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mais il n'est pas moins positif que la force militaire de l'empire a été reconstituée.

Les moyens mêmes employés pour obtenir ce résultat menaient indirectement, mais infailliblement, à la réforme politique et sociale. Cette nécessité fut aussi activée par d'autres circonstances, parmi lesquelles nous signalerons : les rapports plus fréquents et plus intimes avec l'Europe: - le succès des insurrections chrétiennes en Grèce ei en Serbie: – le développement des idées de nationalité; les liens qui en résultèrent entre les populations chrétiennes de certaines provinces turques et leurs congénères étrangers: — enfin l'assistance diplomatique et militaire qui fut prêtée à la Turquie par plusieurs grandes puissances, en échange de laquelle les cours chrétiennes se crurent obligées d'intervenir pour obtenir à leurs coreligionnaires l'égalité avec les musulmans.

A la mort du terrible Mahmond, le sabre d'Osman passait entre les mains d'un enfant. Les hommes d'État turcs, sous l'empire des circonstances qui viennent d'être énumérées, imbus eux-mêmes dans une certaine mesure des idées européennes, éblouis d'ailleurs par la prospérité materielle des Etats etrangers régis selon les principes modernes, crurent le mument venu de faire entrer la Turquie dans une voie qu'ils croyaient sincèrement celle du progrès. En outre, ce système avait l'avantage, inappreciable pour eux, d'assurer, avec leur sécurité personnelie, le maintien d'eux-mêmes et des leurs à la tête des affaires dans des conditions d'indépendance jusqu'alors inconnues. La confrérie gouvernante, de militaire qu'elle elaii, devenar politique et administrative.

Lt 3 Dovembr- 1539. c'est-à-dire quatre mois après l'avènement d'Abdul-Mecpid, eut lieu la proclamation du cei-irt hatti-e heri! de Gulhané. En présence du sultan et de vuit la cour, des ultmas, des grands fonctionnaires ei un anibussau-urs étrangers, la charie de l'empire ottoman fu' fuit avec sulennité sur l'une des places du vieux sérail. Comme ce document contient en germe tout ce qui a été édicté depuis dans le même genre, qu'on s'y réfère sans cesse et qu'il renferme des aveux navrants sur la situation en 1839, nous le reproduirons ici intégralement.

HATTI-CHÉRIF DE GULHANÉ

Tout le monde sait que, dans les derniers temps de la monarchie ottomane, les préceptes du glorieux Coran et les lois de l'empire étaient une règle toujours honorée. En conséquence, l'empire croissait en force et en grandeur, et tous les sujets, sans exception, avaient acquis au plus haut degré l'aisance et la prospérité.

Depuis cent cinquante ans, une succession d'accidents et de causes diverses ont fait qu'on a cessé de se conformer au code sacré des lois et aux règlements qui en découlent; et la force et la prospérité intérieures se sont changées en faiblesse et en appauvrissement : c'est qu'en effet un empire perd toute stabilité quand il cesse d'observer les lois.

Ces considérations sont sans cesse présentes à notre esprit, et, depuis le jour de notre avènement au trône, la pensée du bien public, de l'amélioration de l'état des provinces et du soulagement des peuples, n'a cessé de nous occuper uniquement. Or, si l'on considère la position géographique des provinces ottomanes, la fertilité du sol, l'aptitude et l'intelligence des habitants, on demeurera convaincu qu'en s'appliquant à trouver les moyens efficaces, le résultat qu'avec le secours de Dieu nous espérons atteindre, peut être obtenu dans l'espace de quelques années.

Ainsi donc, plein de confiance dans le secours du Très-Haut, appuyé sur l'intercession de notre Prophète, nous jugeons convenable de chercher, par des institutions nouvelles, à procurer aux provinces qui composent l'empire ottoman le bienfait d'une bonne administration.

Ces institutions doivent porter principalement sur trois points :

1° Les garanties qui assurent à nos sujets une parfaite sécurité quant à leur vie, leur honneur et leur fortune;

2. Un mode régulier d'asseoir et de prélever des impôts;

3o Un mode également régulier pour la levée des soldats et la durée de leur service.

En effet, la vie et l'honneur ne sont-ils pas les biens les plus précieux qui existent? Quel homme, quel que soit l'éloignement que son caractère lui inspire pour la violence, pourra s'empêcher d'y avoir recours, et de nuire par là au gouvernement et au pays, si sa vie et son honneur sont mis en danger? Si, au contraire, il jouit à cet égard d'une sécurité parfaite, il ne s'écartera pas des voies de la loyauté, et tous ses actes concourront au bien du gouvernement et de ses frères.

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publiquement, conformément à notre loi divine; après enquête et examen, et, tant qu'un jugement régulier ne sera point intervenu, personne ne pourra secrètement ou publiquement faire périr une autre personne par le poison ou par tout autre supplice.

Il ne sera permis à personne de porter atteinte à l'honneur de qui que ce soit.

Chacun possédera ses propriétés de toute nature et en disposera avec entière liberté, sans que personne puisse y porter obstacle : ainsi, par exemple, les héritiers d'un criminel ne seront point privés de leurs droits légaux, et les biens d'un criminel ne seront point confisqués.

Ces concessions impériales s'étendent à tous mes sujets, de quelque religion ou secte qu'ils puissent être; ils en jouiront sans exception.

C'ne sécurité parfaite est donc accordée par nous aux habitants de l'empire dans leur vie, leur honneur et leur fortune, ainsi que l'exige le texte sacré de notre loi.

Quant aux autres points, comme ils doivent être réglés par le concours d'opinions éclairées, notre conseil de justice (augmenté de nouveaux membres autant qu'il sera nécessaire), auquel se réuniront, à certains jours que nous déterminerons, nos ministres et les notables de l'empire, s'assemblera à l'effet d'établir des lois réglementaires sur ces points de la sécurité de la vie et de la fortune, et sur celui de l'assiette des impôts.

Les lois concernant la régularisation du service militaire seront débattues au conseil militaire tenant séance au palais du séraskier. Dès qu'une loi sera terminée, elle nous sera présentée ; et, afin qu'elle soit à jamais valable et exécutoire, nous la confirmerons de notre sanction, que nous écrirons en tète, de notre main impériale.

Comme ces présentes institutions n'ont pour but que de faire refleurir la religion, le gouvernement, la nation et l'empire, nous vous engageons à ne rien faire qui y soit contraire.

En gage de notre promesse, nous voulons, après les avoir déposées dans la salle qui renferme le manteau glorieux du Prophète, en présence de tous les ulémas et grands de l'empire, faire serment par le nom de Dieu et faire jurer ensuite les ulémas et les grands de l'empire.

Après cela celui des ulemas ou des grands de l'empire, ou toute autre personne que ce soit, qui violerait ces institutions, subira, sans qu'on ait égard au rang, à la considération et au crédit de personne, la peine correspondant à sa faute bien constatée. I'n code pénal sera rédigé à cet effet.

Comme tous les fonctionnaires de l'empire reçoivent aujourd'hui un traitement convenable, et qu'on régularisera les appointements de ceux dont les fonctions ne sont pas encore suffisamment rétribuées, une loi rigoureuse sera portée contre le trafic de la faveur et des charges que la loi divine réprouve, et qui est une des principales causes de la décadence de l'empire.

Les dispositions ci-dessus arrêtées étant une altération et une rénovation complète des anciens usages, ce rescrit impérial sera publié à Constantinople et dans tous les lieux de notre empire, et devra être communiqué officiellement à tous les ambassadeurs des puissances amies résidant à Constantinople, pour qu'ils soient témoins de l'octroi de ces institutions, qui, s'il plait à Dieu, dureront à jamais.

Sur ce, que Dieu très haut nous ait tous en sa sainte et digne garde!

Que ceux qui feront un acte contraire aux présentes institutions soient l'objet de la malédiction divine, et privés pour toujours de toute espèce de bonheur!

Celte charte contient les principes, dont la mise à exécution constitue le Tanzimat, ou les organisations'. Sans entrer dans de plus longues explications, mentionnons seulement que le mobile générateur du Tanzimat est la centralisation administrative.

VI

CE QU'IL IMPORTE DE PRÉCISER

Nous avons constaté que la réforme militaire a obtenu en Turquie un succès, relatif assurément, mais très appréciable. Nous ajoutions que la réforme politique et sociale a échoué.

Comme la situation intérieure de l'empire ottoman n'a jamais cessé d'être une question européenne; comme cette question, permanente et fatale, domine absolument tous les incidents tapageurs qui absorbent l'attention des esprits superficiels; comme la crise qui en résulte a atteint, au moment que nous écrivons, le dernier degré d'acuité, nous ne pouvons pas, parlant de la réforme politique el sociale, nous borner à un simple enregistrement

1. On consultera avec fruit : La Turquie et le Tanzimat, par

Ed. Engelhardt, 2 vol. in-8, Paris, Cotillon, 1882-1884.

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