusion.- PIÈCES ANNEXÉES. Tableau par apnées et par départemens, du nombre des naissances d'enfans légitimes et d'enfans naturels, et du nombre total des enfans trouvés et abandonnés admis annuellement dans les élablissemens de bienfaisance, pendant une période décennale, de 1824 à 1833. – Tableau, par départemens et par années, du nombre moyen des enfans

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