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mais le gouvernement du Sultan eût été amplement dédommagé de cet inconvénient passager par la sécurité qu'elles lui auraient offertes contre les tentatives de bouleversement calculées pour troubler l'ouvre éminemment civilisatrice qu'il eût poursuivie sous les auspices de l'Europe.

Cet accès de décentralisation fut de courte durée : les troubles survenus dans les bouches de Cattaro firent bientôt rentrer le gouvernement de Vienne dans l'ornière de la centralisation, d'où ils auraient dû précisément le tirer.

Jusqu'en 1876, la Russie reste seule à conseiller la diversité et la décentralisation, tandis que les trois autres médecins se prononçaient en faveur de la centralisation et de la fusion, pour ne pas dire, de la confusion.

Les événements de 1875 et de 1876 ont ressuscité le débat de 1867 entre les deux modes de réformer la Turquie. Cette fois, l'Angleterre, venue momentanément à résipiscence, présenta elle-même un projet fondé sur le principe de la décentralisation, du self-government local. La Porte résista. L'Europe ne put se mettre d'accord pour opérer à Constantinople ce que M. de Beust appelait

« une douce violence. »

XIX

DÉFINITION DE LA RÉFORME

En disant que le système suivi en Turquie n'en est pas un, M. de Beust ou n'a pas réfléchi ou a cédé au désir de faire une pointe d'esprit. C'est bien un système et nous sommes maintenant en mesure de le définir d'une manière très précise, ce qui a été, comme nous le disions en commençant, le but principal de ce travail préliminaire.

L'objectif du gouvernement turc est la destruction de toutes les autonomies traditionnelles ou conventionnelles

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L'empire otimam a du être regeneré se par le hatti-chénil de Guilitate, une aparati guês provinciams en 1855, le hat-humaynut de retrait des caimes, Tmifiration de la dette, Teega du vilayet, le voyage du sailiam en Europe, Tim conseil d'État, le college de Galata-Sara, Timired de surveillants étrangers dans le Conseil des franz concession du droit de proprieté aux Etrangers. Je pole du tabac, la sécularisation des vacuus, la coes tien des chemins de fer, retablissemeni cum budget trdnement d'Abdul-Aziz, etc., etc.; toutes choses clueidaient invariablement avec Témission

Tout cela a été essayé et tout cela a été stérile : la se Shise qui ait été fondée à l'état permanent, c'est le défic

neonnu auparavant ou transitoire; mais, à cô al visible, comme le déficit, comme le désordre et le

striels, il y a un mal plus terrible, celui quin les tous les yeux. Si les innovations ont été im Sintesa men fonder, elles ont eu une prodigieuse puisde destruction : elles ont fait disparaitre une à une

institutions, toutes les situations, toutes les traqui depuis la conquête, avaient créé, dans l'em

années de ce régime, et il ne restera plus rien de la Turquie de Mahomet II.

Je terminerai en rappelant les paroles écrites par le prince de Metternich au baron de Newmann en mai 1843, et en les complétant par un témoignage récent.

..... Ce soi-disant progrès, dit le chancelier, a détruit ce qui restait des institutions de l'ancien État turc, sans y avoir rien substitué qui ait la valeur de matériaux propres à la construction d'un nouvel édifice politique et social '. »

Le témoignage récent est de 1879. Il émane d'un homme profondément dévoué au sultan et à l'idée de l'agglomération ottomane, et qui a mis la main aux grandes affaires. Voici d'abord ce qui concerne l'application de la réforme administrative?

Dans la formation des Vilayets, on n'a eu apparemment qu'un but, celui de réunir des villes et des villages en nombre suffisant pour former des groupes de population assez importants; mais on n'a pas tenu compte de l'homogénéité de ces groupes, ni de la différence des langues, des usages et des mœurs de ceux qui les composent. On a séparé ceux qui devaient être unis et l'on a mis ensemble des éléments disparates qui, poussés par des principes différents, se sont combattus et ont fini par se neutraliser réciproquement, en même temps qu'ils neutralisaient l'action du gouvernement et le développement des ressources publiques.

L'auteur passe ensuite à ce qui concerne spécialement une province:

L'Albanie s'est trouvée en butte å des convoitises coupables, à des innovations sans consistance, à des actes sans cohésion : la conscience du peuple en a été troublée : elle a flotté entre les souvenirs du passé, l'étonnement du présent et l'incertitude de l'avenir...

Aussi les conditions de l'Albanie, loin de s'améliorer sous l'influence du système nouveau, n'ont fait qu'empirer, et cela par la raison bien claire que ce système était imparfait, insuffisant et que les

1. Cité par Engelhardt, ut supra.

2. Sur ce point spécial, voir le ch. xvii et l'appendice au Livre jaune de 1877, page 134.

Le premier mémoire de 1867 est du 12 mars : il contient la critique de ce qui a été fait; le second, qui est du 6 avril, indique ce qui est à faire. Tout repose sur le principe de l'autonomie locale et de la séparation confessionnelle. C'est précisément l'antipode du système recommandé par M. de Moustier.

La première manifestation autrichienne sur la question des réformes se produisit deux ans après la promulgation du hatti-chérif de Gulhané et dans un sens hostile au principe générateur de cet acte :

L'empire ottoman, écrivait le prince de Metternich à l'internonce en 1840, est un corps en décadence. De toutes les causes de décadence, celle qui a complété la source de ses maux, c'est l'esprit des réformes à l'européenne dont le sultan Selim a jeté les premières bases et que le dernier sultan a poussées sans autre appui qu'une profonde ignorance et une immense somme d'illusions.

Voici ce que nous conseillons à la Porte : Établissez votre gouvernement sur le respect pour vos institutions religieuses qui forment l'assise fondamentale de votre existence comme puissance, respect qui est le premier lien entre le sultan et ses sujets musulmans. Marchez avec le temps et consultez les besoins qu'il amène. Mettez de l'ordre dans votre administration ; réformez-la, mais n'allez pas la renverser pour y substituer des formes qui ne vous vont pas, et qui dès lors exposent le monarque au reproche de ne connaitre ni la valeur de ce qu'il détruit, ni ce qu'il met à la place.

N'empruntez pas à la civilisation européenne des institutions qui ne cadrent pas avec les vôtres, car les institutions occidentales reposent sur des principes différents de ceux servant de fondement à votre empire. La base occidentale est la loi chrétienne. Restez turcs, mais alors consultez la loi musulmane et servez-vous de ce qu'elle vous fournit de facilités pour être tolérants. Accordez à vos sujets chrétiens la plus complète protection ; évitez qu'ils ne soient molestés par les pachas. Ne vous mêlez pas de leurs affaires religieuses. Respectez leurs privilèges. Tenez les promesses faites dans l'acte de Gulhané.

Ne promulguez jamais une loi sans en assurer l'exécution. Marchez droit au bien sans avoir égard à ce que vous considérez comme la voix publique de l'Occident. Vous ne comprenez pas cette voix et vous aurez pour vous celle qui compte pour quelque chose, si vous êtes justes, éclairés dans votre marche.

En somme, nous ne prétendons pas arrêter la Porte dans l'amélioration de son système administratif ; mais nous lui conseillons de ne pas chercher le prototype de cette amélioration dans des modèles qui n'ont rien de commun avec les conditions de l'empire turc; de ne point imiter les États dont la législation fondamentale est en opposition avec les meurs de l'Orient; de se défendre avec soin de l'impo tation de réformes qui ne peuvent réagir sur des pays musulmans que comme des dissolvants parce qu'elles sont privées, dans la circonstance donnée, de toute force créatrice et organisatrice?.

Sans méconnaitre le caractère pratique de ces sages conseils, que l'événement a justifiés, on se demande s'ils n'ont pas été aussi inspirés à l'illustre chancelier par sa haine contre les institutions occidentales et le désir de faire échec à la France et à l'Angleterre.

Le prince de Metternich entrevoyait peut-être dès lors que toute amélioration sérieuse, toute émancipation partielle des populations chrétiennes devait aiguiser chez eux le désir d'arriver à une émancipation complète, leur en fournir les moyens et justifier cette prétention. Or, de l'émancipation complète, l'Autriche ne voulait entendre seulement parler, surtout la Hongrie.

Le cabinet de Vienne s'était contenté jusqu'à ces derniers temps de soutenir la Turquie per fas et nefas, sans rien lui demander, pas plus pour les sujets immédiats que pour les provinces tributaires. Lors de l'arrivée au pouvoir de M. de Beust, le gouvernement autrichien entra dan une voie toute nouvelle. Dès le 10 novembre 1866, en réponse aux dispositions montrées par le gouvernement français de s'entendre avec l'Autriche sur les questions orientales, le ministre des affaires élrangeres adressait au jeune prince de Metternich la profession de foi suivante :

Le gouvernement impérial joindra was afforts sincross mit qui seront faits pour empêcher que le tripe du sultan ne s bosimile, Iv'un autre côté, l'Autriche ne sanrait refuser ses sympathies i mappa dans une certaine mesure aux populations chrétienne de la Turque, qui ont parfois de justes réclamations à berus, et qui sont attachines

1. J'emprunte se donnent at enlo. 1383, 6u mnt mit Dux bas, i l'ouvrage de M. Engelhart: La Trail Tonsmat. Pri (04.10

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