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La flotte turque fut commandée, pendant tout le temps de la guerre, par un officier de la marine royale, HobartPacha. Au vis-à-vis du cabinet russe, le ministère anglais gardait une attitude correcte, en ne laissant pas M. Hobart figurer sur les cadres de l'Amirauté. Mais cette distinction officielle ne pouvait être saisie par l'une ou par l'autre des nations belligérantes, pas plus que ne l'avait été le désaveu infligé de Saint-Pétersbourg au général Tchernaïev, lorsqu'il commanda les Serbes en 1876.

Dans le même ordre d'idées, il reste à signaler la présence et le concours actif d'un grand nombre d'officiers anglais dans l'armée turque. Ce n'est pas, du reste, que cette assistance ait été utile ou bien accueillie. A ce propos, je demande la permission d'insérer ici quelques extraits d'une correspondance adressée d'Asie, le 10 juillet 1877, au Standard, journal ministériel :

L'ancien proverbe est vrai qui dit que « trop de cuisiniers gåtent le bouillon. » Lorsque les généraux turcs se soumettent au meilleur jugement des officiers anglais, ils le font contre leur gré. Or le plus mauvais plan de bataille, lorsqu'il est exécuté avec énergie, peut conduire à la victoire ; tandis que le meilleur, lorsque des doutes s'élèvent dans le for intérieur du commandant en chef et qu'il ne s'y met pas de tout cour, doit presque certainement conduire à une défaite... Tant que Sir Arnold Kemball a été auprès de l'armée, les Turcs ont été battus ; mais à peine ce général anglais se fut-il retiré à Erzeroum avec tous ses bagages, que les Turcs remportèrent deux brillantes victoires.

Tant qu'un général anglais ou quelque autre général européen n'aura pas une autorité illimitée sur une armée turque et qu'il ne saura pas comprendre leur manière de voir ou européaniser leur caractère, il vaut mieux que les généraux turcs soient abandonnés à leurs propres instincts, qui frappent souvent le bon côté mieux que ne peut le faire la meilleure instruction adaptée à des circonstances différentes.

Lorsque le bruit se répandit que sir Arnord Kemball commandait dans la malheureuse assaire de Zeïdekan, les musulmans ressentirent presque un malicieux plaisir de la défaite ; tandis qu'en mentionnant les récentes victoires, on n'oublie pas d'ajouter que le Ingliz Ferik n'était pas présent dans le camp...

Nous ne recevons pas de remerciements pour nos conseils, qui font plus de mal que de bien aux Turcs.

Les observations qui suivent, du correspondant du Standard, entrent dans le cadre de ce travail, en ce qu'elles font ressortir avec netteté quelques-unes des causes qui paralysent l'action personnelle des Anglais sur les populations de l'Orient en général ; on croirait lire un chapitre de l'histoire de l'Inde :

La nature nous a refusé l'amabilité des Français, qui est cause que tant d'Orientaux sont francisés, et la flexibilité des Allemands, qui se conforment si facilement aux mœurs des nations étrangères, adoptant aussi bien leurs vices que leurs vertus. Nous, au contraire, ne sommes attirés par aucune nation et nous n'en atti rons aucune; nous restons toujours des étrangers parmi des étrangers en Orient, et, au pôle comme dans l'intérieur de l'Afrique, nous conservons notre individualisme,

Un mur de séparation doit donc exister entre les Turcs et les officiers anglais. Nous pouvons être craints et estimés ici, mais nous ne serons jamais aimés. Les officiers prussiens sont beaucoup plus chez eux dans l'armée régulière turque...

Nous, Anglais, ne sommes nullement aimés en Orient, ni par les musulmans, ni par les chrétiens.

Pour ne pas revenir plus tard sur le même sujet, je citerai un trait, entre mille, qui montre bien, et par une autre face, les difficultés qu'éprouvent les Anglais à se faire, je ne dirai pas aimer, mais accepter par les Orientaux. Deux ans après, au mois de mai 1879, deux prêtres grecs, dans l'ile de Chypre, avaient commis des contraventions légères : l’un avait enfreint le règlement qui interdit aux propriétaires l'ébranchage de leurs propres arbres dans certaines conditions ; l'autre avait refusé une citation en justice. Le commissaire anglais de Famagouste leur fit couper les cheveux, la barbe et les moustaches. Eh bien ! je n'hésite pas à déclarer que l'administration anglaise eût excité moins d'indignation et d'horreur répulsive si, au lieu de raser ces deux têtes, elle les eût tranchées. Nul ne viendra contredire ce jugement, parmi les personnes qui connaissent l'Orient autrement que pour avoir voyagé entre Péra et Buyuk-Déré et entre Buyuk-Déré et Péra, en écoutant, bouche béante, la conversation d'un drogman.

Un correspondant du Journal des Débats exprimait plus tard les mêmes idées en parlant d'un autre pays (février 1879):

J'ai recueilli de la bouche de conservateurs le regret que les fonctionnaires anglais, en présence de peuples barbares, finissent tòt ou tard par recourir à la guerre. Il y aurait là un défaut de souplesse, une incapacité à s'assimiler la nature des rapports à entretenir avec des races inférieures.

IV

PRESSION EN GRÈCE

Le cabinet de Londres s'occupa aussi beaucoup du danger que la Turquie pouvait courir du côté de la Grèce'.

Dans une première conversation avec M. Stuart, mipistre plénipotentiaire anglais, au sujet de la politique que le gouvernement hellénique comptait suivre à l'égard de la Turquie, le ministre des affaires étrangères, M. Tricoupis, déclara que la Grèce ne se proposait pas actuellement de faire la guerre avec la Turquie; - le gouvernement helléles circonstances exceptionnelles de ce jour. Aussi, malgré le désir, malgré le besoin méme que nous éprouvons d'être contirmés dans notre nouvelle situation politique par un acte d entente internationale, nos veux modestes se réduisent, pour le moment, à obtenir un simple acquiescement à la ligne de conduite que nous avons suivie sous le poids de bien grandes difficultés, et, – nous tenons à l'af. firmer hautement, – en dehors de toute influence extérieure.

1. Voir, à ce sujet, deux dépêches adressées, le 4 et le 11 septembre 1877, au chargé d'affaires à Londres, par M. Tricoupis, ministre des affaires étrangères de Sa Majesté Georges ler.

Par-dessus tout, nous aspirons à gagner, de nos bienveillants protecteurs, la promesse qu'en aucun cas il ne sera fait violence à la nation roumaine dans le but de la contraindre à renouer jamais ses relations avec la Sublime-Porte.

... Notre conduite dans le passé a pu déjà rassurer toutes les puissances garantes sur le but que nous poursuivons. Notre conduite ultérieure prouvera à tous, et en particulier à nos puissants voisins, que notre politique n'est qu'une politique de conservation.

Le discours de clôture des Chambres est aussi très affirmatif :

... La Turquie, dit le prince Charles, nous a traités en ennemis sur toute la ligne du Danube, en bombardant nos villes ouvertes, en brûlant nos villages.....

Comme conséquence de l'état de guerre créé par la Turquie ellemême, vous avez répondu à ses provocations en proclamant la rupture des liens qui unissaient la Roumanie à la Turquie... Vous avez proclamé, le 9 mai, l'indépendance complète de la Roumanie.

Il reste à enregistrer, comme la conclusion habituelle de ces sortes d'événements, la protestation de la Porte, datée du 6 juin 1877:

La rébellion des Principautés réunies est donc désormais un fait consomme... La Sublime Porte proteste, de la manière la plus solennelle et la plus enerxique, tant contre la risolution du gouvernement princier que contre les entreprises ambitieuses de la Russie...

La Sublime Porte declare que, qui que le puternement princier purisse faire et dire while entend maintenir ses dmits intacts, en se itsmunt d'user, parters les Prin ples, des moyens que lui conseillerait le seun de ses pripres interiis et que la man he des événements lui suinrait.

Le Auvertement impairial prie les passances sanitaires du traité de Paris de var ben prendre acte de celle deranhe; il espere wir Eunyesiskier às pease et à se pretest

Ainsi, de Constantineple comme de Bueunat, l'Europe était sommée d'exprimer un avis. Dans les documents publiés, nous n'avons pas trouvé les réponses des gouvernements européens.

VI

LA PARTICIPATION ACTIVE

L'armée roumaine conserva une attitude défensive jusqu'à la fin du mois d'août 1877. A ce moment, la situation des Russes en Bulgarie étant devenue presque critique, le concours actif de la Roumanie fut demandé et accordé. Cette décision est due principalement à la volonté personnelle du prince Charles. Une première division roumaine passa le Danube à Corabia, le 24 août. La proclamation du prince, en date du 11 septembre, explique cette décision avec beaucoup de sens politique et de dignité: on y remarquera que la Roumanie s'y affirme nettement comme une puissance chrétienne, à qui cette qualité impose des devoirs :

..... Nous avons proclamé l'indépendance absolue de la Roumanie, et, aux attaques qui nous étaient faites d'une façon déloyale et barbare, nous avons répondu par une franche déclaration de guerre.

Plus de trois mois se sont écoulés depuis. Désireux d'épargner le plus possible au pays les maux de la guerre, nous nous sommes appliqués pendant tout ce temps à rester sur la défensive...

Malheureusement la guerre au delà du Danube se prolonge plus qu'on ne pensait. Cette guerre prend, de la part des musulmans, un caractère de plus en plus acharné, et, en même temps le sort de la Roumanie devient de jour en jour plus douloureux... Nulle part les effets désastreux de la lutte se sont fait sentir autant que dans notre pays...

Mais combien plus terrible deviendrait notre position, s'il était donné aux troupes turques de prendre l'offensive et de transporter le théâtre de la guerre en deçà même de nos frontières.

Nous sommes obligés de coopérer avec les forces impériales de la Russie, afin de hâter à tout prix la fin de la guerre.

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