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plusieurs d'entre eux furent grièvement blessés. Hélas! par un de ces contrastes singuliers que la Providence permet quelquefois pour montrer la vanité, l'instabilité des grandeurs humaines , à peu près à la même époque, l'époux et le père de ces objets si chers était exposé aux outrages , même aux plus grands dangers près des bords de la Durance!!

Je n'ai pas besoin de dire que les secours de toute espèce que l'impératrice fit distribuer aux familles des personnes qui avait été blessées, ajoutèrent un nouveau degré à l'exaltation des habitans d’Inspruck : le soir même, 200 Tyroliens réunis sous les fenêtres du palais, chantèrent en l'honneur de Marie-Louise leurs hymnes nationaux, sans autre accompagnement que leurs voix, avec un tel accord que jamais je n'ai rien entendu de plus extraordinaire et de plus ravissant que ces chants, devenus classiques dans toute l'Europe.

Le roi de Bavière n'avait rien changé à l'ordre établi dans le palais d'Inspruck, c'étaient le même mobilier, les mêmes décorations et les mêmes tableaux que la maison d'Autriche y avait fait placer. Par suite d'un usage constant et plein d'intérêt, la plus petite cérémonie à laquelle le souverain de l'Autriche assiste en personne, devient le sujet d'un grand tableau destiné à orner les palais impériaux.

Ces tableaux, dit-on, sont des portraits d'une ressemblance extrême, et sont une image fidèle

TOME III.

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des costumes et des usages du temps : je me rappelle avoir vu à Schoenbrunn plusieurs de ces tableaux représentant des entrées de souverains, etc.; dans l'un d'eux, c'était celui d'un carrousel, l’impératrice Marie-Thérèse était peinte courant la bague dans un petit char doré et à l'antique : elle était vêtue d'une jupe de brocart d'or, d'un habitveste de la même étoffe, et d'un petit chapeau à trois cornes bordé d'un galon en or; sa coiffure était celle d'un homme, et se terminait, je crois, par une double queue. L'un des tableaux du salon d'Inspruck représentait cette même impératrice dans une cérémonie plus grave et sous un costume des plus imposans: elle présidait un chapitre de l'ordre de Marie-Thérèse, la plus noble et la plus héroïque des institutions....; près d'elle était son jeune fils Joseph II, paraissant âgé de 10 à 12 ans. En examinant les traits de cc royal enfant, nous trouvâmes une grande ressemblance avec ceux du jeune Napoléon : S. M. partagea notre opinion et fit demander son fils; je le soulevai à la hauteur du tableau pour rendre l'observation plus facile , et dès lors cette ressemblance ne fut plus douteuse.

Le palais de Saltzbourg, d'après les ordres du roi de Bavière, fut préparé pour l'impératrice et pour toute sa cour. La princesse royale, aujourd'hui

reine de Bavière, accueillit Marie-Louise avec une grâce remarquable.

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Nous approchions de Vienne. S. M. fut

reçue

à Molk par le prince Trauttmansdorff, grand écuyer de l'empereur, et, quelques postes avant Schenbrunn, l'impératrice d'Autriche vint au-devant d'elle. A son arrivée au palais de Schoebrunn elle y trouva les archiducs ses oncles qui l'attendaient au bas de l'escalier avec toute la cour d'Autriche. L'archiduc Charles lui donna la main et mit sa nièce dans les bras de ses jeunes scurs qui l'attendaient à l'entrée des appartemens qu'elle devait occuper; celui qui était réservé pour son fils communiquait au sien par son cabinet de toilette.

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Peu de jours après notre arrivée à Schoenbrunn, la gazette de Vienne donna le premier avis d'un congrès, qui d'abord ne fut annoncé que comme un congrès de ministres plénipotentiaires. Quelques jours plus tard , il fut dit que les souverains alliés eux-mêmes composeraient le congrès. L'ouverture en était fixée à la fin de septembre.

Après dix jours d'épanchemens les plus intimes et de regrets les plus touchans, madame la du

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chesse de Montebello quitta l'impératrice, à laquelle elle s'était si tendrement attachée depuis l'instant de la remise de l'auguste fiancée à Braunau (1810). MM. de Saint-Aignan, Corvisart, etc., etc., partirent en même temps.

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Les premiers jours du mois de juin s'écoulèrent pour Marie-Louise dans les charmes de l'intimité la plus douce et la plus uniforme. Ses jeunes scurs habitaient avec elle le palais de Schonbrunn.

Les chevaux de selle et d'attelage, les voitures de parade, et les fourgons chargés des objets qui étaient la propriété particulière de l'impératrice, et qui étaient partis de Rambouillet sous des escortes de troupes autrichiennes, arrivèrent à Vienne. Parmi les chevaux de selle réservés pour l'impératrice, il y en avait un de race arabe, du rang de ceux que Napoléon aimait à monter.

Les gazettes de la cour d'Autriche annoncèrent le retour de l'empereur François dans sa capitale pour le 15 de juin. Pendant son séjour à Paris ce prince se fit remarquer par une grande simplicité de mæurs, et par son amour des beaux-arts. Il visita avec un soin extrême tous les dépôts des

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sciences, dont il admira la richesse, et ne parut étranger à aucune. Dans le nombre des phrases remarquables échappées à ce monarque, on avait cité celle-ci : Les peuples les plus heureux ne sont pas ceux dont les souverains ont eu le règne le plus brillant. L'opinion publique, toujours prête à donner une couleur favorable an parti qu'elle adopte, et une interprétation intéressée aux paroles même les plus indifférentes des souverains, supposa, sans doute à tort, que l'empereur François avait eu l'idée de blâmer le gouvernement de Napoléon. On ne doit

pas
le

penser. Cette vérité politique était un sentiment qui, dans tous les temps, appartenait aux goûts personnels et au caractère modéré de ce prince. Il y aurait eu peu de générosité de sa part à vouloir déprécier la gloire d'un gendre dont il venait de décider la chute, en déchirant sans motifs les traités les plus sacrés. Une règle dont il ne faut jamais s'écarter quand il est question de l'Autriche, c'est d'éviter de confondre le souverain (François II), qui a mérité l'attachement et le respect de tous ses sujets par ses qualités et ses vertus privées, avec les ministres qui gouvernent en son nom.

Ce prince, ou plutôt ses généraux avaient donné l'ordre à toute l'armée autrichienne de porter la cocarde blanche avec la cocarde d'Autriche jusqu'à sa sortie de France. Ceci me rappelle qu'en traversant la France, les habitans d'une petite ville dont j'ai oublié le nom s'é

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