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Russie dans les contrées grecques, au détriment non seulement de la nationalité grecque, mais de tous les pays qui ont des intérêts dans l'est de la Méditerranée. - Constantinople devant être séparé par la Bulgarie des provinces ottomanes d'Albanie, de Bosnie, d'Herzégovine, de Thessalie et d'Épire, il en résultera des difficultés pour la Porte et l'anarchie pour les habitants. L'acquisition de Batoun, la reprise de la Bessarabie, l'extension orientale de la Bulgarie assureraient la prépondérance russe sur tout ce qui entoure la mer Noire, en même temps que la

possession des forteresses de l'Arménie placerait la population de cette province sous l'influence immédiate de la Russie. D'un autre côté, la rectification de fronlières stipulée en Asie obligerait le commerce européen avec la Perse à transiter par un territoire russe. — L'indemnité de guerre dépasse les moyens de la Turquie, dont tous les excédents de recelle sont déjà hypothéqués à des créanciers antérieurs. — La purge de cette créance pèsera longtemps sur l'indépendance de la Sublime Porte; elle pourra amener ou de nouvelles cessions de territoires ou des engagements spéciaux.

Revenant à la question du congrès, le principal secrétaire d'État énonce que ce n'est pas l'effet isolé et séparé de ces dispositions, mais leur effet combiné, qui rendra presque vassal un gouvernement dont la juridiction effective s'étend sur des positions géographiques qui doivent être, en tout état de cause, du plus haut intérêl pour la Grande-Bretagne '.

A notre avis, cette argumentation sur l'effet combiné est

1. Dans l'énumération de ces positions, lord Salisbury dit que la domination du gouvernement ottoman est reconnue à l'entrée du golle Persique, at the head of the Persian gulf. Il aurait dû dire au fond du golfe et un peu à l'ouest.

Le détroit du golfe Persique est bordé, d'un côté, par l'imanat indépendant de Mascate, et, du côté oriental, par le Belouchistan, le Magistan et le Loristan, qui ne dépendent pas de Constantinople. Pendant un temps, l'iman de Mascate a occupé Bender-Abbas, sur la côte orientale. Je n'ai pas su s'il y est resté.

plus brillante que solide. Le procès général de tendances que lord Salisbury intentait à l'ouvre de San-Stefano devait toujours, dans la pratique, aboutir à la discussion séparée de chacune des stipulations incriminées.

La communication diplomatique du 1er avril et les adresses de remerciements qui furent votés à la reine les 8 et 9 avril pour l'appel des réserves, marquent le point extrême de la tension.

Les réserves se réunirent dans le courant du mois d'avril. Bientôt le public anglais fut ébabi, comme le reste du monde, en apprenant tout d'un coup que des troupes indiennes étaient en toute hâle expédiées de Bombay sur Malle. L'Europe commença à croire à une guerre générale; mais la diplomatie avait continué son œuvre de paix et, après quelques détours, elle arriva la première.

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Le 9 avril 1878, le prince Gortchakov s'appliqua à ré futer les objections présentées par lord Salisbury contre le traité de San-Stefano dans le manifeste du 1er avril.

Bien que cet échange de communications n'ait amené rien de formel, il eut le grand avantage de lirer le débat d'une impasse ; pour la première fois on s'expliquait sur les stipulations mêmes de San-Stefano, non plus sur la manière de les présenter à l'Europe ni sur l'obligation de rester au congrès et sur la faculté d'en sortir!.

Si la question n'était pas résolue, du moins était-elle

posée :

Nous voyons fort en détail, dit la circulaire russe, les objections du cabinet anglais ; mais nous y avons vainement cherché les propositions qu'il serait disposé à suggérer pour la solution pratique de la crise actuelle de l'Orient. M. le marquis de Salisbury nous dit ce que le gouvernement anglais ne veut pas, et ne nous dit pas ce qu'il veut. Nous pensons qu'il serait utile que Sa Seigneurie voulùt bien le faire connaitre pour l'intelligence de la situation'.

1. Allusion à la discussion soulevée par M. Gladstone, le 5 avril 1878. A ce moment l'opposition était en plein désarroi, ce qui éclata au grand jour par la futilité de ses interpellations. La seule critique sérieuse à été celle de lord Derby, critique renouvelée avec éclat le 18 juillet.

2. Livre jaune de 1878, p. 42.

qui eût

L'argumentation du chancelier russe ouvrit la porte à une négociation raisonnable et pratique.

L'Angleterre, en effet, ne pouvait prétendre à effacer complètement la guerre de 1877, mais elle n'acceptait pas toutes les conséquences que le traité de San-Stefano en avait tirées, et elle ne voulait pas participer à un congrès

pu admettre, parmi ces conséquences, celles jugées par elle inadmissibles. Les autres puissances n'avaient rien formulé de semblable ou du moins d'aussi absolu. Les Russes et les Anglais se trouvaient seuls en présence. Il ne leur restait qu'à se faire la guerre immédiatement ou bien à chercher entre Londres et Saint-Pétersbourg une transaction, c'est-à-dire à examiner si le cabinet russe était disposé à renoncer à celles des clauses de San-Stefano dont le ministère anglais maintiendrait l'inadmissibilité.

Les grandes affaires se résolvent rarement par des dépêches officielles et par des protocoles; mais plutôl par une entente séparée et confidentielle entre deux êtres vivants qui se regardent dans le blanc des yeux.

. Lord Derby, à qui la sortie du ministère avait apporté des lumières inattendues, a exprimé la même idée avec plus d'autorité que je ne le pourrais faire :

« Un congrès, a dit sa Seigneurie aux Lords le 8 avril, est un agent très convenable pour enregistrer de la manière la plus formelle des décisions auxquelles on est déjà arrivé en substance!. Si j'avais à traiter l'affaire, j'essaierais de tenir le congrès en vie, ne disant, ne faisant rien qui pût empêcher sa réunion ultérieure, mais l'ajournant jusqu'à ce que le chemin eût été aplani par des négociations privées et séparées entre les puissances intéressées. »

Tel a été le caractère de la mission du comte Schouvalov qui partit de Londres le 8 mai 1878.

1. On en pourrait citer beaucoup d'exemples. Je me bornerai à rappeler que le résultat de la conférence de 1858 avait été décidé d'avance à l'entrevue d'Osborne entre la reine Victoria et Napoléon III.

LA MISSION DU COMTE SCHOUVALOV

Qu'a fait l'ambassadeur russe ?

La seule chose qu'il y eût à faire, en dehors de la guerre immédiate.

De tout ce qui précède, il résulte qu'il s'agissait pour la Russie de renoncer à quelques-unes des stipulations de San-Stefano, à celles de ces stipulations dont la possibilité d'une acceptation par le reste de l'Europe empêchait l'Angleterre de venir au congrès.

L'ambassadeur de Russie parlit donc à cet effet pour Saint-Pétersbourg. Et comme la route est longue à faire d'un seul trait, Son Excellence s'arrêta à Berlin, où elle eut une entrevue avec S. A. le prince de Bismarck.

La mission du comte Schouvalov réussit. Le résultal en est consigné dans deux mémorandum qui furent signés à Londres le 30 mai 1878, après le retour de l'ambassadeur. Ces mémorandum contiennent en substance les modifications qui allaient être introduites dans le traité de SanStefano, ou, pour appeler les choses par leur nom, ils contiennent les concessions de la Russie. Le congrès n'avait plus, suivant l'expression de lord Derby, qu'à enregistrer.

Les mémorandum du 30 mai et l'accord qu'ils consacrent, ne devaient pas être livrés à la publicité. L'indiscrétion d'un employé subalterne du Foreign-Office a fait connaitre, sinon textuellement du moins d'une manière substantielle, les conditions de la transaction; nous pouvons les reproduire ici puisque le ministère anglais en a reconnu l'exactitude foncière.

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