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En même temps, il voyait Le Cointe et ne cessait d'attirer ses confidences sur la question qui l'occupait. Que faisait le prince, et à quoi se résignaient les religionnaires ? Ceux-ci étaient-ils assez nombreux et assez puissants pour pouvoir inspirer des inquiétudes à la cour ?... Autant de questions sur lesquelles il sollicitait des réponses pour les transmettre à Berryer. C'est le résumé de quelques-unes de ces conversations que le lieutenant dc police écrivit un jour et dont on a conservé le texte :

Le 8 avril, 1757. Lecointe a dit, il y a trois semaines, à M. Herrenschwand que M. le rinee de C. était dans l'intention, quand le parlement serait rentré, de l'intéresser en faveur des protestants, et l'engager à faire des représentations en leur faveur, et qu'un conseiller au parlement, qu'il n'a pas voulu lui nommer, aurait donné au prince un projet de déclaration en leur fa

veur.

Lecointe voit presque tous les jours le p. de Conti, qui a toujours des relations avec les protestants et surtout ceux du Languedoc.

M. le p. de Conti et Lecointe et les principaux du Languedoc ne font plus aucune part aux autres protestants du royaume de leurs projets et de leur conduite.

M. H. voudrait être autorisé à faire un voyage en Languedoc. Il m'envoie un petit plan à ce sujet.

Pourrait avec le temps ne plus rien savoir, car ils se cachent de plus en plus.

Le 26 avril, 1757. L. s'est plaint qu'à la poste on ouvrait les lettres qui lui étaient adressées. M. le p. de Conti s'en plaint aussi.

On à résolu d'établir des estafettes, afin que les lettres fussent portées sûrement. M. le p. de Conti fournirait à une partie de la dépense.

Ils ont un chiffre, M. le p. de Conti et lui.

Les protestants qui entrent dans cette correspondance sont ceux du haut et bas Languedoc, des hautes et basses Cévennes.

Devait faire un voyage dans ce pays. M. le p. de Conti lui.a conseillé de ne pas le faire sans en dire la raison

A toujours témoigné un désir ardent de faire entrer les Rochelois dans la correspondance, l'ont jusqu'à présent refusé.

Lui a dit qu'il y avait eu au commencement de cette année des émissaires anglais dans les Cévennes, mais qu'on les avait renvoyés sans vouloir les entendre ni traiter avec eux.

H. lui a représenté qu'il n'y avait assez de protestants en France, ni assez accrédités pour pouvoir se faire craindre.

A quoi Lecointe lui a répondu qu'avant quatre ou. cinq ans, il y aurait plus de 50.000 jeunes gens eu état de porter les armes,, et que, étant incertains de leur naissance, attendu qu'ils étaient venus de mariages faits au Désert, il ne serait pas difficile de l'es déterminer å se soulever.

Lecointe lui a. Iw trois lettres qu'il avait écrites à M. le p. de Conti par son ordre, lesquelles ne contenaient rien que de fort bien, que M. le p, de Conti lui avait dit les avoir montrées au roi et même lui en avoir laissé copie, que dans la première des trois, il s'exprimait comme si c'était fa première lettre qu'il lui eut jauniais écrite, quoiqu'il lui em eut déjà écrit beaucoup auparavant.

H. ne pourra partir qu'après la revue du roi.

Passera à l'a Rochelle en allant ou en revenant, où il pourra apprendre bien des choses sur la correspondance: qu'on veut établir avec les Rochelois.

Tâchera d'engager quelqu'un à se prêter à cette correspondance. Par là on pourrait savoir bien des choses.

En ce cas, il faudrait une sûreté à celui qui voudrait bien se prêter.

Lecointe voudrait établir en Languedoc un conseil de cinq ou six personnes des plus connues qui régleraient toutes les affaires et communiqueraient avec lui par le moyen de cinq ou six estafettes, que l'on établirait.

30 avril, 1757. Le Cointe a dit : Si le p. de Conti se retirait de la cour, et qu'en se retirant, il fit un manifeste pour se plaindre de tout ce que l'on a fait pour le noircir dans l'esprit du roi et pour le tra (ca?) sser dans l'affaire de Damiens, que pensez-vous qui en arriverait ?

N'a plus voulu en dire davantage.

Puis, a dit qu'il ne rentrerait pas à la cour tant que madame de P. (ompadour?) y serait; qu'il avait écrit au roy une lettre dans laquelle il lui marquait qu'il ne retournérait point à la cour , tant que le roi 'resterait dans l'idée qu'il lui avait donné de mauvais conseils.

Qu'il savait un moyen de rendre toutes les tentatives des religionnaires inutiles.

N'a voulu s'expliquer davantage.

Lecointe à dit un jour au prince que le peuple de Paris l'aimait beaucoup, et qu'il le regardait comme le défenseur des lois.

A quoi le p. a répondu que ce n'était pas uniquement pour le peuple que j'agis, mais c'est aussi pour moi. Car dès le moment qu'il n'y aurait plus de lois, le trône serait au premier occupant, et j'ai intérêt que les droits de ma famille soient conservés dans leur entier, et qu'on ne fassé pas comme en Turquie où l'on crève les yeux à tous ceux qui sont de la famille royale.

Lecointe a dit que les onze douzièmes du comté d’Alais et des autres terres qui appartiennent au prince sont protestants.

A dit que si les protestants étaient capables de se révolter, ils pour

raient le faire sous prétexte que les parlements étaient trop avilis (!) et qu'ils demanderaient que l'on choisit quatre députés dans chaque parlement pour déterminer les priviléges qu'on leur accorderait.

A dit que le p. n'avait pas un seul papier... qui put prouver qu'il eut la moindre ma uvaise intention:

- Quë lui, Lecöin'té, lui avait dit souvent : Monseigneur", ši je savais que votre Altesse put penser à se former un parti, je serais le premier à me déclarer contre elle.

Que le p. lui-même avait avoué que c'était une chimère de vouloir former un parti dans le royaume dans ces circonstances.

A dit que le p. lui avait dit que le róý lùi aðăit ordóññè un jour de faire un extrait de tous les mémoires concernant les protestants.

- Qu'il l'avait fait, l'äväit řemis au roi qui l'avait fort goûté.

Quels que fussent ses prétendus scrupules, Herrenschwand avait fait tous ses préparatifs pour commencer son voyage d'enquêté. Au mois de mái; après la revue passée par le roi, il ser mit en route. Ce fut vers la Rochelle qu'il se dirigea.

Eamond HUQUës. (La fin au prochain numéro:)

DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINAUX

L'ÉLECTION CONSULAIRE DE LA VILLE D'ALAIS EN 1585.

Saint-Jean-du-Gard, 24 mai 1877.

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CHER MONSIEUR, Visitant avec un de nos amis communs, membre de la municipalité d'Alais, les archives de cette ville, je lui lus, sur sa demande, la première des nombreuses délibérations consulaires qu'on y a conservées. Frappés de son caractère religieux et protestant autant que politique, nous pensâmes qu'il valait la peine de la copier et de vous l'envoyer. Voici cette délibération. Eu égard à la rareté des documents originaux concernant cette importante Église, rareté déjà signalée ici même (15 juillet 1874), dans une excellente lettre de M. le pasteur Dardier, peut-être la jugerez-vous digne de figurer dans le Bulletin. Il va sans dire que je vous laisse libre, si vous la trouvez trop longue, d'en retrancher les parties les moins importantes.

On verra, d'après ce document, qu'Alais était à cette époque une ville entièrement au pouvoir des protestants. D'après Ménard, en effet, ceuxci, sous la conduite des deux capitaines Gueidan et Broise, l'avaient surprise le 12 février 1575, et s'en étaient emparés. Il est vrai qu'ils n'avaient pu se rendre maîtres du château; mais déjà, le 2 avril de la même année, le maréchal de Damville et le sieur de Saint-Romain en obtenaient la reddition.

Le duc de Montmorency, comte d'Alais, auquel les nouveaux consuls, en entrant en charge, vont rendre hommage, est Damville lui-même. Quant au château, il occupait l'emplacement, ou du moins un emplacement trèsvoisin de celui qu’occupe anjourd'hui le fort, ce fort qu'après la révocation de l'édit de Nantes, Louis XIV fit construire pour contenir les prisonniers pour cause de religion. Enfin le temple, démoli à la révocation, vit s'élever sur ses fondements une chapelle de pénitents qui, à l'époque de la restauration des cultes non catholiques, devint un temple protestant, lequel, se trouvant insuffisant, a été démoli à son tour il y a quelques années, et a fait place à un nouveau, plus grand, plus spacieux, le troisième sur le même emplacement.

En parcourant ce premier volume de délibérations, j'ai vu que chaque année, de 1586 à 1589, on procéda à l'élection consulaire absolument de la même manière qu'en 1585. Le résultat acquis, on le consignait dans un

procès-verbal qu'on cachetait et qu'on apportait ainsi cacheté, « lettre close et scellée », au sieur Vincent Rigord, ministre, qui lui, du haut de la chaire, rompait les cachets et proclamait officiellement, devant le peuple assemblé, le résultat de l'élection. Dans le procès-verbal de l'élection de l'année 1587, au lieu de « temple neuf », on lit : « dans le temple de l'église réformée ». Pendant ces cinq années, 1585 à 1589, le pasteur désigné est toujours le même, Vincent Rigord.

J'ajoute qu'une courle délibération de l'année 1589 m'est tombée sous les yeux, dans laquelle le corps consulaire, sur l'ordre du comle Damville, vota l'imposition d'une somme de 200 écus, 600 livres, affectée par moitié à l'entretien du culte réformé, et par moitié à l'entretien du culte catholique, soit 300 livres à chacun d'eux.

Si ce n'était sortir du cadre du Bulletin, on pourrait relever aussi, d'après ce document, ce qui restait encore de vie municipale dans les communautés du Midi. Les élections dans lesquelles le sort intervenait se faisaient à deux degrés, les électeurs pommelaires étant les électeurs du second degré. Agréez, etc.

J. Vice, pasteur.

L'élection consulaire de la ville d'Alais en 1585.

Au nom de Dieu le Créateur soit tout fait, ainsi soit-il! et à tous présens et à venir soit chose notoire et manifeste que l'an de grâce mil cinq cent quatre-vingt-cinq et le premier jour du mois de janvier, très-haut prince Henri, par la grâce de Dieu, roi de France et de Pologne, régnant, en la ville d'Allez et dans le temple neuf de la dite ville, issue du prêche fait par monsieur maitre Vincent Rigord, ministre de la Parole de Dieu de la dite ville, heure de neuf de matin.

Se sont présentés : Vincent Garnier, Dominique Roure, Jacques Devèze et Jean des Vaux, pomelaires électeurs de consuls nouveaux, lesquels ont bailhé au dit sieur ministre la lettre close et scellée de la marque et armes de la ville, par eux signée, dans laquelle ont dit être les messieurs consuls nouveaux nommés par nom et surnom, et iceux être gens de bien, de bonne vie et sans reproche ni tâche d'aucun cas et crime; ce fait, la dite lettre ouverte et lecture faite d'icelle à haute voix par le dit sieur ministre, a été nommé pour premier Jean de Leyris, -- pour second Antoine Malzamet, – pour troisième Jean Lacroix, --- pour quatrième André Vergille.

Après laquelle nomination faite, dans le dit temple se sont trouvés les dits Leyris, Lacroix et Vergille, auxquels a été bailhé par mes

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XXVI.

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