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Bagdad. Ces mouvements ne furent apaisés que vers 1831, principalement par des massacres, tel que celui des beys albanais, surpris par trahison à Monastir en 1830. C'est à cette époque que surgirent les premières difficultés de la Porte avec le pacha d'Égypte, et que les Français s'emparèrent d'Alger, le 15 juillet 1830.

En 1831, éclata un incendie terrible, qui dévora presque tout le quartier des Francs. Les musulmans, irrités des réformes et des récentes défaites de l'islamisme, attribuèrent le désastre de Péra à la colère d'Allah ; on se demande s'ils ne vinrent pas en aide à la Providence.

Peu de mois après, Mahmoud fonda l'ordre civil et militaire de Nichan-Iftihar et fit publier le Moniteur ottoman en français et en turc, deux actes qui furent très impopulaires auprès de ceux des Turcs qui tenaient aux anciennes idées.

En août 1834, le sultan régularisa le système de la permanence des milices et ouvrit des écoles pour l'instruction des officiers, sous-officiers et soldats.

La Porte commença aussi alors à avoir des légations permanentes. Elle envoya à Paris Mustapha-Réchid bey qui devint plus tard Réchid-pacha et grand vizir.

Une nouvelle insurrection de l'Albanie, toujours dirigée contre les réformes du giaour-padischa, éclata en 1835. L'année suivante, trois nouvelles insurrections furent encore comprimées en Bosnie, en Albanie et en Bulgarie.

Au mois de juillet 1836, le sullan ordonna que son portrait fût placé dans les casernes et qu'on lui rendit des hommages. Il fallut une répression occulte et vigoureuse pour empêcher une révolte d'éclater à l'occasion de cette violation des lois du Coran. Le 20 octobre, les sultanes assistèrent à l'inauguration d'un pont, et, quelques jours après, Mahmoud s'embarqua sur un steamer autrichien, ce qui ne s'était jamais vu.

La peste, qui se déclara avec beaucoup de violence dans la même année, fut attribuée par la population à la colère divine. Le sultan, sans se laisser abattre ni intimider, fit déclarer par les ulémas, réunis en conseil, que

les

ravages de la peste étaient causés chez les fidèles croyants par l'absence de précautions sanitaires.

Au commencement de 1837, sur le bruit que les nouvelles pièces de monnaie allaient recevoir le portrait de Mahmoud, le directeur de la Monnaie fut assassiné. Un derviche, qui fut exécuté pour avoir interpellé personnellement le sultan, fut entouré après sa mort de la vénération des fidèles ; on attribua des miracles à son tombeau.

Le 29 avril, Mahmoud s'embarqua pour visiter les provinces, après avoir cependant consulté les astrologues. Le but de ce voyage était principalement de déclarer qu'il voulait voir régner la concorde et l'ordre entre tous ses sujets, sans distinction d'origine ou de culte. A son retour il eut à réprimer un complot.

Au mois de décembre, on lança pour la première fois un bateau à vapeur dans l'arsenal de la marine, en présence de Mahmoud et des grands dignitaires. Ce bâtiment, de la force de vingt chevaux, avait été construit par un ingénieur américain.

Le mois de mars 1838 fut signalé par une heureuse innovation, l'établissement d'un système de quarantaine. Quelques mois plus tard, une commission fut instituée pour l'amélioration du commerce, de l'industrie, et pour la législation. Le Coran avait été jusqu'alors pour les Osmanlis la loi unique.

Le 16 août 1838, le traité de commerce conclu avec la Grande-Bretagne et auquel adhéra la France, abrogeait formellement le monopole de l'agriculture.

Cependant les meurs, malgré les protestations des fidèles, se mettaient au niveau des vues du réformateur. En 1838, Péra avait un théâtre et un cabinet de lecture.

Au commencement de 1839, la marine fut soigneusement organisée sur le modèle de celle de l'Angleterre. On prit beaucoup d'officiers et d'instructeurs anglais.

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Depuis longtemps de jeunes Ottomans allaient étudier à Paris et à Londres ; ils y étaient souvent entretenus par le sultan. En 1838, Mahmoud avait fondé une école de médecine à Constantinople.

Le 1er juillet 1839, Mahmoud mourut naturellement.

Arrêtons-nous ici un instant : avant de suivre les réformes dans la phase toute nouvelle où le successeur de Mahmoud va les faire entrer, il importe de rechercher pour quelles causes et dans quelles conditions la transformation a été combattue avec tant d'ardeur par les musulmans, particulièrement dans les provinces où la population musulmane n'est pas de race osmanli.

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IV

LES RÉSISTANCES MUSULMANES

Les musulmans allachés à l'ancien état de choses par leurs intérêts et par leurs traditions s'élevèrent contre le développement intérieur d'une domination qui se déconsidérait à leurs yeux par des réformes inspirées de l'Europe, domination qui n'apportait plus aucune satisfaction à leurs passions et à leurs sentiments, qui n'améliorait pas leur sort matériel, dont ils ne comprenaient plus la raison d'être au moment où, par l'effet de la centralisation, ils devaient en ressentir plus rudement les alteintes, et qui ne leur apparaissait réellement plus que comme une machine à lever des impôts et des recrues et à enrichir des proconsuls, ce qui n'était pas trop loin de la vérité.

Il faut se bien rendre compte des sentiments qui inspirent encore les musulmans sous ce rapport: car, si leur résistance prend ordinairement la forme de ce qu'on appelle le fanatisme, elle n'est pas toujours inspirée par ce qu'on appellerait en Europe le sentiment religieux. La confusion provient de ce que, dans les pays musulmans, il n'y a pas de distinction entre le civil et le religieux: l'un et l'autre émanent ou sont censés émaner du Coran. Menacer l'organisation existante dans une société composée de musulmans, c'est attaquer l'islamisme, c'est commettre un sacrilège. Un conservateur, dans l'ordre politique et social, est un croyant. L'amateur du changement, le progressiste est un impie, ou pour le moins un libre penseur. Aux yeux des janissaires, le sultan Mahmoud, le commandeur des croyants, était un giaour, un destructeur de l'islam. Le musulman, quand il repousse les réformes, obéit assurément, et sans s'en rendre compte, à la voix de l'intérêt personnel ; mais il serait injuste de l'accuser toujours de mauvaise foi : l'orgueil et l'ignorance l'aveuglent. Quand vous essayez d'expliquer à un Turc le hatti-chérif de Gulhané ou le hatti-humayoun de 1856, il y a une chose qu'il ne comprend pas : c'est que le sultan. puisse faire que l'infidèle soit l'égal du croyant. Cette idée, je l'ai remarqué bien des fois, lui paraît surtout ridicule : c'est comme si l'on eût décrété que les nègres soient blancs.

Les premières tentatives de recrutement pour l'armée régulière excitèrent surtout les plus vives répugnances : elles devinrent, dans beaucoup de provinces, l'occasion des insurrections musulmanes qui ont marqué le commencement de ce siècle, et dont on a ressenti encore de nos jours les dernières et impuissantes convulsions.

Dans la Bulgarie et dans la Serbie, où les Osmanlis s'étaient établis en maîtres féodaux, mais où la masse de la population était restée chrétienne, Pasvan Oglou et ses alliés ne réussirent pas à opérer un soulèvement vraiment national. Ce fut une sédition de janissaires mécontents. Un tel mouvement devait être fatalement vaincu. En Serbie, les auxiliaires du sultan contre les dahis musulmans, furent les rayas chrétiens. En Bosnie, au contraire, les musulmans indigènes, qui formaient un tiers de la population canonique, autrement dit un fetva, déclarant que « tout padischa qui, par sa conduite et ses règlements, combat les principes religieux consacrés par le Coran, ne peut pas rester sur le trône. » Forts de cette arme légale, aussi propre à faire le mal que le bien, ils résolurent de déposer Sélim : ce qui eut lieu en effet au mois de mai 1807. Les rebelles triomphants dispersèrent le Nizam et pillèrent les casernes.

L'armée du Danube, de son côté, déposa le grand vizir et tua l'aga des janissaires, partisans tous les deux des réformes. Nous allons maintenant voir des scènes semblables à celle de 1876, avec cette différence qu'aujourd'hui le suicide a, dit-on, remplacé le meurtre.

Les révoltés de Constantinople avaient mis sur le trône Mustapha IV, fils d'Abdul-Hamid.

Mais bientôt le pacha de Routchouk, Bairakdar, dans le but secret de rétablir Sélim, se dirigea sur Constantinople, abatlit la puissance des yamalks, fit massacrer leur chef et imposa au sultan Mustapha la destitution de tous les factieux qui s'étaient emparés du pouvoir. Enfin il occupa le sérail avec ses troupes, redemandant Sélim, qu'il reconnaissait pour son maitre; mais Mustapha fit assassiner ce malheureux prince et jela son corps au pacha de Routchouk. - Celui-ci fit alors chercher Mabmoud, frère de Mustapha, nourri dans les idées de réforme par Sélim, qui consacrait sa retraite à l'éducation de son cousin, et il le fit proclamer padischa.

III

LE SULTAN MAHMOUD II

Bairakdar fut nommé grand vizir par le nouveau sultan, et peupla le ministère et les places de ses partisans. Il

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