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chanoines de son chapitre passèrent à la Réforme, il fut singulièrement soupçonné de partager leurs sentiments, et aussi quand il céda aux protestants l'usage de trois églises. Fugitif en 1561, au moment où la ville tomba aux mains des huguenots, réintégré en 1563 sur son siége épiscopal, pour s'en éloigner encore à la seconde guerre civile, il mourut à Montferrand, en 1568, laissant, disent ses biographes, une réputation fort équivoque de catholicité. Il fut inhumé à Maguelonne sans aucune pompe, mais non sans laisser un mémorable exemple de l'insuffisance de l'esprit et du talent pour suppléer à l'absence des convictions. Il est clair que Pellicier, imbu de l'esprit de la Renaissance, aurait préféré la nouvelle Église à l'ancienne, si elle eût pu lui assurer l'opulence et le dispenser de l'austérité. Mais sur un esprit sceptique et sur une conscience sans vigueur, la foi réformée n'eut pas de prise. Pellicier fut le digne contemporain des Valois : à l'exemple de François Ler et de Catherine de Médicis, ses patrons, il n'eut pas plus de répugnance pour le prêche que pour la messe, pour les Guises que pour les Bourbons, mais il inclina du côté du plus fort pour y chercher un appui que lui refusait sa propre conscience; et c'est par là que cet étrange luthérien, catholique non moins étrange, se distingue des hommes sincères que nous venons de rappeler, et dont nous osons préférer la droiture et le malheur.

M.-J. GAUFRÈS.

DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINAUX

LE PROTESTANTISME FRANÇAIS AU XVIII SIÈCLE

Au Rédacteur du Bulletin.

Amsterdam, 17 février 1877.

MONSIEUR,

Vous vous rappelez peut-être l'envoi que j'eus l'honneur de vous faire en 1873 d'une collection complète des acies synodaux de nos églises wallonnes; et vous n'avez pas oublié, je le crains, ma promesse, non remplie jusqu'ici, d'y ajouter une indlication sommaire de ce qui dans ces actes se rapporte aux relations de nos églises wallonnes avec celles de la France, tant avant qu'après la révocation. En attendant que, si Dieu m'en laisse le temps et la force, il me soit donné de dégager ma parole, je viens vous demander un moment d'attention pour quelques autres documents, qui se rapportent à l'histoire des églises du Désert; documents indubitablement connus pour la plupart. Mais le sont-ils tous? Mieux que personne, monsieur, vous êtes en état de me le dire, et de juger de l'usage qu'il vous conviendrait de faire de telle ou autre de ces pièces pour le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français.

Il s'agit des archives de la commission dite pour les églises de France, qui s'est formée en 1733, à la suite d'une résolution des états de Hollande, dont voici le contenu et en partie la traduction.

« Extrait du registre des résolutions de MM. les états de Hollande et de West-Frise, prises dans l'assemblée de leurs Hautes Puissances du samedi 28 novembre 1733.

» Le conseiller pensionnaire porte à la connaissance de l'assemblée, que s'est adressée à lui une personne, députée par les églises réformées sous la croix, dans le bas Languedoc et autres provinces de France, afin de solliciter en secret, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre et ici, quelque secours ou assistance pour servir à l'entretien des pasteurs sous la croix et d'étudiants pour le saint ministère, ainsi que pour l'achat de Bibles, de Nouveaux Testaments, de psauliers et autres livres propres à instruire, à consoler el à fortifier les coreligionnaires dans lesdites provinces. »

Sur ce, les étals accordèrent, provisoirement pour cinq années, une somme annuelle de deux mille florins, à remettre à un comité de pasteurs désignés d'entre les pasteurs wallons de Leiden, d'Amsterdam, de Rotterdam et de la Haye, « pour qu'ils la fassent servir aux fins précitées, de la manière qu'après en avoir conféré avec leurs correspondants, ils jugeront la meilleure. »

Le député des églises du Désert n'est nommé ni dans la résolution des états ni dans les actes de la conférence. J'ai compris par l'excellent ouvrage de M. Edm. Hugues, Antoine Court, qu'il s'agit de Duplan, le genlilhomme d’Alais, vol. II, 61-76, mentionné aussi par Ch. Coquerel, I, p. 2324, note.

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XXVI.

la cour,

Si « l'Angleterre, ainsi que M. Hugues me l'apprend (p. 71 in fine), ) a fourni aux dépenses du protestantisme français jusqu'aux premiers jours du XIXe siècle », la Hollande en a fait à peu près autant. Les 2000 florins annuels accordés pour cinq années, ont été renouvelés régulièrement de cinq en cinq ans, toujours à la sollicitation du comité pour les églises de France, et par des résolutions textuellemerit identiques avec celle dont je vous ai cité une partie. En 1793, les 2000 N. ont été payés pour la dernière fois par les états, et le dernier subside a été envoyé par le comité en 1796. Au milieu de l'état de choses né du renversement de l'ancienne constitution des Provinces-Unies et de la séparation de l'État et de l'Église qui suivit bientôt, le comité s'est vu dans l'impossibilité d'obtenir et même de demander la continuation de l'ancien secours. Mais jusqu'à ce moment, c'est-àdire de 1735 à 1796, il n'a cessé de faire servir le subside annuel à l'entretien des pasteurs sous la croix, à celui des étudiants pour le saint ministère, et à l'envoi de livres de dévotion, le triple objet indiqué par la résolution des états, tout en résistant aux sollicitations quelquefois assez vives d'en consacrer une partie aux galériens et autres victimes de la persécution, attendu que ses instructions ne le lui permettaient pas, et qu'il existait ici d'autres institutions de secours, spécialement destinées aux galériens et aux prisonniers. L'euvre du comité a naturellement donné lieu à une correspondance régulière avec des hommes influents, représentants ou voisins des églises du Désert. Ce sont toujours les pasteurs de la Haye qui ont été chargés de cette correspondance. Successivement Jacques Chion, ancien pasteur d'Orange; Jean Royer (non Roger comme il est appelé chez Hugues, II, 178), ancien pasteur au congrès de Soissons et chapelain du prince d'Orange; Henri-François l' Honoré, ancien pasteur d'amhassade à Paris et Jacques-Georges Chantepié de la Saussaye, chapelain de

tous hommes qui par leur position, leurs relations anciennes et présentes étaient les mieux placés pour s'adresser quand il y avait lieu (et il y a eu lieu bien souvent) aux états de Hollande, au prince d'Orange ou au corps diplomatique, en faveur des frères de France.

Les correspondants pour les églises du Désert ont été d'abord les pasteurs et professeurs Maurice et Turretin de Genève, ensuite Antoine Court, Court de Gebelin, et les professeurs Polier, Polier de Bottens et de Bons, tous de Lausanne.

Tant qu'a vécu Antoine Court, c'est avec lui surtout que le comité traitait les affaires des églises du Désert; c'est à lui qu'il envoyait le secours pour les pasteurs sous la croix. Son ami Polier était le correspondant pour le séminaire de Lausanne et recevait le secours pour les étudiants. Court et Polier étant morts en 1760, Polier de Bottens devint seul le correspondant du comité, tant pour les étudiants que pour les pasteurs du Désert, et l'intermédiaire des subsides pour les uns et les autres.

Quant aux lettres de 1734 à 1745, elles sont perdues et probablement détruites. Je n'ai trouvé qu'une indication sommaire de leur contenu dans les actes, bien sommaires aussi, des conférences du comité.

Indépendamment d'envois réguliers d'argent (mille ou quinze cents floriis) pour les pasteurs du Languedoc, du Dauphiné et du Vivarais, la correspondance de ces années a eu pour objet des demandes et des envois de Bibles, psautiers et livres de dévotion. C'étaient des expéditions de centaines d'exemplaires des controverses et du catéchisme de Drélincourt, du catéchisme de Bérion, sermons choisis de Pictet, Werenfels, etc. Avis charitables, Directions charitables, plus tard le livre d'Armand de la Chapelle sur les assemblées. Le comité recueillait, composait quelquefois et faisait imprimer ou réimprimer ces divers ouvrages en vue des églises du Désert. L'envoi de ces « ballots » de livres, qu'on essayait d'introduire tantôt par la Rochelle, tantôt par Bordeaux, ou Cette, ou Marseille, où Gênes, quelquefois par les contrebandiers, était fort difficile et fort coûteux.

Un libraire protestant de Montpellier n'osa pas se charger de recevoir ces envois. On essaya inutilement des offres avantageuses à un libraire catholique de Toulouse. Et les instances réitérées du comité pour établir à ses frais une imprimerie dans le Désert n'eurent pas un meilleur succès.

A partir de 17:15, le comité résolut d'avoir un livre de copies « pour y transcrire les pièces que les commissaires trouveront à propos d'y coulserver ». Ce livre, régulièrement tenu jusqu'en 1796, contient nombre de lettres très-dignes de remarque, et de plus les archives contiennent quelques lettres in originali des vingt dernières années, qui ne manquent pas d'intérêt, mais qui n'ont pas été copiées, peut-être parce qu'elles n'avaient pas un rapport direct avec l'administration du comité.

les plus intéressantes de ces lettres sont celles d'Antoine Court. Nul doute que ces lettres, la plupart volumineuses, nc soient contenues en grande partic, sinon toutes, dans la collection des papiers Court, citée par M. Hugues (1, 357-364), particulièrement dans le no VII, Minutes des lettres il'Antoine Court. En lisant l'Histoire de la restauration du protestantism:c françuis, on voit que l'auteur a connaissance des lettres de Court au comité de Hollande.

Comme il se peut que le livre de copie dudit comité et quelques autres écritures, débris de ses archives, renferment quelques pièces moins coisnues et cependant intéressantes, je tiens à vous en laisser juger vous-même en vous présentant ici une liste de nos lettres, qui contiennent des détails sur les églises de France. Je laisse de côté tout ce qui est lettre d'administration, correspondance des commissaires entre eux, simple annonce d’envois d'argent et de livres et accusé de réception.

Les lettres d'Antoine Court sont riches en détails. Souvent elles remplissent quatre, șix, quelquefois dix pages de notre livre de copie, dont l'écrilure est serrée. Une de ces pages répond à deux pages de votre Bulletin. L'indication des pages pourra donc vous faire juger de l'étendue des pièces. Après 1755, l'écriture du copiste devient moins serrée.

Si maintenant, parmi toutes ces pièces, il y en a qui sont encore inconnues aux investigateurs de vos archives, ce sera, je pense, parmi celles de la série postérieure à l'année 1760, qui est celle de la inort d'Antoine Court, c'est-à-dire dans la série qui présente le moins d'intérêt. Y en a-t-il quelques-unes que vous tiendriez à connaitre pour juger s'il vaut la peine d'en faire usage pour le Bulletin? Veuillez alors nie le dire, el jo me ferai un plaisir de vous envoyer une copie des lettres ou pièces que vous m’incliquerez. Fils des liuguenots et des résugiés, je m'intéresse vivement à l'église de mes pèrcs, ct je serais charmé de pouvoir être de quelque utilité au savant qui consacre à l'histoire de cette église des soins si constants et si judicieux. Quant à moi, c'est en dépouillant des documents qui rendent un témoignage si navrant aux souffrances des fidèles du Désert, mais si glorieux à leur héroïque persévérance, que je me suis distrait pendant quelques moments de la tristesse que me cause la douloureuse crise qui continue de tourmenter l'Église qui n'est chère, crise à laquelle, hélas ! je ne prévois pas encore d'heureuse fin. Veuillez agréer, monsieur, mes cordiales salutations.

Votre tout dévoué

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LISTE

de pièces relatives aux églises du Désert, contenues dans les

archives du ci-devant) comité de Hollande pour les églises de
France. 1735-1796.

4 A

1

1 Copie des actes du synode national tenu dans le bas Languedoc, 17-25 août 1744.

2 Supplique sans adresse et sans date, commençant ainsi : « Monseigneur, la dispense que Sa Majesté vous a accordée, en vous élevant au comble des honneurs militaires et qui est sans exemple depuis la révocation de l'édit de Nantes, etc. » Ce passage joint au suivant : « Soixante ans ont déjà roulé sur nos misères », montre assez clairement que la supplique est adressée à Maurice de Saxe; soit en 1745 lorsqu'il reçut le bâton de maréchal, soit et plus vraisemblablement en 1746, lorsqu'il obtint le titre de maréchal général des armées du roi. Les protestants lui demandent son intercession en faveur de leurs galériens et de la liberté de tenir leurs assemblées religieuses.

3 1745, 8 janvier. Lellre d'Ant. Court au pasteur Chais de la Haie. Tableau rétrospectif des soixante dernières années, état actuel, amélioré des « six à sept cent mille réformés tout au moins, qui sont encore en France ). (4 pages.)

4 1745, même date. Lettre du prof. Polier de Lausanne à Royer. Établissement de comités de correspondance et de secours dans les capitales de l'étranger. Efforts de la cour, dont on redoute l'effet pour faire désapprouver les assemblées du Désert par des protestants accrédités. (2 pages.)

5 1745, 14 mars. Royer à Court. Demande de renseignements sur le projet de former un séminaire au Désert, et sur les moyens d'y élablir une imprimerie. (1 page.)

6 1745, 12 mars. Court à Royer. Eavre laborieuse, mais encouragée, du pasteur Loire dans le Poitou, la Saintonge, l'Agenais, etc. Euvré de Viala dans le haut Languedoc. Les persécutions y deviennent plus vives, ainsi qu'ailleurs, surtout dans le Dauphiné. Arrestation des ministres Rang, Chambon et Allard. Recrudescence attribuée à l'assemblée du clergé. Court a dressé une apologie des assemblées. L'opportunité de sa publicalion a été amplement discutée. Charges financières qui pèsent sur les Eglises. (6 pages.)

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