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regarder la confervation de leurs esclaves comme l'objet le plus important. En conséquence, ils n'embarqueront naturellement que le nombre qu'ils prévoiront pouvoir conduire sain & sauf en Amérique. Le profit de cette cargaison, augmenté par la gratifieation, compensera amplement les délavantages auxquels les exposent les restrictions du Bill, & la probabilité de leur gain croîtra au lieu de dimninuer. »

« Lord Walfinghain déclara que ces propositions, selon lui, tendoient essentiellement à seconder l'esprit du Bill. Il étoit satisfait d'apprendre, sur l'autorité du noble Lord, que le Gouvernement ne se propofoit point, dans la prochaine felfion , de mettre fin in commerce des Nègres par aucun acte violent. Cette déclaration serviroir plus à tranquilliser ceux qu'elle intéressoir, qu'aucune modification du Bill actuel ; elle calmeroit les alarmes qu’on avoit conçues d'une insurrection prochaine des Nègres dans nos Colonies. »

« Je suis loin, dit le Duc de Chandos, de voir cette affaire comme le noble Lord; loin de penser, comme lui, que les clauses proposées puiffent tranquilliser les intéressés, je crains plutôt qu'elles ne tendent, ainsi que le reste du Bill, à exciter la révolte des Nègres, & à compromettre nos Colonies. Permettez-moi de lire une lettre de M. Stephen Fuller, Agent de la Jamaïque, lettre dont il a désiré

part à V. S. ( le Duc lut cette lettre de M. Fuller, ainsi

que

l'extrait de deux autres ; l'une, de Sir Hyde Parker, en date du 25 avril, & l'autre, de M. Chef'olm, en date du 27 avril, toutes deux écrites de la Jamaïque: suivant la première , fi on ne prenoit quelques mesures pour prévenir les effets de la discussion sur la traite des Nègres , elle donneroit nécessairement lieu à des troubles dans l'Ide. L'autre, par

que je fille

lant d'une infurrection des Nègres à Antigo ajoutoit qu'on en craignoit une à la Jamaïque ; les blancs ayant eu l'imprudence de s'entretenir à table de cette question, les Négrés avoient écouté ces conversations avec inquiétude & avidité; l'Ecrivain en donnoit avis au Gouvernement, afin qu'on fit marcher assez de troupes pour convaincre les Esclaves que s'ils essayoient de se révolter, les habitans de l'Isle étoient prêts à les repousser &'à les soumettre. M. Fuller avoit ajouté une observation de son chef à la fin du second extrait. Il y demandoit s'il n'étoit pas naturel que d'après la conduite actuelle du Parlement, les Nègres se perfuadassent que le Roi, les Pairs & les Com ' munes prenoient leur parti, & fongeoient à les affranchir ? ) Le Duc de Chandos dit qu'il étoit de l'avis de M. Fuller sur ce point, & qu'il s'oppofoit au Bill de tout son pouvoir. n

de Richmond observa sur ce qui avoit échappé au Duc de Chandos , qu'il avoit connu M. Stephen Fulicr pendant nombre d'astsées, que c'éioit un homme respectable; mais en qualité d'Agent de la Jamaïque, il rempliffoit fes fonctions avec un zèle qui, quoique très-honorable, devoit inspirer quelque défiance de fes opinions. L'effet du Bill feroit de faire hauffer le prix des Nègres, à leur arrivée à la Jamaïque, de 3 ou A liv. sterling; or, la seule probabilité de ce tenchérissement suffisoit pour alarmer

' M. Stephen Fuller,& à lui faire tout employer pour garantir la Jamaïque de ce qu'il regardoit comme un fléau de son commerce. D'après la connoissance du casaclère de cet Agent, il étoit donc facile de rendre compte de ses sentimens ; mais quant à ses raisonnemers, il suffifoit d'examiner les deux çxtraits joints à la lettre au noble Duc. Le premier porte seulement

que : « Si l'on ne preroit les mesures

« Le D

» convenables pour prévenir la fermentation que 7 la discussion de la traite des Nègres causoit dans » tous les esprits, elle donneroit probablement » lieu à quelques troubles. » La chose étoit poffable; mais qu'avoit de commun certe crainte avec le Bill' présenté à leurs Seigneuries ? L'autre extrait il falloit en convenir , avançoit qu'il s'étoit déja manifesté une insurrection à St. John; mais il ne prouvoit pas qu'elle eût été causée par la difcussion de la traite des Nègres : point de détails, point de circonstances; il n'indique pas même jafqu'à quel point la violence s'étoit portée avant qu'on l'appaisât. Les conséquences déduites par M. Fuller ou par le noble Duc, manqueroient donc de justesse. « M. Fuller a conclu, poursuivit le » Duc de Richmond, que les Nègres regardoient » le Roi, les Pairs & les Communes de la Granden Bretagne, comine leurs amis, & qu'ils étoient w persuadés qu'on pensoit à les mettre tous en » liberté. Que les esclaves regardent le Roi, les » Pairs & les Communes comme leurs amis, c'est » ce que je crois & désire vivement, parce qu'il est » infiniment à fouhaiter que les sujets de la Grande» Bretagne, dans quelque claffe & quelque lieu of qu'ils se trouvent, regardent le Gouvernement ♡ & le Corps législatif, comine disposés, dans tous » es temps, à s'occuper de leurs intérêts, & à leur » affurer la protection & la faveur dont ils peu. » vent avoir besoin; mais il ne suit pas delà o que les Nègres aillent jusqu'à imaginer que le » Roi & le Parlement fongent à les déclarer » libres. Le noble Duc nous a dit, il y a quel-, nques jours, que les Nègres font éclairés, & qu'ils » lifent exactement les gazettes. Si cela est vrai, » tant mieux, ces papiers leur montreront ce » un réglement en leur faveur dans une branche » particulière de commerce , avec la décision de la » question générale de l'abolition absolue de la » traite des Nègres. Je puis certifier au noble Duc, » que j'ai vu ane lettre d'un riche Planteur de la Ja» maïque, qui contient des opinions bien différentes » de celles qui se trouvent dans les extraits de » M. Fuller. Loin de témoigner les appréhen» fions de ce dernier , il déclare qu'il faut abso» lument des réglemens pour la traite des Nè. » gres, & que ces réglemens produiront de très» heureux effets. Je ne doute pas que les Minis» tres de Sa Majesté, & le noble Lord asfis en o face de moi (Lord Hawkerbu:y) n'aient égale» ment reçu d'Amérique un grand nombre de » lettres qui contiennent beaucoup d'opinions » différentes sur ce sujet ce qui prouve qu'on >> doit faire peu de fond sur des avis particu» liers, & spécialement sur ceux des personnes » intéressées directement à cette tranfation. Je » déclare que je suis enchanté d'avoir entendu le » noble Lord proposer les quatre clauses; je y suis entièrement de son avis sur leur nécessité » indispensable, & sur leur justesse. Je n'ai pas » moins de plaisir à voir que le noble Lord a ► toujours pensé qu'il falloit des réglemens & un » Alte du Parlement pour obliger les Capitaines » des vaisseaux employés à la traite des Nè>> gres, à faire usage de ventilateurs, à se bor.

qu'est réellement le Bill actuel, & les inforbi meront de son objet. Ils ne pourront pas con. »» fondre une décision du Parlement, relative à

à un certain nombre d'Esclaves , & à » prendre les autres précautions requises pour » assurer la santé des infortunés qui font l'objet » immédiat du Commerce d'Afrique,

Le Comte Stanhope se leva pour demander à Lord Walfingham l'explication d'une phrase de son discours, dans laquelle il avoit considéré la déclaration faite par Lord Hawkesbury, qu'on ne deyoit jamais mettre fin à la traite des Nègres pår

» ner

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aucun acte 'violent, comme une indication que le Gouvernement n'aboliroit point ce Commerce à la prochaine Session. Cette explication vague & indéfinie des descins du Gouvernement, pouvoit passer pour une déclaration ; qu'une personne dans une haute place (M. Pitt,) & absente de cette Chambre, s'étoit raviséesur ce sujet , & se gardoit prudemment de parler pour ou contre une affaire dont le Parlement avoit déclaré pus bliquement qu'il remettoit l'examen en entier aux débats de la prochaine Seffion.

« Je n'ai prétendu, répondit Lord Walfingham, » compromettre personne quant à son opinion » sur la question générale de l'esclavage des Ne» gres, bien moins encore donner à entendre » quel pouvoit être, ou n'être pas, l'avis d'une » personne qui occupe un rang aussi confidéra» ble. Quand j'ai témoigné ma fatisfa&tion' en » apprenant qu'il n'étoit pas probable que la traite - fût abolie par un acte violent du Gouvernement, » je n'ai parlé que d'après mon opinion privée, que » le Govuernement ne le doit pas ; &, dans le fait, » Lord Hawkesbury avoit dit ne point compren>> dre ce qu'entendoient les gens qui parloient de „» l'abolition de la traite des Nègres ; qu'en con » fidérant que l'existence de nos ifles d'Amérique » dépendoit en grande partie de la continuation » de ce trafic; que la balance annuelle de notre » Commerce avec ces illes, étoit de quatre mil» lions sterling en notre faveur,

sans conipter le » revenu des droits d'importation , qui montoient n à un million, ou même 1200,000 liv fterling, » il ne voyoit pas de motifs raisonnables d'abo » lir la traite des Nègres, de laquelle dépendoit » ce commerce important : il ne pouvoit donc is qu'être très-fatisfait d'entendre dire ce qui ► d'après son opinion, pouvoit tendre plus efo ficacement à tranquilliser les intéressés. »

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