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ses préposés de ne rien négliger, soit pour les prévenir, soit pour les arrêler et en découvrir les auteurs. Entin, par une autre circulaire no 175, du 21 vendémiaire an 12, elle a renouvelé ses instructions sur cet objet important, et transmis à MM. les conservateurs une lettre de son Ex. le grand-juge ministre de la justice, qui rappelle les dispositions de l'ordonnance de 1669, du Code pénal et de la loi du 28 septembre 1791, concernant les mesures à prendre pour écarter des forêts le danger du seu, et pour punir ceux qui, par mauvaise intention ou par imprudence, occasionneraient des incendies. On a cru devoir énumérer loules ces dis-, positions, avant de parler des moyens prescrits par les auleurs forestiers pour arrêter les progrès du feu, et de ceux qu'on a vu employer avec succès.

Ces moyens consistent:

1. A faire annoncer le feu dans tout le voisinage par

le son des cloches et par tous autres moyens, et à inviter les habitans à se rendre au lieu de l'incendie armés de divers instrumens, tels que haches, hoyaux et bêches;

20 A placer les travailleurs, à mesure qu'ils arrivent, les uns pour faire des abattis sous le vent, les autres pour peler la superficie de la lerre dans une largeur de 6 à 7 mètres (environ 3 ou 4 loises), en observant de faire rejeler les gazons du côlé opposé au feu, afin que la communication ne puisse pas s'établir par les herbes sèches qui s'allument aisément;

3° À faire faire, quand le temps le permet, des tranchées à une certaine distance du feu, loujours en ayant l'attention de rejeter les gazons du côté opposé;

4. A se servir d'eau et de pompes , quand on peut s'en procurer;

50 A faire fouiller la terre quand le feu a pris dans des bruyères, et à la jeter sur la bruyère enflammée, et même sans atlendre qu'elle le soit. Si la bruvère brûle, cette terre étouffe le feu; el si le feu n'a pas encore alleint l'endroit qu'on fouille, la tranchée que l'on forme en arrête la communication (1);

6o On peut aussi dans ce dernier cas, c'est-à-dire quand le feu est dans un canlon qui n'est couvert que de bruyères ou de petits arbustes, et quand on ne peut pas se procurer de l'eau, éteindre le feu en frappant dessus avec des poignées de houssines, et en enlevant les herbes avec le râleau. On a vu employer avec un succès très-prompt ce moyen, dans un inceudie violent qui avait éclaté dans la forêt de Bruhl près Cologne, il y a une douzaine d'années. Quelques femmes et les enfans

pour la

(1) Ces divers moyens, qui tendent à arrêter la communication du feu, pronveni l'excellence d'un avis donné par Duhamel. Il conseille , lorsqu'on planle un bois, de le

couper par des routes de quatre à cinq toises de largeur. « Indépendamment de la commodité dont elles se» raient pour l'exploitation des bois, ce serait, dit-il, for» mer d'avance des tranchées qui serviraient efficacement » à arrêter les progrès des incendies; outre qu'on se mé» nage des cheinins pour tirer les bois, des allées » promenade, et des routes pour la chasse. »

‘On objeclera peut-être au conseil de cet auteur, que ce serait diminuer l'étendue des plantations, et par conséquent la masse des produits à venir. Il est facile de détruire cette objection, en faisant remarquer que les forêts convenablement percées par des chemins et des allées, sont mieux aérées, qu'elles produisent du bois nieilleur, et en plus grande quantité sur les bords des chemins que dans le fond des massifs; et qu'en dernier résultat, même sans avoir égard aux vues de Duhamel, l'avantage serait toujours pour les forêts divisées par des routes.

de deux ou trois petits villages suffirent pour éteindre ce feu, qui s'étendait déjà sur une surface de plusieurs hectares. C'est encore le moyen qu’on a employé très-avantageusement dans le dernier incendie de la forêt de Fontainebleau. 7°

M. d'Ourches, qui a publié un ouvrage sur les forêls, fait mention d'un moyen singulier que l'on emploie dans le département de la Gironde, où il y a de grandes forêts de pins, lorsque le feu y prend. « Les habitans, dit-il, portént le feu ex

près dans un canton voisin de l'incendie, et » l'allument le plus près possible; ce qui est fort » aisé, vu que le bois résineux est très-combus» tible. Alors il s'élablit entre les deux foyers une » attraction qui ramène toutes les flammes au » centre, et dès le moment que la communication *» est établie, l'incendie cesse dans la circonfe» rence. » Ce moyen paraît trop dangereux pour le recommander. La plus légère circonstance pourrait en faire manquer l'effet, el occasionner un double incendie.

Quand on est parvenu , n'importe par quel moyen, à éteindre un incendie, on doit faire veiller sur les lieux , pendant plusieurs jours et plusieurs nuils, surtout si, comme cela arrive assez souvent, on aperçoit encore du feu par-ci par-là, et recommander aux gens préposés à cette garde, de parcourir non seulement les endroits incendiés, mais encore ceux des environs qui se trouveraient sous le vent, afin d'étouffer, avec de la terre ou autrement, le feu qui se rallumerait, ou les flammèches qui auraient été emportées dans les cantons voisins.

Les gardes ou les agens forestiers doivent, aussitôt après l'événement, faire connaître par un

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procès-verbal, le moment où le feu a commencé; les moyens employés pour l'éteindre; les communes ou les particuliers qui se sont présentés pour porter des secours, et ceux qui, en étant requis, s'en sont dispensés; l'étendue des endroils incendiés; les dommages occasionnés par le feu; les causes probables ou connues de l'incendie; les noms bien exacts des incendiaires, si on les a découverts, pour les poursuivre suivant la rigueur des lois (1); enfin toutes les circonstances particulières de cet événement, et les mesures à prendre tant pour en éviter le retour, que pour remeltre promptement en bois les parties où les flammes ont passé.

Lorsqu'on est parvenu à éteindre le feu dans » une forêt, dit Duhamel, il faut abattre tous les » troncs rôtis qui n'ont point été consumés par

le » feu, et couper les souches à fleur de lerre: très» souvent ces bois repoussent mieux que s'ils » avaient été abattus à l'ordinaire et en bonne » saison (2)

» Je crois, ajoute-t-il, qu'on ferait bien, dans » l'biver suivant, de répandre des semences d'ar

er

(1) Il faut observer que l'incendie dans les forêts et bois taillis, lorsqu'il est commis par malice ou vengeance, et à dessein de nuire à autrui, est puni de mort suivant l'article 32 de la 2° section du titre i

du Code pénal des 25 septembre 6 octobre 1791. Si les officiers forestiers acquièrent la connaissance d'un tel crime, ils sont tenus d'en faire la dénonciation officielle au substitut du

procureur général impérial, conformément à l'article 83 du Code des délits et des peines. (Extrait du Traité des délits et des peines en matière d'Eaux et Forêts, par M. Dralet.)

(2) Ceci ne serait point exact pour les bois résineux qui ne repoussent point de souche; il faut absolument les extirper, et procéder à un enseinencement général.

» bres dans les clairières : elles y réussiraient d'au». tant mieux, que les mauvaises herbes auraient », élé détruiles par le feu, et que la terre serait » amendée

par

les cendres qu'elles auraient produites; ce qui revient à l'esprit de l'ordonnance qui veut que les charbonniers soient tenus de

repeupler les places qu’occupaient les four» neaux. » Le conseil

que

donne ici le premier de nos auteurs forestiers, a été suivi dans les brûlis de la forêt d'Orléans, où les semis ont eu un succès

prodigieux.

Les incendies considérables arrivés pendant l'an 11 dans l'étendue de la forêt d'Orléans avaient jeté l'effroi, et fait croire à ceux qui ne connaissaient

pas les lieux, que le gouvernement en avait éprouvé une perte réelle. Mais il paraît que cet accident a tourné au profit de la chose, et qu'il en est résulté en définitif qu'on est parvenu à planter des terrains peu garnis, et, ce qui est extrêmement intéressant, à acquérir une expérience qui peut procurer à peu de frais le repeuplement d'une grande partie de cette forêt, dont la bruyère seule est restée la maîtresse.

Entre autres parties incendiées où les gardes ont fait des semis de bouleau, et qui présentent une quantité considérable de beaux plants, il y a quelques canlons d'une contenance totale d'environ soixante-treize hectares dont le lerrain est de mauvaise qualité, et où cependant les semis ont obtenu un succès étonnant.

Les semences de bouleau qui y ont été jelées avec profusion , ont produit des millions de plants dont on peut disposer pour planter les endroits vagues de la forêt, outre les quantités considéra

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