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reconnait solennellement, et, par suite de cet acte de justice, l'empire ottoman entre dans le concert des États européens.

L'acte de justice, ainsi visé et approuvé par l'empereur, c'est notre hatti-humayoun. Encore qu'Alexandre II, je le crois, n'eût pas eu grande confiance dans le mode employé, lequel n'était pas celui que le gouvernement russe avait conseillé en 1855, comme on le verra plus bas, le nouveau souverain agissait avec tact et discrétion en ne décourageant pas publiquement des efforts, dont, pour ma propre part, je suis aussi plus disposé à contester l'efficacité organique que la sincérité.

Nous allons donc raconter successivement les diverses tentatives qui ont eu lieu pour traduire en faits les garanties consignées dans l'acte de 1856. Nous ne nous y arrêterons pas longtemps, car beaucoup de ces projets ont avorté; ils vont défiler devant nous comme une série de victimes marchant à la mort : morituri te salutant. Trois épisodes viendront interrompre cette fastidieuse revue des Champs-Elysées : le premier est la mission de Kyprisli-pacha; le second est le récit d'une charmante révolution musulmane, une vraie révolution d'opéracomique. Enfin nous parlerons d'une consultation académique entre les puissances garantes sur les meilleurs moyens de transformer la Turquie, sans la faire trop crier. Nous avons raconté tous ces faits en leur temps : nous ne ferons guère que reproduire ici, pour plus de fidélité, ce que nous écrivions sous l'impression de chaque jour.

XIV

PREMIÈRES APPLICATIONS DU HATTI-HUMAYOUN

Nous parlerons d'abord de l'armée, dont les chrétiens élaient exclus jusqu'à présent, à l'exception de la marine.

L'opinion publique de l'Europe, transportant gratuitement en Orient une idée occidentale et même, à proprement parler, française, considérait l'exemption du service militaire comme un déshonneur, tandis que l'obligation du service militaire était regardée, en Occident, comme un bienfait pour les chrétiens. D'un autre côté, les chrétiens devant être admis à jouir des mêmes droits que les mu. sulmans, il paraissait juste qu'ils contribuassent à toutes les charges de l'État.

Ce raisonnement tire, au point de vue turc, une certaine force du fait que le service militaire épuise les races musulmanes et les réduit à la misère. En effet, le conscrit musulman est à l'ordinaire marié. Pendant son absence, sa femme, sa mère ou ses seurs ne peuvent, à cause des mœurs du harem, veiller librement à la boutique, cultiver le champ, en vendre les produits. Les dettes, dont tout Turc est criblé, arrivent à échéance, et le soldat du nizam ou du rédif (réserve), pendant qu'il verse son sang pour la patrie, doit s'attendre à perdre la modeste part du patrimoine qu'il défend. C'est une situation réellement digne de pitié'.

Les chrétiens, au contraire, ne voient pas leur populalion décimée par le recrutement, et ils sont toujours prêts à acheter la boutique ou le champ de l'absent. A la fin de chaque guerre, heureuse ou malheureuse, on remarque que l'élément chrétien se substitue au musulman. Il est arrivé à des voyageurs de traverser des villages turcs et de les retrouver entièrement chrétiens au bout de quelques années. Assurément le fait tient à diverses causes, mais il est singulièrement aidé par le recrutement.

Avant le hatti-humayoun, on avait entendu souvent les chrétiens réclamer contre leur exclusion de l'armée. Lorsque l'acte de 1856 eut décidé qu'ils y seraient intro

1. Voir une note du chapitre xii.

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d'une déclaration de la Porte remise officiellement aux ambassadeurs de France, d'Angleterre et d'Autriche, qui donne l'assurance que la peine portée par la loi religieuse ne sera pas appliquée. Cette déclaration a été plus tard rendue publique.

Le 6 novembre 1856, la Porte communiqua aux ambassades la formation, dans la ville de Smyrne, d'une commission permanente pour les impôts de la localité et pour toutes les questions concernant la police des constructions. Ce qui est à remarquer, c'est l'introduction, dans une semblable commission, de l'élément étranger. Sur quatorze membres, six devaient appartenir aux diverses nalionalités établies à Smyrne. C'est un bon précédent dont il faut prendre note, comme nous l'avons déjà fait pour la juridiction commerciale. L'introduction de l'élément étranger a presque toujours produit de bons résultats, ainsi qu'un publiciste anglais le faisait remarquer dernièrement, en signalant la commission européenne du Danube comme la seule institution locale qui fonctionne sur le territoire ottoman d'une manière tout à fait satisfaisante, c'est-à-dire en atteignant son but et en remplissant ses engagements.

Le 17 septembre 1859, la population de Constantinople fut surprise par une nouvelle qui rappelait les faits et gestes des janissaires sous les règnes de Sélim et de Mahmoud.

XV

UNE CONSPIRATION MUSULMANE

Un vaste complot musulman avait été sur le point d'éclater et venait d'être découvert. Les révélations ne se firent pas altendre ; elles vinrent des personnes arrêtées

contenu sous la garantie des puissances contractantes : qu'à celles-ci appartenait dès lors la faculté d'intervenir, ainsi que de faire des remontrances suffisantes, pour atteindre le but qu'elles avaient visé par la quatrième garantie.

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Le lecteur aura remarqué que, dans les communications des puissances occidentales, il est toujours question des sujets chrétiens du sultan. Nulle mention n'y est faite d'une autre population non musulmane, répandue dans toutes les parties de l'empire ottoman. Les juifs, cependant, y sont exposés, au moins au même degré que les chrétiens, à toutes sortes d'avanies et leur sort y est, en certaines localités, d'autant plus déplorable que les chrétiens se mettent quelquefois contre eux de la partie.

Les juifs étant constitués dans tout l'Orient en nation étrangère, pour ne pas dire hostile à toutes les autres populations, nous ne sommes pas de ceux qui réclament absolument pour eux les droits politiques ; mais il y a les droits naturels qu'il n'est permis d'enfreindre nulle part ni contre personne. Le juif a droit en Turquie, comme ailleurs, à ce que l'honneur de sa fille soit respecté, à conserver sa propriété lorsqu'il arrive qu'elle a été légitimement acquise par le travail ou par l'économie. Je ne sais donc pas pourquoi les puissances chrétiennes n'auraient pas rappelé en 1856 aux musulmans et au, besoin, à nos coreligionnaires que la sécurité et l'honneur doivent être assurés aux juifs, d'après le droit naturel.

On objectera que l'Alliance israélite s'est chargée de ce

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