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On l'a dit avec raison : il aurait fallu, avant de prendre Chypre, consulter la France et l'Italie. Du reste, la légitime irritation que la soustraction subreptice de cette île causa en France, en Italie et en Grèce, n'a pas été partagée par l'Allemagne qui, parait-il, aurait été mise au courant du complot. Voici ce que dit, à ce sujet, le journal officieux Norddeutsche allgemeine Zeitung:

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La prise de possession de l'île de Chypre par l'Angleterre est partout considérée avec raison comme une prise par la politique anglaise pour sauvegarder son intérêt et sa situation dans les parties de l'Orient que la Grande-Bretagne considère comme rentrant dans la sphère de ses intérêts et de son action.

Au point de vue de la civilisation générale et du progrès de la cultur en Asie Mineure, on ne peut que donner un plein assentiment à cette mesure.

Nous ne croyons pas nous tromper en admettant que notre gouvernement avait été averti à l'avance de la convention, sans qu'on l'ait invité à donner son avis.

J'ai été très frappé alors d'une exclamation

que

laissa échapper par devant moi un Anglais de distinction en apprenant la convention du 4 juin : « L'Angleterre a gagné quelque chose, s'écria-t-il ; alors la paix est faite. )

lci je devrais apprécier la valeur intrinsèque de la convention du 4 juin ; il faudrait discuter si elle est conforme au traité de Paris et préciser qu'elle n'engage pas les autres puissances de l'Europe ; il y aurait également à en examiner la moralité. Peut-être arriverait-on à reconnaitre, qu'au point de vue européen, la convention du 4 juin est impolitique, nulle et immorale. Pour le moment, je me bornerai à rappeler, après le comte de Carnarvon, quelle a été l'attitude de la Grande-Bretagne en 1853, c'est-à-dire à la veille de la guerre de Crimée : « Dans des circonstances qui n'étaient pas absolument dissemblables de celles qui nous occupent, a dit Sa Seigneurie aux lords, le 26 juillet 1878, l'empereur de Russie fit une offre au gouvernement de cette époque. Il offrait la Crète et

!

l'Égypte par un arrangement secret. » Lord Clarendon a répondu :

L'Angleterre ne désire pas d'agrandissement territorial et ne voudrait pas être partie à une convention préalable de laquelle elle retirerait un pareil bénéfice. Elle ne voudrait pas être partie à une entente qui devrait être tenue secrète aux autres puissances.

Le 15 avril 1856, la France, la Grande-Bretagne et l'Autriche garantissaient conjointement et séparément l'indépendance et l'intégrité de l'empire ottoman (art. 1«). Toute infraction au traité de Paris serait considérée comme un casus belli.

La convention anglo-lurque du 4 juin 1878 sera-t-elle plus efficace?

QUATRIÈME PARTIE

LES SATISFACTIONS

SOMMAIRE DE LA QUATRIÈME PARTIE

LIVRE QUATORZIÈME. Les pays orientaux.
LIVRE QUINZIÈME. - Les grandes puissances. .
LIVRE SEIZIÈME. L'Europe.

(Voir le croquis : Traité de Berlin.)

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