Page images
PDF
EPUB

outre, autorisé par les plénipotentiaires à déclarer que c'est la dernière communication qui vous sera faite de notre part, et que, si les principes de nos propositions ne sont pas acceptés à la conférence qui doit se réunir le 18 courant, les représentants des six puissances considéreront la conférence close, et quitteront Constantinople, suivant les ordres qu'ils ont reçus.

Les autres plénipotentiaires déclarèrent successivement que, si le projet mitigé n'était pas adopté, les ambassadeurs se retireraient en laissant de simples chargés d'affaires.

Séance tenante, Savfet-Pacha déclara que la SublimePorte était prête à entrer en discussion sur ce document, si les plénipotentiaires consentaient à en retirer deux points, ceux qui concernent la nomination des valis et la commission internationale, points sur lesquels la SublimePorle ne saurait transiger. Lord Salisbury répondit que les représentants des puissances n'étaient pas autorisés à retirer les deux points indiqués, lesquels, à leurs yeux, constituent véritablement les garanties demandées à la Porte.

Les plénipotentiaires étaient d'autant plus autorisés à cette insistance, ils s'y sentaient d'autant plus forts qu'ils pouvaient invoquer un précédent décisif, ce qu'a fait le plénipotentiaire russe, sans que les Turs aient rien trouvé à y répondre :

De toutes les commissions européennes en Turquie, celle qui a eu une des tâches les plus ardues et qui pourtant l'a accomplie avec succès, est la commission de 1860 en Syrie: les coupables ont été punis, les victimes indemnisées, l'ordre rétabli. Mais c'est que cette commission s'appuyait sur un corps d'armée français. Il est curieux de noter que le reglement organique a été exécuté et que la tranquillité na plus été troublée depuis lors au Liban, tandis que le règlement crétois, accordé par le gouvernement ottoman sans menace d'exécution et lorsqu'il était sûr de la victoire, n'a pas été sérieusement appliqué, n'a pas prévenu les abus : les Crétois viennent d'exprimer hautement leur mécontentement et exigent des modifications importantes.

1. Sixième annexe au compte rendu no 4. Communication du général Ignatiev. Livre jaune de 1877, page 34 de l'appendice.

Pour se faire une idée de l'impuissance du gouvernement vis-à-vis de ses chefs musulmans, il n'y a qu'à comparer la mollesse de la répression des atrocités en Bulgarie avec l'éclatante satisfaction donnée en Syrie à l'Europe par le gouvernement de cette époque. La commission présidée par Saad-Ullah-Bey ne saurait enregistrer, en fait d'actes réparateurs, que la reconstruction de quelques centaines de maisons. En Syrie, au contraire, sans compter les millions d'indemnités payés aux victimes, Fuad-Pacha faisait exécuter le gouverneur général de Damas avec près de deux cents autres coupables. Aujourd'hui, le gouvernement capitule devant la population musulmane, la ménage, de peur de voir éclater une émeute. C'est qu'il n'y a pas à proximité un corps d'armée étranger qui soutienne le courage défaillant des autorités, à l'instar de la petite armée française campée dans le Liban. La pacification de la Syrie ne doit être attribuée qu'à cette cause évidente'.

A la séance du 20 janvier 1877, qui fut la dernière, Savfet-Pacha, parlant des garanties, exprima que la meilleure élait la constitution. Il ajoula qu'un conseil ertraordinaire avait été convoqué : il était composé d'environ deux cents personnes el réunissait « les sommités de toutes les classes de sujets de Sa Majesté, » ainsi que les représentants des communautés religieuses. Après avoir mûrement délibéré, ce conseil s'était prononcé à l'unanimité contre les deux points en litige. Le premier plénipotentiaire turc présenta ensuite un nouveau contre-projet dans lequel on écartait naturellement l'intervention étrangère pour le choix des gouverneurs généraux (vali). Le contrôle européen était remplacé par des commissions locales électives.

Le contre projet ne fut pas pris en considération. Il n'y avait plus qu'à se séparer.

Vu le rôle dominant de l'Angleterre dans cette Conférence, je rapporterai ici les paroles par lesquelles le marquis de Salisbury annonça la rupture le 20 janvier:

Ce n'était pas pour prendre acte des intentions conciliantes du gou

1. Ibid.

Septième annexe, page 37.

[graphic]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

vernement actuel, ni pour enregistrer des projets d'amélioration du fonctionnement du pouvoir central que la conférence des puissances s'est réunie à Constantinople. Sa tâche est d'établir une autonomie administrative et des garanties sérieuses contre la mauvaise administration dans les provinces révoltées. Dès qu'un refus d'accorder de telles garanties sera dûment constaté, sa mission est achevée et son existence ne peut plus se prolonger.

La conférence était dissoute. Les ambassadeurs quittaient Constantinople, où il ne resta que des chargés d'affaires. Tel fut le résultat final de l'intervention entreprise par l'Angleterre pour prévenir les conflits de l'Orient.

(Consulter le croquis indiquant les limites assignées à la Bulgarie par la conférence de Constantinople.)

« PreviousContinue »