Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

La charité, même la plus indulgente, ne nous permettra guère non plus de penser que, sur la quantité piodigieuse de prisonniers déchargés & élargis , un grand nombre retourne à une vie laborieule & honnêre. Ces renseignemens, à ce que nous croyons, peuvent être utiles à l'observateur qui voudra faire des recherches sur la balance des crimes & des châtimens , & tâcher de trouver quelque plan qui les prévienne.

« Avant de finir cet article, nous ferons remarquer que sur les 156. malfaiteurs punis de mort, il ne s'en trouve que 52 de Londres, Le resté étoit de la campagne, quelques - uns d'Amérique, un petit nombre étrangers. Les professions des criminels font auffi partie du tableau que nous avons sous les yeux , & il est étonnant que la plupart foient de la classe agricole. »

« D'après ces listes, il paroît que ceux qui fe plaignent que l'Angleterre a des loix trop fanguinaires , & que les exécutions y sont trop multipliées,

n'ont pas fuffilament balancé les circonftances. S'ils trouvent révoltant qu'on exécuté 87. personnes dans une année , ils doivent considérer quelle partie ces 87 font de deux mille fept. Cette proportion deviendra bien plus foible , fi l'on fonge qu'en général les deux tiers de ceux qui sont condamnés à mort, reçoivent leur pardon, ou du moins obtiennent que la sentence soit commuée en une simple transportation.

Nous joindrons aux liftes précédentes, celle des débiteurs détenus dans la prison de Newgate.

cc Le nombre de débiteurs emprisonnés à New. gate depuis le 28 septembre 1785, jusqu'au 28 septembre 1786, donne ;

[ocr errors]

:

I

[ocr errors]

bien postans malades morts. pour le plus grand, 266 6 pour le plus foible,

119 pour le terme moyen, 147 3 7 Du 28 septembre 1786 au 28 septembre 1787.

bien portans malades morts. 154

6

[merged small][merged small][ocr errors]

3

10

[ocr errors]

141 La dernière Séance de Westminster-Hall fournit la matière d'une observation digne

de quelque remarque. Lorsque M. Sheridan eut terminé son Plaidoyer , des jeuRes gens de son parti, places derrière lui, eurent l'imprudence de faire entendre quelques battemens de mains. Cette manière, inusitée en Angleterre, de manifefter son approbation , a été universellement & vivement blâmée, soit dans les Cercles, soit dans les Papiers publics. On a jugé d'une commune voix que, malgré les rapports de tout genre qu'avoic ce fpe&acle judiciaire avec nos représentations théâtrales, ce dernier trait de conformité étoit de trop, & qu'il offensoit la majesté du Tribunal ainsi que l'Orateur. Nous ne parlons pas de l'inhumanité de ce jeu d'applaudissemens ; il seroit dérisoire, après tout ce qui s'est passé, de réclamer, en faveur de l'Accusé, les égards de la décence la plus vulgaire ; maislecri da Public

[ocr errors]

respectable & le mécontentement de la Cour des Pairs, prouvent combien on eft encore éloigné ici de tolérer l'oubli des bienséances, devenu fi commun dans un royaume voisin, où les falles des Tribunaux, des Académies , &c. font devenues autant de Théâtres, où l'on se permet de traiter un Magiftrat, un Orateur, un Phi. losophe, comme l'on traite un Bouffon.

Nous recevons journellement des lettres , où l'on nous questionne sur la durée & fur l'époque de la fin de ce Procès. Personne au monde ne peut répondre pertinemment à cette demande. Noue-répéterons seulement ce que nous avons dit depuis deux ans, qu'il ne peut échapper aujourd'hui à aucun Observateur pénétrant, que les ennemis de M. Hastings éloigneront la défense & son jugement, par les ressources inépuisables que présente une cause de cette espèce : elle seroit décidée maintenant, fi on y avoit procédé avec l'intention sincère d'accélérer le jour de la vérité ; mais des harangues de quinze heures sur un seul Chef, précédées d'autres harangues de deux Séances, toujours sur le même Chef, & d'une INSTRUCTION DE MILLE PAGES IN-FOLIO (1) sur les deux premières charges,

(1) Si quelqu'un avoit le courage de parcourir

[ocr errors]

promettent à l'autre liècle le dénouement de cette scène. En attendant lon issue l'Accusé reste en butte à la plus sanglante diffamation; fon fupplice se prolonge de femaine en semaine, de mois en mois d'année en année; & à peine la coupe du poison qu'on verse

goutte

à es blessures saignantes, est-elle épuisée, Qu'on reprend des forces pour en renou. eler la composition, en dévouant la vicime à recevoir , dans l'intervalle & en lence, tous les coups de poignard de la révention, de la malignité, de l'impu'ence mercenaire, de la légèreté publijue (2). Les Accusateurs ont eu la précau

goutte sur

cet immense recueil, le Rédacteur de ce Journal en offre la lecture aux Amateurs. Sans cette lecture, il est impossible d'adopter une opinion juste sur ces deux premières charges. On y verroit , avec surprise, que les assertions de M. Sheridan y font presque toujours détruites par cette inftruction même, dont il a FEINT d'exposer la récapitulation.

(2) 'Voici un exemple fingulier de cette légèreté. Un avocat François fait à Paris un Mémoire dans une cause de scandale domestique entre deux particuliers. Qui croiroit qu'au milieu de ce Ménoire, cet Avocat s'est cru en droit d'intercaller une Héclamation vraiment burlesque sur l'affaire de M. Hastings ? Il a recueilli des Gazettes les épithètes les plus infamantes, échappées aux accurateurs de cet ancien Gouverneur-Général, & le peint comme un monfire à la face de la France, sur la foi de ces

tion de prolonger adroitement l'instruction de chaque charge , jusqu'à l'approche de l'ajournement du Tribunal, pour faire la clôture des Séances par leur Plaidoyer définitif, pour laisser ainsi l'opinion se reposer sur leurs véhémentes assertions , & pour ôter par-là à l'Accusé muet, la reffource de la balance des défenses & des attaques. Cet artifice n'est point une supposition ; c'est un fait prouvé par les deux derniers ajournemens de la Cour des Pairs. Il en résulte que si M. Hastings est cous pable, le supplice le plus cruel n'égalera jamais celui auquel il est livré, depuis deux ans, par cette combinaison profonde ; & que, s'il est déclaré innocent, il n'est plus

mêmes accusateurs. Comment un Jurisconsulte peut-il oublier à ce point les devoirs sacrés de son état? Peut-on se permettre une pareille diffamation, fans rapporter les preuves de son jugement? Eft-il croyable que cet Avocat , à la poursuite d'objets aufli étrangers au procès de M. Hastings, ait eu le temps & la volonté de s'instruire de tout ce qu'il faut nécessairement savoir , pour prononcer fr despotiquement contre l'honneur d'un homme, dont l'existence publique a été liée à tant d'évènemens, sur lesquels les autorités légales sont au moins partagées ? L'Ecrivain que je relève est d'autant plus blâmable de s'être livré à une sortie aufli déplacée, qu'il annonce le plus grand : amour de la justice, de l'ordre, de l'humanité,& le talent de les défandre.

au

« PreviousContinue »