Page images
PDF
EPUB

1

vérité n'est plus conreltée aujourd'hui que par les homines, dont le caractère ou le métier est de décrier tout ce qui se fait de bon &.d'urile dans un siècle auquel ils se vantent fièrement de ne rien devoir ; ce qu'ils prouvent très-bien par le mérite de leurs. Ouvrages, dulur-tout par le succès de leurs déclamations. - Si toutes ces méthodes nouvelles sont un des plus gmadş abus de l'esprit philolo, phique de ce siècle, comme l'assurent les personnes dont nous parlons, il faudra bien s'accoutumer à cet abus, car il n'est pas au pouvoir des hommes de l'arrêter. Les lumières tendent sans cesse à fe, mettre en équilibre dans toutes les classes de la Société maisi cet équilibre né peut s'établir d'une inanière constante que par des procédés fimples & faciles. Ce n'est donc qu'avec le temps, & à force de tâtonnemens & de combinaisons, que l'esprit humain peut) dans cès. inatières, comme dans toutes les aurres, parvenir à la vérité. 5. Quelque indifférence : quelque ayession même qué puissent témoigner pour lesinou veaux moyens d'instruction, des hommes qui n'ont pour philofophie que l'habitude, & ponr règle, de conduite quo, l'exemple du paffe , il fautz espérer que des bons esprits continudront à rechercher avec cou. Inge, avec constance, 'les moyens propres à rendra populaires doutes les vérités qui in téressent le bonheur de l'espèce huinaine,

F.

pas

La méthode en général est l'art de diriger les faculrés de l'esprit, d'en auginenter, d'en étendre les forces. C'est , en quelque forte, le levier de l'intelligence. Plus cette méthode se rapproche de la Nature, plus elle eft parfaite. Or, comme la Nature, par une loi invariable quen

nous ne savons toujours remarquer, nous conduit fans celle des idées fentibles, aux idées abstraites, du connu à l'inconnu , il s'ensuit que la meilleure méthode est celle qui le conforme à cette opération secrète, à ce développement involontaire de notre raison.

Ce n'est pas d'après ce principe, il faut l'avouer, que les Méthodistes même les plus fameux ont composé leurs Ouvrages; presque tous , avec le déhr d'applanir les routes des Sciences & des Arts, n'ont fait que

les embarrasser de difficultés insurmontables. Ils vouloient aider la Nature, & ne sembloient occăpés qu'à en troubler la marche. Leur esprit analysoit, il eft vrai; mais les Savans Cont peu atrentifs d'ordis naire à leurs sensations, & cerre loi de l'analyse étoit trop simple pour qu'ils passent l'appércevoir. L'Abbé de Condillac est le premier qui l'ait saisie dans toute son étendue', & qui l'ait appliquée au Cyftême des connoissances humaines. Cette découverte de notre siècle est un des plus grands biens faits de la Philosophie moderne, & il est impossible de calculer jusqu'où son infuence peut s'étendre,

[ocr errors]
[ocr errors]

134 M. l'Abbé Gaultier vient développer aujourd'hui, par ce grand principe de déc compofirion & de recomposition, tous les rapports de la Grammaire. Sa méthode coníiste dans un jeu ; & quoique cette forine soit commune à braucoup de fyftem mes d'instruction, la méthode qu'il pro. pole nous paroît supérieure à toutes celles

છે qu’on a publicęs, parce qu'elle est véritablement analytiquc.

Locke conseille de faire servir les jeux à l'instruction des enfans. » Quelle pitié ! s'écrie à ce sujet l'Aureur d'Emile, » un » nroyen plus sûr que tous ceux-là, & » celui qu'on oublie toujouit, est le désir - d'apprendre “. Mais n'est-ce pas leur donner ce désir d'apprendre, que de leur proposer l'étude comme une chose honorable; agréable, & divertisante par elie - même (Locke, de l'Educat. des Enfans, $. 75i.) Voila précisément ce què Locke croyoit poflible, parce que son expérience le lai ayoie démontré; & fans doute quatorze pages de réflexions & de faits, écrites par un Philofophe qui consacra toute sa vie à l'étude de l'homme, & qui renouvela par ses propres forces l'esprit humain tout entier, inéritoient une autre réponse qu'une expreflion de mépris.

Nous rapporterons ici comme une preuve incontestable de l'utilité de cette forine d'inftruction, lorfqu'elle est einployée par un bon esprit, le jugeinent qu'ont parté sur le jeu

>

F

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

gramınasical de M. l'Abbé Gaultier, MM. les Coinmillaires de l'Académie des Inscrip țions & Belles-Lettres, chargés de l'examen, de la inéthode.

- On se défie ordinairement des jeux

proposés pour l'instruction de la Jeunesse » Oni craint, avec raison, qu'ils ne ten,

dent qu'à tout applanir fous les pas , &

à favoriser la parelle, fi naturelle à w l'home. On fait de quelle conséquence

il est d'habituer de bonne heure Pelprit

à sentir. des, dificultés, à lutter , à se ”roidir contre des obitacles, à faire des » efforts pour les vaincre , enfin à n’ac>> quérir des forces que par un exercice

un peu pénible , & à n'arriver au repos », que par le travail. Le jeu proposé par M,

l'Abbé Gaultier , ne traîne pas ces incon: » véniens à la fuite. C'eit au contraire » une applicatiou continuelle de la prati

que à la théorie , & cette théorie né

s'acquiert que par une étude graduée & » suivie. Elles s'y prêrent censtanınent un ?? fecours mutuel, & fe, fortifient l'une

l'autre. Pour qu'un joueur puisse se flatier de quelque succès , il faut, par

cxemple, qu'il fache imperturbablement „ les déclinaisons des noms & les quatre

: conjugaisons des verbes, parce qu'il est » perpétuellement dans le cas d'en rendre

compre. Le goût de l'amusement inspire

le désir d'exercer la méinoire; il oblige » de simplifier , d'analyser, de claffer les » idées ; il fournit les moyens de former

>>

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

رو

[ocr errors]

» le jugement & un sens droit; it habitud » à révciller & à foutenir l'attention. L'ins

térêr, l'amour - propre bien ordonné

l'émulation, la gloire , 12 lionte', sono » aurant de mobiles qu'il mer en action, » Tels sont les effets qui nous paroisent us devoir en résulter ; tels font' aulii en

partie coux.dont nous avons été témoing » dans une Séance particulière, où 100:9 * avons vu jouer six enfans de lun & de » l'autre sexe, de fepr jusqu'à douze ans. » L'ardeur d'un combat audi inftructif » qu'innocent, brilloit dins leurs yeux. » Ces jeunes ames paroisloient aniinées

dus sencimens. dorit nous venons de

puler; la joie éclaroit sur le vilage du » Joueur, qui avoit réusli au gé des Audia » tenirs ; un peu de confusion même ne à décourageoit point ceux qui avoient

failli : folivent les Joueurs & toute la

fembléc étoient égayés par les idées & » par les réponses de ceux qu'on interje rogeoit, quelquefois même par les fau». tes qui leur échappoient. Sans nous » étendre davantage, nous pouvons dire, » & d'après cet eflai, & plus encore d'après » notre examen, que la inéthode de M. » l'Abbé Gaultier nous paroît ausli utile

qu'ingénieuse, sur - tout si, un certain » nombre d'enfans se trouvent réunis pour » le jeu grammatical qu'il propofe (1).

[ocr errors]
[ocr errors]

(1) M. l'Abbé Gaultier , persuadé qu'il ne pou

« PreviousContinue »