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Premier mémorandum :

1° Il y aura deux provinces de Bulgarie : l'une au nord des Balkans, sous un prince; l'autre au sud, ne touchant pas la mer Égée, avec un gouverneur chrétien et un gouvernement semblable à celui des colonies anglaises.

2. Les troupes turques retirées de cette dernière province n'y rentreront pas.

3° L'Angleterre regrette la cession de la Bessarabie, mais ne s'y oppose pas.

4. L'Angleterre se réserve le droit de discuter dans le congrès les arrangements internationaux concernant le Danube.

5° L'Angleterre ne considère pas la possession de Batoun comme justifiant une intervention hostile.

La Russie promet de ne pas s'avancer au delà de sa nouvelle frontière asiatique.

6° La Russie rend Bayazid à la Turquie sur la demande de l'Angleterre ; la Turquie, en échange, cède la province de Kotour à la Perse.

7° La Russie s'engage à ne pas prélever en territoire l'indennité de guerre fixée et, en même temps, à ne pas créer des embarras aux créanciers anglais de la Turquie. Cette question du paiement d’indemnité sera discutée par le congrès.

8. Le congrès se chargera de réorganiser l'Épire, la Thessalie en les autres provinces grecques.

9o La Russie consent à ce que le passage des Dardanelles et du Bosphore reste dans le statu quo.

Second memorandum :

10° L'Angleterre soulèvera dans le congrès la question de la réoryanisation de la Bulgarie par l'Europe el discutera les questions de l'occupation en Roumanie.

En dehors des stipulations contenues dans le mémoradum précédent, le gouvernement britannique se réserve de faire valoir an congrès les points suivants :

A. Le gouvernement anglais se réserve de demander au congrès la participation de l'Europe dans l'organisation administrative des deux provinces bulgares.

B. Le gouvernement anglais discutera au congrès la durée et la nature de l'occupation russe en Bulgarie et le passage des troupes russes par la Roumanie.

C. Le nom à donner à la nouvelle province méridionale.

D. Sans toucher à la question territoriale, le gouvernement britannique se réserve de discuter la question de la navigation du Danube.

E. Le gouvernement se réserve de discuter au congrès toute la question des détroits ; mais il prend acte de la déclaration verbale faite par l'ambassadeur de Russie à Londres, à savoir que le cabinet impérial s'en tient à la déclaration de lord Derby du 6 mai 1877, et que le plénipotentiaire russe insistera au congrès sur le maintien du

statu quo.

F. Le gouvernement anglais demandera au sultan de promettre à l'Europe de protéger également au mont Athos les moines des autres nationalités.

Ai-je besoin d'ajouter que les deux gouvernements ayant abordé franchement la réalité des choses, il ne fut plus question des arguties qui avaient fait si grand bruit dans le monde sur la manière de présenter au congrès le traité préliminaire de San-Stefano ? On peut considérer comme la conclusion subreptice de ce sonore débat la phrase de la notification allemande qui imposait à toutes les puissances convoquées la même obligation :

Le

gouvernement de Sa Majesté (l'empereur Guillaume) en faisant cette notification au gouvernement de......

entend qu'en l'acceptant, le gouvernement de........ consente à admettre la libre discussion de la totalité du traité de San Stefano, et qu'il est prêt à y participer.

Si je retenais l'attention du lecteur à discuter les différences entre cette rédaction et celles qui avaient été proposées de part et d'autre, je tomberais sous le coup de la réponse que fit lord Salisbury, le 6 juin, à une interpellation de ce genre, au milieu des rires de la haute chambre, à savoir : que, pour découvrir ces différences, il faudrait avoir un æil microscopique.

Il n'y avait plus de sérieux que les mémoradum du 30 mai. La mission du comte Schouvalov est le fait capital dans cette dernière phase de la question, comme l'entrevue de Reichstadl, ou du moins l'accord qu'elle consacra, l'avait été au début. En désintéressant l'Autriche et l'Allemagne, l'accord fait à Reichstadt avait rendu possible la guerre. La mission du comte Schouvalov, en désintéressant l'Angleterre, rendit possible la paix.

D'après une déclaration portée plus tard à la tribune par le marquis de Salisbury, l'arrangement du 30 mai avait précisément pour objet de prévenir la guerre :

Le but de ce mémorandum était, dans le cas où le congrès n'aurait pas abouti

, d'empêcher certaines questions énumérées dans ce mémorandum de devenir un casus belli. (Discours du 26 juillet 1878.)

Et je répète qu'on aurait dû commencer par là. Quand aurait-on dû commencer ? On aurait dû commencer dès qu'on eut connaissance des intentions de la Russie, au mois de juin 1877, après la communication du comte Schouvalov, qui est rapportée plus haut, c'est-à-dire avant que l'armée russe eût franchi le Danube. (Page 272.)

Le ministère anglais avait-il oublié cet échange de vues? Ou entrait-il dans ses plans d'afficher l'étonnement de ce qui fut conclu à San-Stefano ?

Il me semble qu'un cabinet plus préoccupé des intérêts de l'Angleterre et de la paix européenne que des débats parlementaires et moins amoureux d'une politique théâdrale, aurait pu, au mois de juin 1877, en recevant la communication du comte de Schouvalov, y relever les points que l'Angleterre ne voulait pas admettre.

' Dans ces échanges d'idées, l'empereur Alexandre, tous le doivent reconnaître, a montré de la loyauté et beaucoup de sens pratique. Pour mon compte, je ne doute pas qu'après une franche explication, Sa Majesté n'eût alors donné à l'Angleterre, en vue de la paix future, des assurances analogues à celle que l'Autriche-Hongrie a reçues à Reichstadt en vue de la guerre, assurances qui ont été fidèlement tenues, quoi qu'il en pùt coûter. Un tel accord eût épargné à l'Europe de terribles agitations qui ont failli amener une conflagration générale.

1. En 1877 il était question, pour l'Asie, seulement du district de Batoun; c'était précisément. pour un diplomate avisé, l'occasion d'en prendre acte à l'effet de prévenir toute vesiéité d'extension sur la route commerciale qui va de Trebizonde en Perse.

Il semble que l'Europe diplomatique ne soit plus dans son assielle. Depuis 1772, la diplomatie a beaucoup perdu de sa dignité. Il est à craindre qu'elle ne soit aujourd'hui sur la voie de perdre le calme qui en esl, pour la pratique des affaires, un des attributs essentiels : elle est devenue nerveuse et criarde ; elle est affairée et effarée. Ce nouvel état pathologique, dont je ne veux pas rechercher ici les causes, est menaçant pour l'avenir de l'Europe, car ce n'est

pas la seule occasion, depuis un demi-siècle, où il y aurait à constater dans la diplomatie des accès d'affolement. Pour peu que la maladie aille en s'aggravant, il n'y aura plus de diplomatie. C'est dans les journaux et sur les tribunes que les affaires générales se feront, ou plutôt ne se feront pas.

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Je ferai d'abord remarquer qu'à l'exception d'une seule, toutes les concessions de la Russie avaient trait à des

questions d'un intérêt général, ou du moins présentées comme telles. Le ministère anglais avait prétendu batailler comme gendarme européen, quoique personne ne lui eût attribué une telle mission et que plus d'un la lui eût refusée.

La question purement anglaise est celle de la nouvelle frontière en Asie. Il est admis, paraît-il, que l'Asie mineure est la route de l'Inde, qualité qu'elle partage avec le canal de Suez, avec l’Euphrate, avec le Kurdistan, avec le koraçan, avec le Turkestan, avec l'oasis de Merv, etc., etc. On peut dire réellement que, sous l'ail jaloux des Anglais, tout chemin mène à l'Inde. Donc il faut que l'Angleterre domine tout chemin.

En dehors de la question si vague, ou plutôt si élastique, de la route de l'Inde, la nouvelle frontière turco-russe en

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