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qu'à toucher Mitrovitza, tête de ligne du chemin de fer de Salonique; mais elle acquiert le cours supérieur de la Morava bulgare jusqu'à Vrania et des districts que les Bulgares réclament.

Pour ce qui est des conditions onéreuses de cet agrandissement territorial, je mentionne, sans le produire textuellement, ce que je dirai pour la principauté de Bulgarie.

Je note aussi que les articles relatifs au Danube ont pour la Serbie une gravité particulière.

Le rêve des Serbes était de s'annexer la Bosnie ou d'y voir constituer un état de choses qui en permît l'espoir. L'annexion, à peine déguisée, de cette province à l'Autriche-Hongrie, a causé à Belgrad une vive irritation. La perspective d’avenir pour les Slaves du sud est aujourd'hui autant et plus à la grande Croatie qu'à la grande Serbie. Ce désappointement a empoisonné la joie causée par l'indépendance et par l'agrandissement territorial. Il y a des Serbes qui auraient préféré le statu quo.

La principauté a été postérieurement érigée en royaume.

J'aurai à parler de la Serbie en racontant les événements qui ont troublé la péninsule en 1885 (page 377).

VI

SATISFACTION DES BULGARES

(Traité de San-Stefano, art. VI å XII. — Traité de Berlin, art. I à XXII.)

La conférence de Constantinople instituait une grande Bulgarie coupée en deux par une ligne allant du nord au sud. (Voyez le croquis, page 177.)

Rappelons ce que San-Stefano a décidé ou, si l'on veut, proposé, et ce que Berlin y a substitué.

Le traité de San-Stefano constituait une principauté tributaire, avec un gouvernement chrétien et une milice nationale. La bizarre imagination anglaise des deux Bulgarie coupées verticalement n'était pas reproduite; le territoire était un. Il comprenait en traits généraux, pour n'en faire qu'un groupe, le territoire attribué aux Bulgares par la conférence de Constantinople, mais avec une extension au sud. (Voir le croquis à la page 253.) Par cette extension, la Bulgarie projetée devenait riveraine de la mer Égée ou Archipel, entre la presqu'ile chalcidique, qui restait à la Turquie du côté occidental, et l'embouchure de la Maritza du côté oriental. Assise sur la mer Noire et sur la mer Égée, la Bulgarie allait couper Constantinople et la Thrace des autres provinces européennes du sultan (page 254).

Qu'a fait le congrès de Berlin ? Il a fait trois Bulgarie : (Voir le croquis page 362.)

1° De la partie comprise entre la Serbie, le Danube, la Dobroudja, la mer Noire et le Balkan, en y adjoignant le pachalik de Sofia, il a été constitué « une principauté autonome et tributaire, sous la suzeraineté de S. M. I. le sultan ; elle aura un gouvernement chrétien et une milice nationale. »

2° De la partie située au sud des Balkans jusqu'aux pachaliks d’Andrinople et de Sères, on a organisé une province privilégiée,

qui prendra le nom de Roumélie orientale, et qui restera placée sous l'autorité politique et militaire directe de S. M. I. le Sultan, dans des conditions d'autonomie administrative. Elle aura un gouvernement général chrétien..... S. M. le Sultan aura le droit de pourvoir à la défense des frontières de terre et de mer de la province, en élevant des fortifications sur ces frontières et en y entretenant des troupes (c'est-à-dire d'occuper les passes des Balkans entre la Bulgarie-principauté et la Bulgarie-province ou Roumélie orientale).

3° Le reste de la Bulgarie (y compris Ocrida, la capitale religieuse du premier royaume bulgare) a été laissé à l'administration du sultan, purement et simplement, comme les autres parties de la Turquie d'Europe. Les Bulgares, qui habitent en Macédoine et dans la Thrace, restent donc dans la même situation qu'auparavant, sauf le bénéfice éventuel et problématique qu'ils pourront retirer de l'article XXIII du traité de Berlin ; il en a été parlé plus haut. En attendant la réalisation de ce programme, leur condition est devenue pire.

Les Bulgares de la principauté et ceux de la Roumélie orientale sont les grands bénéficiaires de la paix. Leur condition présente est assurée, et rien ne leur ferme absolument les perspectives de l'avenir. Ces avantages, qui sont inappréciables, ont été accordés sous certaines conditions, tant à la Roumélie orientale qu'à la principauté de Bulgarie.

Pour la Roumélie orientale, le traité de Berlin s'est borné à spécifier que les obligations internationales de la Turquie y sont applicables. Telle est la portée de l'article XX, ainsi conçu :

Les traités, conventions et arrangements internationaux, de quelque nature qu'ils soient, conclus ou à conclure entre la Porte et les puissances étrangères, seront applicables dans la Roumélie orientale comme dans tout l'empire ottoman. Les immunités et privilèges acquis aux étrangers, quelle que soit leur condition, s-ront respectés dans cette province. La Sublime Porte s'engage à y faire observer les lois générales de l'empire sur la liberté religieuse en faveur de tous les cultes.

Cette stipulation vient comme conséquence de ce que la Roumélie orientale n'était pas un État séparé ou tributaire, mais simplement une province privilégiée.

Les conditions imposées à la principauté de Bulgarie sont assez importantes pour qu'on doive s'y arrêter.

Parmi ces conditions, les unes sont d'ordre général ; d'autres concernent la Turquie ou l'Autriche. Je vais les exposer successivement. Les conditions d'ordre général, c'est-à-dire celles qui n'intéressent pas telle ou telle puissance en particulier, sont au nombre de huit :

1° Dans les localités où les Bulgares sont mêlés à des populations turques', roumaines, grecques ou autres, il sera tenu compte des droits et des intérêts de ces populations, en ce qui concerne les élections et l'élaboration du règlement organique.

2. La distinction des croyances religieuses et des confessions ne pourra être opposée à personne comme un motif d'exclusion ou d'incapacité, en ce qui concerne la jouissance des droits civils et politiques, l'admission aux emplois publics, fonctions et honneurs, ou l'exercice des différentes professions et industries, dans quelque localité que ce soit.

La liberté et la pratique extérieure de tous les cultes sont assurées à tous les ressortissants de la Bulgarie aussi bien qu'aux étrangers, et aucune entrave ne pourra être apportée, soit à l'organisation hiérarchique des différentes communions, soit à leurs rapports avec leurs chefs spirituels.

3° Les traités de commerce et de navigation, ainsi que toutes les conventions et arrangements conclus' entre les puissances étrangères et la Porte, et aujourd'hui en vigueur, sont maintenus dans la principauté de Bulgarie, et aucun changement n'y sera apporté à l'égard d'aucune puissance, avant qu'elle y ait donné son consentement.

4° Aucun droit de transit ne sera prélevé en Bulgarie sur les marchandises traversant cette principauté.

5° Les nationaux et le commerce de toutes les puissances y seront traités sur le pied d'une parfaite égalité.

6° Les immunités et privilèges des sujets étrangers, ainsi que les droits de juridiction et de protection consulaires, tels qu'ils ont été établis par les capitulations et les usages, resteront en pleine vigueur, tant qu'ils n'auront pas été modifiés du consentement des parties intéressées. (Article VIII.)

7° Toutes les anciennes forteresses seront rasées aux frais de la principauté dans le délai d'un an, ou plus tòt si faire se peut; le gouvernement local prendra immédiatement des mesures pour les détruire et ne pourra en faire construire de nouvelles. (Articles XI et XII.)

8° Aucun båtiment de guerre ne pourra naviguer sur le Danube en aval des Portes-de-Fer, à l'exception des bâtiments légers destinés à la police fluviale et au service des douanes.

Ces conditions d'ordre général s'appliquent également à la Serbie.

1. Expression inexacte et qu'il faut entendre dans le sens de musulmunes, pour y comprendre les Pomaks, qui sont des Bulgares apostats.

2. Et non pas à conclure, comme pour la Roumélie orientale.

fond, les deux traités disent la même chose sur le but, mais les procédés différent.

20 L'acte russo-turc disait :

Des commissions spéciales, dans lesquelles l'élément indigène aura une large participation, seront chargées d'élaborer les détails du nouveau règlement. Le résultat de ces travaux sera soumis à l'examen de la Sublime Porte, qui consultera le gouvernement impérial de Russie avant de les mettre à exécution.

Voici un cas dans lequel le traité de Berlin améliore la disposition de San-Stefano. D'abord Berlin parle, non d'un règlement unique, mais des nouveaux règlements, et il ajoute dans chaque province ; ce qui implique que, pour chaque province, il y aura un règlement différent, suivant les nécessités locales. Il était à propos de le souligner; car la manie de l'uniformilé est le grand écueil pour toute amélioration dans le monde si varié de l'Orient : on peut affirmer qu'un règlement bon pour une province serait mauvais pour les autres.

Une amélioration non moins importante consiste dans le fait qu'une commission européenne a été substituée au gouvernement russe. Il n'y avait aucune raison d'aucun ordre pour stipuler que la Porte, avant de mettre à exécution les travaux des commissions spéciales, dùt consulter la Russie seule. La Russie n'a pas conquis ces provinces pendant la guerre; elle n'en est pas limitrophe; elle ne saurait, à aucun titre, y prétendre à une position privilégiée.

C'est en 1880 que l'article XXIII a été mis à exécution ; mais le procédé n'a pas été tel que le traité l'avait prescrit. Au lieu de nommer des commissions spéciales, la Sublime Porte a élaboré elle-même un projet de règlement, qu'elle a plus tard soumis à des commissions spéciales. Cette manæuvre avait évidemment pour objet d'empêcher que chaque province élaborât son règlement. La diversité est ce que la Turquie, surtout la Jeune, redoute par-dessus

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