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que souvent elle détruit un grand nombre de souches.

Après avoir parlé des essarts en général, et de leur situation sur les mauvaises Terres, même sur les rochers, M. Lintz passe à leur exploitation. Il rend comple d'observations qui paraissent mériter un examen sérieux sous le rapport de la physique et de la culture des bois. Selon lui, le moment favorable de couper les essarts et même les autres taillis , serait, du moins dans les pays froids, celui de la plus grande ascension de la sève. « Il existait autrefois , dit-il, une ordonnance qui recommandail aux communes d'avoir soin de couper les essaris avant el jusqu'au jour de Sainte-Marguerite, sous peine de confiscation des bois si, ce terme expire, ils étaient encore sur pied. Les résultals de ces coupes faites au temps de la sève sont très-salisfaisans, et prouvent que la reproduction végétale se montre bien plus puissante aux taillis coupés lors de la grande ascension de la sève, qu'à ceux qui seraient exploités avant celle époque.

» Les bois d'essarts constalent d'une manière irrésistible la vérité de ce fait, que l'on peut également observer aux coupes failes à tout laillis écorcé pendant la sève,

» J'ai mesuré dans un de ces essarls chênes, plusieurs jels de la première année, nolamment dans la Gewanne , dite Wakerts, coupe de 1806, appartenant à la commune de Thaben.Ces pousses avaient trois mètres de longueur.

» La visile que j'ai faite dans d'autres essarts plus âgés, m'a prouvé que cet accroissement rapide ne se communique pas moins au taillis d'un âge plus avancé; et l'on peul, en général ,

se convaincre qu’à circonstances égales du terrain, de la situation et du climat, tout taillis exploité pendant la sève produira du plus beau bois

que s'il était coupé avant ou après.

Feu M. Keppler, Maître des forêts à Ostheim en Saxe, a le premier fixé l'atlention des forestiers allemands sur cette déviation de la coutume ordinaire d'exploiter les taillis.

» J'ai vu, dit l'auteur des Dissertations, les forêts administrées par M. Keppler , et j'ai eu la satisfaction de me convaincre qu'elles sont non seulement parfaitement entretenues, mais aussi que l'état excellent qui fait distinguer les taillis , doit être en partie attribué aux coupes faites pendant la grande ascension de la sève (1).

» Une des raisons par lesquelles ces coupes prospèrent mieux que les autres, c'est que

les souches des bois coupés avant cette époque élant exposées à la rigueur de la saison, leur superficie s'endurcil et rend plus difficile, le passage de la sève qui doit ramollir l'écorce et la rendre

propre à la reproduction des pousses; au lieu que

si les bois sont coupés pendant la sève, elle n'est pointempêchée de seconder les fonctions reproductives d'une végétalion vigoureuse.

Que la coupe, continue M. Lintz , se fasse même quelque temps plus tard, et lorsque les premières feuilles sont écloses, l'observation nous prouve que ce retard, pourvu qu'il ne se pro

( :') Tout ce qui vient d'être dit sur les coupes

faites pendant la séve , ne doit être rapporté qu'aux pays froids,

comme

sont ceux que j'ai cités; quant à l'application qu'on en peut faire dans les forêts d'un climat plus chaud, il faut se guider d'après les expériences faites sur les lieux mêmes. (Note de M. Lintz.)

longe pas au-delà de la seconde sève (qui s'opère vers la fin du mois de juillet), ne fait aucun mal aux bois d'essarts; car il nes'agit que de faire sortir les boulons de la jeune pousse de cette année; les jels mêmes en sont détruits, comme on verra plus bas, et ne peuvent pas être conservés. »

Cette question nous conduit à rapporter l'opinion de Duhamel sur la saison à laquelle il convient d'abattre les arbres par rapport à la qualité du bois. Il a fail de nombreuses expériences pour s'assurer si l'usage où l'on est de les abattre en hiver était fondé sur les principes de la saine physique. Les résultats de ses expériences sont: 1° qu'il y a au moins aulant de sève dans les arbres en hiver qu'en été.

2° Qu'il n'est pas sûr que pour conserver au bois sa bonne qualité, il soit plus avantageux de le dessécher le plus promplement qu'il est possible.

3° Que c'est dans le printemps et en été que les arbres se desséchent le plus promptement.

4° Que les arbres abattus pendant l'hiver se sont trouvés un peu plus pesans après qu'ils ont été secs, que ceux qui avaient été abattus en élé; mais

que cette différence est peu considérable. 50 Que l'aubier des bois abattus 'en élé s'est mieux conservé

que celui des arbres qui avaient été abattus en hiver.

6Que tous ces bois, après avoir été examinés dans leur rupture, ont paru avoir à peu près une force pareille.

7° Que la pourriture a affecté à peu près également les bois abattus dans toutes les saisons de l'année.

8° Que les bois qui avaient'été abattus au printemps'el en été, n'étaient guères plus gercés que les autres.

Il suit de ces résultals qu'il n'y a , quant à la qualité du bois, aucun inconvénient à abattre en élé. Mais, ajoute Duhamel, nous mellons à l'écart l'inconvénient des fenles, et le dommage qu'on pourrait faire à la souche. « L'usage, dit-il ensuite, d'abattre les arbres pendant l'hiver, n'est pas généralement suivi. Je sais que les Hollandais font des coupes considérables en été préférablement à l'hiver: 'ils disent que la sève des arbres coupés en été se dissipe plus promplement, el que leurs bois se trouvent pluidi en élai d'être employés , ou qu'ils sont du moinsen état d'être assemblés en trains pour pouvoir les voiturer à flot. »

Puis il rapporte que, dans le royaume de Naples et en plusieurs lieux d'Italie, on coupe les arbres des forêts en juillet et en août, préférablement à tous les autres mois, et qu'on l'a assuré que ces bois étaient d'une longue durée , et que des vaisseaux construils en celle saison étaient encore, après vingt-cinq ans de construction, très-sains et sans apparence de pourriture. Il cite enfin la Catalogne et le Roussillon où les paysans coupaient leurs cbênes en juillet et août, dans la persuasion que leur bois en était meilleur.

Comme on le voit, le célèbre auleur des plus belles expériences faites sur les bois, ne pensait pas qu'on dût exploiter les arbres en hiver plutôt qu'en été. Mais comme il n'a parlé que des futaies dont les souches ne donnent point de recru, et que ses expériences n'ont eu pour objel que de

comparer les qualités des bois abattus en diverses saisons, et destinés aux constructions, on ne peut pas en conclure qu'il soit indifférent de couper les taillis en élé ou en hiver. Cette dernière époque, qui est celle prescrite par l'ordonnance , est sans contre.

dit la seule convenable, non seulement sous le

rapport de la reproduction, mais encore sous celui de la qualité du bois pour le chauffage. M. Hartig a prouvé, par ses expériences sur la combustibilité des bois, que le bois coupé en sève produit à la combustion un effet d’un huitième moindre que le bois coupé hors sève. Ainsi, sous tous les rapporls, il paraîtrait qu'on ne doit pas s'écarier de la règle ordinaire établie pour la coupe des taillis.

M. Lintz attribue encore la promple croissance des essaris à une autre cause que

celle de leur coupe en pleine sève. Il place cette cause dans la manière dont on les écorce, et voici comme il s'explique :

« Une seconde raison , dit-il, à laquelle il faut attribuer la belle venue des bois d'essaris, c'est sans doute qu'en détachant l'écorce jusqu'au collet de la racine, il en résulle que les jeunes pousses sortent du corps même de la racine, et non pas de l'estoc.

» Cette manière d'écorcer les taillis ne peut être que très-avantageuse à leur conservation, et donne la démonstration pratique des coupes failes à fleur de terre.

» En effet, la reproduction par les racines n'est pas seulement plus puissante, mais encore les souches mères se conservent bien plus long-temps que dans les taillis où les coupes se font trop haut (1).

» Lorsque les arbres ne sont pas abattus à tire et aire , le dépérissement des estocs qui se manifesle

(1) Lorsqu'on examine les jets d'un vieux estoc chêne, on voit souvent que quelqu'un d'eux sortent du corps de l'estoc el les autres de la racine, mais on remarquera que ceux produits par la racine sont les plus vigoureux. (Note: de M. Lintz.)

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