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que, dimence dernier passet, ainsi qu'il retournoit du village de Montigny avec ledit du Bray, qui estoit quelque peu embut, après midi, à pieds, et qu'il vint à propolz de hughenois, disant qu'il y avoit plusieurs gendarmeries qui s'assembloient en diverses lieux, Jehan du Bray vint à dire après plusieurs parolles que toujours à la fin les hughenois vainquiroient le tout.

» Cy-après cheminans tousjours avec luy, icelluy du Bray luy vint å faire plusieurs allégations des esvangilles, si comme sainct Mathieu, disant que l'on ne devoit adorer ce quy estoit faict de la main des hommes, sinon ung seul Dieu quy est au ciel, avecq encorre grant nombre d'allégations pour attirer ce tesmoing, de manière que, venus au bois vers les bruyères par decea Masnuy pour venir à Mons; icelluy du Bray, par forme de question, luy vint à dire tels mots que il tenoit du sainct hostie et qu'il luy en sembloit (1). Sur quoi, ce tesmoing ne fist quelque responce pour luy donner solution..... Et dudict de Bray esté dict que (l'hostie) n'estoit que abusion et que pain.

» Ce oyant par ledit déposant, dict qu'il croyoit selon qu'il avoit esté instruict en jeunesse.

» Quoy oyant par ledict du Bray, dist à ce tesmoing, s'il volloit adhérer avecq luy, luy monstreroit encorre aultre chose, pryant à ce tesmoing de le tenir secret, car s'il pensoit que luy parlant le raccuseroit, le 'nyroit tout plat, et estant venus en tels propolz, aussy de son frère qui s'estoit absenté, jusques et dedens la ville, au moyen qu'ils estoit rethiré, ne l'avoit plus veu, ayant encorre oy dire ledit du Bray que s'estoit ung plaisir de oyr preuschier sondict frère et qu'il estoit bien estimet en France (2). >>

Cette déposition parait assez grave pour que le tribunal ordonne l'arrestation de Jehan et son dépôt au château de Mons, ce qui eut lieu presque immédiatement (3).

L'information est poursuivie. Le 25 septembre, les échevins monSéverin Franchois, conseillers du roi; 30 Gilles de Biéneue, greffier de la cour; 40 Antoine Hallet, lieutenant de la prévôté; 50 Mes Andrieu Joveneau, Claude Francau, pensionnaires de la ville; 60 Loys le Francque et Jehan de Hanines ou de Hammes, grefliers de la loy; 70 Gilles Potier et Loys Corbault, Massars (tréso riers municipaux).

On voit, par la composition du tribunal, que l'affaire était considérée comme trèssérieuse.

(1) Quelle était la croyance du témoin relativement à la présence réelle? 2) Il s'agit donc de Christophe et non de Guy.

3) Les interrogatoires de l'inculpé commencent le 26, il fut donc emprisonné le 24 ou le 25 septembre 1562,

tois entendent Jehan Desmarez, âgé de quarante ans ou environ, Foulon, demeurant à Mons près de la porte de la Guerile; le 28, même mois, vient le tour de Roland Brouchin, âgé de quarante-huit ans, sergent de la cour à Mons; le 29, celui de Frémine Fauveau, veuve de Jehan Billot, meschine (1) de l'inculpé, âgée de trente-sept ans; de Leurent le Cuvelier, âgé de vingt ans, laboureur au même service; de Philippe Lhoste, dit Phelippot, laboureur, âgé de trente-deux ans et enfin de Jacques de le Haye, domestique à gages, âgé de trentequatre ans, demeurant tous à Masnuy. Le 2 octobre, sont entendus Jehan Saunelon, âgé de quarante ans, sayeteur, demeurant à Mons, près de la maison du prisonnier; Henri Barbion, teinturier ; Simon Belloye, dit Mennequin, teinturier, âgé de quarante-huit ans, demeurant à Mons devant le pont de Londres et Akaire Leurent, tondeur de grandes forces (2). Le 9 octobre est interrogée demiselle Hélène Canyot, veuve de Jehan Brouchin, âgée de trente et un ans, demeurant à Mons, au delà du pont du Béguinage. Enfin le 21 du même mois, sont appelés à déposer frère Julien Maresculy, religieux (dominicain) du couvent de Saint-Pol à Valenciennes, agé de trente-deux ans, et frère Pasquier Moncqueau, àgé de trente-quatre ans, profès au même couvent, Nous allons donner quelques extraits de ces dépositions. (Suite).

Ch. PAILLARD.

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FÊTE DE LA SAINT-BARTHÉLEMY A ROME.

(8 septembre 1572.)

Dans un volume de Miscellanea de la bibliothèque du prince de Piombino, à Rome, se trouve une curieuse plaquette du xvie siècle portant le titre suivant :

Ordine della solennissima processione fatta dal sommo Pontefice nell'Alma citta di Roma per la felicissima nova della destruttione della setta Vgonotta con la iscrittione posta sopra la porta della chiesa di S. Luigi in un panno di seta pavonazza a latere d'oro maiuscole. In Roma per GLI EREDI D'ANTONIO BLADO IMPRESSORI CAMERALI, 1572.

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1) Servante.

12) Ori appelait ainsi l'artisan qui tondait le drap (ou en coupait les poils) avec de grandes « forchics » (ciscaux).

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Voici la traduction de cet opuscule :

Avant que le Souverain Pontife ordonnat la procession générale, et aussitôt qu'il eût reçu la nouvelle de la mort de l'amiral et des autres chefs de la secte huguenote, se tint un consistoire où tous les Illustrissimes cardinaux furent présents. On y lut les lettres du nonce de Sa Sainteté en France, et aussitôt après le Souverain Pontife et les cardinaux en grand cortège se rendirent à l'église de Saint-Marc où fut chanté par d'excellents musiciens un superbe Te Deum laudamus! Le Souverain Pontife remit ensuite la croix à l'illustrissimre cardinal Orsini pour la légation de France. Après cela, il ordonna que le premier jour de la semaine suivante, qui fut celui de la Nativité de la glorieuse vierge Marie, toutes les confréries et les ordresecclésiastiques se réunissent à Saint-Marc, où devait se faire à midi. une très-solennelle procession.

Les compagnies et confraternités ouvrirent la marche; après venaient les religieux, puis les curés des diverses paroisses, puis les -chanoines par ordre, selon l'importance des églises collégiales de lá. noble cité de Rome. A leur suite venait la cour de Sa Sainteté enri costume conforme à la solennité du jour. Immédiatement après venait la croix d'or du Pape, précédant les révérendissimes protonotaires, les auditeurs de la Rote, les évêques et les illustrissimes cardinaux, tous vêtus à la pontificale et entourés de la garde suisse. Ils étaient suivis des ambassadeurs, qui précédaient eux-mêmes le Pape, lequel s'avançait sous un baldaquin de brocard d'une richesse extraordinaire porté par les nobles, et autour de Sa Béatitude se pressaient ses serviteurs familiers et un grand nombre de gentilshommes et seigneurs.. Il y avait dans les rues une telle foule de peuple pour voir et accompagner ladite procession, que les gardes suisses pouvaient à peine contenir le flot. Le cortége se terminait par une superbe et trèsvaleureuse compagnie de cavaliers armés à la légère.

L'église de Saint-Louis des Français était ornée par les soins du cardinal de Ferrare de tentures de soie et or dont la magnificence correspondait à la pompe du jour. Aussitôt que le Saint-Père fut arrivé à la porte de ladite église, l'illustrissime cardinal de Lorraine lui donna la croix à baiser avec les cérémonies usitées, et le reçut, ainsi que l'ambassadeur de France, avec tous les signes de la plus vive allégresse. Enfin Notre Seigneur et les illustrissimes cardinaux et évêques étant parvenus chacun à leur place, l'illustrissime cardinal Janses,

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Français de nation, chanta la messe d'action de grâces pour le trésgrand bienfait que l'on avait reçu de Dieu, à laquelle répondirent, avec une musique suave et très-douce, les chants de la chapelle de notre Saint-Père, ce qui donna lieu aux assistants et à toute la population romaine de connaître combien cette cité est affectionnée aux intérêts de la religion et du royaume de France.

A la porte de l'église, sur un drap de velours écarlate où étaient représentées les armoiries de France, on remarquait une très-élégante inscription en lettres d'or, que nous reproduisons ci-dessous, pour le plaisir du lecteur.

D. 0. M.
Beatissimo Patri Gregorio XIII Pont. Max.
Sacro illustriss. Cardinalium Collegio

$. P. Q. R. Carolus IX Christianiss. Francorum Rex, zelo zelatus pro Domino Deo exercituum repente velut Angelo percussore divinitus immisso, sublatis una occidione prope universis sui Regni hæreticis perduellibusq. tanti beneficii immemor nunquam futurus, consiliorum ad eam rem datorum, auxiliorum missorum, duodecennalium precum, supplichationum, votorum, lachrymarum, suspiriorumque ad Deum Opt. Max. Suorum et Christianorum omnium plane stupendos effectus, omnino incredibiles exitus, modis omnibus redundantem divino munere satietatem ipse nunc solidissimorum gaudiorum affluentissimus gratulatur.

Tantam faelicitatem quod Beatiss. Patris Gregorii XIII Pontificatus initio, non multo post ejus admirabilem et divinam electionem evenerit, una cum orientalis expeditionis constantissima et promptissima continuatione, ecclesiasticarum rerum instaurationem, marcescentis Religionis vigorem et florem certo portendere auguratur.

Pro isto tanto beneficio conjunctis hodie vobiscum ardentissimis votis, absens corpore, praesens animo, hic in aede Sancti Ludovici avi sui, Deo Opt. Max. gratias agit quam maximas, utque spes hujusmodi ne fallat ejus bonitatem supplex deprecatur.

Carolus tit. S. Apoll. S. R. E. Presbyter Card. De Lotharingia hic omnibus significatum ac testificatum esse voluit.

A. D. M. D. LXXII. VI. Id. Sept (1). (1) Le texte de cette inscription, tel qu'il est parvenu jusqu'à nous, ne semble pas irréprochable, et ne peut être traduit que librement. (Réd.)

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TRADUCTION

Charles, roi très-chrétien des Français, animé d'un saint zèle par le Dieu des armées, et comme assisté d'un ange exterminateur descendu du ciel, a fait par un seul massacre disparaître tous les hérétiques et rebelles de son royaume. Pour perpétuer à jamais la mémoire de cet heureux événement, dù surtout aux conseils donnés, aux secours reçus, aux prières assidues, aux supplications, aux voeux, aux larmes et aux soupirs des fidèles, il rend grâces au Dieu très-bon et très-grand qui en a fait sortir de merveilleux effets, et dans l'effusion d'une joie sans bornes, il exprime sa gratitude pour la divine assistance qui lui a été si largement accordée.

Il se plaît à relever l'heureux accord entre l'avénement de Sa Béatitude, le S. P. Grégoire XIII, appelé au pontificat par une admirable élection, et l'énergique reprise de la croisade orientale, gage de la restauration de l'Église et de la Religion, qui, longtemps languissante, va recouvrer jeunesse et vigueur.

Pour tant de bienfaits, le roi Charles, absent de corps, présent en esprit, dans cette église de Saint-Louis, son aïeul, s'associe aux voeux les plus ardents de cette assemblée, et supplie le Dieu tout bon et tout-puissant d'achever l'ouvre commencée.

Charles, prêtre de l'Église romaine, au titre de Sainte Apolline, et cardinal de Lorraine, a voulu rendre ici ce témoignage, visible å tous les yeux, de la piété du monarque.

L'an du Seigneur 1572, le 6 des ides de septembre.

Après la messe et les prières dites par le pape : Pater noster, etc., vient un Oremus final, dont voici la traduction :

Dieu tout-puissant, qui résistes aux superbes et fais grâce aux humbles, nous t'offrons le tribut de nos louanges les plus ferventes pour ce qu'ayant égard à la foi de tes serviteurs, tu leur as accordé un triomphe éclatant sur les perfides adversaires du peuple catholique (gloriosam de perfidis gentibus populo catholico victoriam tribuisti), et nous te supplions humblement de poursuivre dans ta miséricorde ce que tu as commencé dans ta fidélité, pour la gloire de ton nom qui est invoqué au milieu de nous. Au nom de Christ exauce-nous!

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