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tout. La manœuvre avait été dénoncée à temps ; elle a cependant réussi : il y aura un règlement applicable à tous les sujets directs de la Turquie en Europe. On en a séparé quelques parties de l'Albanie, qui auront une organisation spéciale. On y a ajouté celles des îles du vilayet de l'Archipel qui sont rapprochées de la côte d'Asie. Voilà ce que j'avais à dire du procédé.

Quant au règlement qui en est sorti, je m'abstiendrai de le discuter, par la raison que c'est encore un simple programme.

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(Traité de San-Stefano, art. XVI. — Traité de Berlin, art. LXI.)

Les Arméniens sont répartis entre la Turquie, la Russie et la Perse.

Le conquérant Mahomet II avait reconnu, parmi les vaincus, deux nations (mileti) celle des Grecs et celle des Arméniens. C'est l'organisation qui şubsiste jusqu'à ce jour après avoir subi quelques modifications. Les Arméniens avaient donc dans l'empire ottoman une existence civile et religieuse avant le traité de Berlin.

Sous le rapport administratif, au contraire, l'Arménie fait sa première apparition dans le traité de San-Stefano :

La Sublime Porle s'engage à réaliser sans plus de retard les améliorations et les réformes exigées par les besoins locaux dans les provinces habitées par les Arméniens et à garantir leur sécurité contre les Kurdes et les Circassiens.

L'article XVI de San-Stefano fut soumis, comme les autres, à la revision de l'Europe ; mais, avant que les plé

nipotentiaires européens fussent réunis, la Turquie avait signé avec la Grande-Bretagne le traité particulier du 4 juin. L'Angleterre s'y engage à s'unir au sultan pour la défense des territoires de S. M. Impériale en Asie par la force des armes, sous la condition suivante :

En revanche, S. M. I. le Sultan promet à l'Angleterre d'introduire les réformes nécessaires à être arrêtées plus tard par les deux puissances) ayant trait à la bonne administration et à la protection des sujets chrétiens et autres de la Sublime Porte qui se trouvent sur les territoires en question ; et, afin de mettre l'Angleterre en mesure d'assurer les moyens nécessaires pour l'exécution de son engagement, S. M. I. le Sultan consent, en outre, à assigner l'ile de Chypre, pour ètre occupée et administrée par elle.

La Russie ne s'était pas arrogé la collaboration aux réformes, tandis que l'Angleterre l'obtient. Notez aussi que la Russie avait stipulé pour les Arméniens seulement; l'Angleterre stipule pour tous les territoires asiatiques qui peuvent être menacés d'une agression russe. Il ne s'agit donc plus seulement des Arméniens, mais de tous les sujets chrétiens et autres, c'est-à-dire chrétiens de toute communion, musulmans et israélites, à quelque race qu'ils appartiennent.

Le traité de Berlin vient ensuite, et il slipule comme si la convention anglaise n'existait pas. Il reproduit l'article de San-Stefano ; mais il ajoute explicitement la surveillance périodique de l'Europe et voici en quels termes :

La Sublime Porte donnera connaissance périodiquement des mesures prises à cet effet aux puissances qui en surveilleront l'application.

En fait, malgré les stipulations de Berlin, le règlement des difficultés arméniennes tend à devenir une affaire anglaise, bien que le ministère whig ait essayé d'atténuer la situation créée par la convention du 4 juin. Cette affaire, au moment où nous écrivons, n'est pas réglée. Les violences des Kurdes et des Circassiens continuent, non noins

que les exactions des fonctionnaires turcs et leur impuissance à réprimer leurs coreligionnaires.

III

SATISFACTION DES CRÉTOIS

(Traité de San-Stefano, art. XV. - Traité de Berlin, art. XXIII.)

La Crète avait obtenu, en 1868, une de ces organisations particulières qui ne sont pas l'autonomie, mais qui placent l'ile dans la catégorie des provinces privilégiées.

Non seulement la constitution de 1868 n'a pas satisfait les Crétois, lesquels demandaient leur annexion au royaume de Grèce, mais les améliorations que cet acte comporte ont été peu ou point appliquées. L'ile est restée dans un état de résistance et de lutte.

Cet état de choses a déterminé avec raison les négociateurs de San-Stefano et ceux de Berlin à stipuler, en termes identiques, que :

La Sublime Porte s'engage à appliquer scrupuleusement, dans l'ile de Crète, le règlement organique de 1868.

Mais ce règlement réclame des améliorations. Les négociateurs russes avaient ajouté à la phrase que je viens de citer les mots : « En tenant compte des veux déjà exprimés par la population indigène. » Les négociateurs de Berlin n'ont pas voulu aller aussi loin ; ils ont dit : « En y apportant les modifications qui seraient jugées équitables. »

Rien de mieux que de déclarer que les modifications seront « équitables. » Seulement, le congrès de Berlin a omis de spécifier par qui les modifications seront jugées telles. Sera-ce par les habitants, suivant l'idée russe? Sera

ce par la Porte? Sera-ce par les grandes puissances? Il y a là malière à une conférence nouvelle. A chaque jour sa peine.

IV

SATISFACTION DES BOSNIAQUES ET HERZÉGOVINIENS

(Traité de San-Stefano, art. XIV. - Traité de Berlin, art. XXV.)

Nous entrons dans le monde slave.

La disposition stipulée par les Russes dans l'article XIV de San-Stefano aurait eu pour effet d'introduire en Bosnie et en Herzégovine les améliorations arrêtées par les ambassadeurs européens aux conférences de Constantinople', c'est-à-dire ce qu'on a appelé un statu quo amélioré. Étaitce assez? Je ne le crois pas.

Le traité de Berlin, contrairement à ce qu'il faisait pour les Bulgares, a enchéri sur le traité de San-Stefano. Une proposition émise par lord Salisbury au congrès de Berlin, et qui fut combattue à fond par la Turquie seule, amena la décision consignée en l'article XXV : « Les provinces de Bosnie et d'Herzégovine seront occupées et administrées par l'Autriche-Hongrie. » Est-ce trop ? L'avenir l'apprendra.

Suit une disposition relative au district de Novi-Bazar, situé à la pointe sud-est de la Bosnie. Ce district sépare la Serbie du Monténégro : son occupation a pour effet d'empêcher les communications entre les deux principautés slaves. Le district s'étend, dans la direction du sud-est, jusqu'au delà de Mitrovitza, actuellement lête de ligne du

1. Annexes II et IV au compte rendu no 8, pages 46 et 56 de l'appendice au Livre jaune de 1877.

chemin de fer de Salonique : son occupation rend maître de la grande voie commerciale européenne aboutissant à ce port. (Voir le croquis page 362.)

L'article XXV stipule que la Sublime Porte conservera l'administration de Novi-Bazar : néanmoins, afin d'assurer le maintien du nouvel état politique, ainsi que la liberté et la sécurité des voies de navigation, l'Autriche-Hongrie se réserve le droit de tenir garnison et d'avoir des routes militaires et commerciales sur toute l'étendue de cette partie de l'ancien vilayet de Bosnie.

Je ne connais pas de disposition qui impose à la partie livrée à l'Autriche une part dans la dette ottomane.

En faisant avancer l'Autriche jusqu'au delà de NoviBazar, on a voulu diminuer les chances de la Russie dans une action contre l'empire ottoman : on se demande déjà si l'Europe, pour écarter un danger imaginaire, n'a pas créé un dan ger réel. Je le crains beaucoup.

V

SATISFACTION DES SERBES

(Traité de San-Stefano, art. III, IV, XII. Traité de Berlin, art. XXXIV

à XLII, LII à LVII.)

Les plénipotentiaires de Berlin ont peu modifié les dispositions de San-Stefano à l'égard de la Serbie.

L'indépendance de la principauté de Serbie est reconnue. La Serbie reçoit une extension de territoire qui tranche en sa faveur la question, si longtemps controversée, du Petit-Zvornik et de Zakar. L'affaire des îles et de la Drina est réservée à une entente ultérieure.

La délimitation de Berlin diffère de celle de San-Stefano en ce que l'agrandissement, au lieu de s'étendre vers le sud, sera porté au sud-est. La Serbie n'arrivera pas jus

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