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envoie moien pour ce faire puisque lon men rend si bon tesmoignage. Je pry Dieu, monsieur Saules, vous avoir en sa garde. De Melun, ce XXII° de juing 1558.

» Vostre bien bon amy,

» ANDELOT. )

Cette lettre s'ajoute au précieux dossier de la correspondance relative au procès de d’Andelot, qu'on peut lire dans le Bulletin (t. III, p. 238 et suivantes). On y remarquera, p. 243, une très belle letire de d'Andelot au roi (mai 1558), qui manque au volume de MM. Reuss et Cunitz. On s'étonne d'une telle omission dans un recueil aussi riche et aussi remarquablement complet que celui des savants éditeurs strasbourgeois. J'aurai l'occasion d'y revenir pour en dénombrer les richesses, en signaler les mérites, et sur quelques points exprimer d'humbles réserves.

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Nous avons déjà signalé (Bull., XXII, 389, et XXIV, 3) cet important recueil qui assure un organe au protestantisme italien, et coincide avec la renaissance des études qui se rapportent à l'histoire de la Réforme dans la péninsule. Le temps n'est plus où ces nobles études étaient sévèrement proscrites, et où les bibliothèques, les archives, soumises aux règlements les plus vexatoires, dérobaient à tout regard investigateur, ou simplement curieux, les trésors confiés à leur garde. L'étranger qui explore les belles collections de Venise, de Modène ou de Naples, n'a plus à produire une autorisation ecclésiastique pour lire tel opuscule prohibé, tel document mis sous les scellés par une police ombrageuse (1). La glorieuse révolution accomplie sous les auspices de Gioberti et de Cavour, a mis à néant toutes les prohibitions, ouvert toutes les portes (celles du Vatican exceptées !) et rendant la patrie aux Italiens, leur a inspiré le légitime désir d'en connaître l'histoire.

C'est un spectacle des plus réjouissants que le zèle et l'émulation déployés dans cette étude. Il n'est pas de province qui n'ait son Archivio storico, pareil à celui que fondait, il y a plus de trente ans, au milieu de difficultés inouïes, un honorable Genevois, M. Vieusseux, établi à Florence. Turin, Milan, Parme, Modène, Bologne, Venise, Rome, Naples, Gènes, ont vu se former à l'envi des sociétés consacrées à la recherche et à la publication des documents patio

(1) Je me souviens du jour où Monsignor Russo, Cuslode de la Bibliothèque de Naples, me demanda si j'avais l'autorisation de mon consesscur pour lire le célèbré dialogue d'Alphonse Valdez sur la prise de Rome par le Connétable de Bourbon, dont la communication me fut impitoyablement refusée. Ce trait peint une époque, un régime : il y a encore des gens pour le regretter !

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naux si longtemps négligés. C'est la Société d'histoire de Turin qui a mis au jour le procès d'une des plus intéressantes victimes du SaintOffice, sous le pontificat de Pie V, Pierre Carnesecchi, dont le dossier contient les révélations les plus piquantes sur l'état religieux de l'Italie

au xvie siècle. Le professeur Berti a publié le procès de Giordano Bruno, auquel les étudiants de l'Université de Rome vont ériger un monument sur le Campo di Fior où il fut brûlé. Le professeur de Leva, de Padoue, connu par un très-savant mémoire sur les hérétiques de Cittadella, publie une histoire de Charles-Quint, dans ses rapports avec la péninsule, qui contient les plus précieux documents pour la Réforme. Il serait injuste d'oublier les études de César Cantú sur les hérétiques italiens, quoiqu'elles justifient assez peu la haute réputation que ses travaux antérieurs ont valu à l'historien milanais.

La place de la Rivista Cristiana était marquée dans ce réveil des études historiques inséparable de l'émancipation politique et civile de l'Italie. Sous l'intelligente direction de M. Emilio Comba, professeur à l'école vaudoise de théologie à Florence, elle s'est mise résolûment à l'oeuvre, en demandant au passé des enseignements pour le présent. Pendant que le comte Guicciardini, descendant de l'illustre historien, dotait la ville des Médicis d'une admirable bibliothèque où sont réunies les oeuvres des réformateurs italiens, Savonarole, Valdez, Ochino, Pierre Martyr, Curione, Vergerio, etc. (1), les rédacteurs de la Rivista s'attachaient à faire revivre de belles figures qui n'ont été jusqu'ici étudiées que par des écrivains étrangers. Ils exploraient les archives secrètes de Venise, et en tiraient ces précieuses listes d'hérétiques italiens, qui, combinées avec le Compendium inquisitorum, retrouvé au British Muséum, permettent de suivre la trace de la Réforme de ville en ville. M. Emilio Comba s'est particulièrement distingué dans cet ordre d'explorations. On lui doit des notices fort intéressantes sur Alberigo Gentili, Baldo Lupetino, le grand martyr vénitien, ainsi que la réimpression d'un traité fort rare : Il Sommario della sacra scrittura qui rivalisa de popularité avec le Beneficio di Cristo crucifisso dont l'origine a donné lieu å tant de controverses qui ne semblent pas encore épuisées (2).

On s'est demandé tout de nouveau avec des éléments d'information dont il serait puéril de ne pas tenir compte, quel est l'auteur de ce merveilleux écrit généralement attribué à Paleario, qui semble en avoir revendiqué la responsabilité dans le mémorable discours prononcé pour sa défense en 1542. De graves témoignages empruntés à Vergerio, mais surtout à un interrogatoire de Carnesecchi, devant le Saint-Office, altribuent ce livre à un moine de Sicile, dont l'æuvre aurait été revue par le poëte Flaminio, ami de Valdez et de Vittoria Colonna. Mais alors, à quel écrit mystérieux ou perdu de ce temps faut-il appliquer les indications si précises du discours de Sienne,

(1) Bulletin, t. XVII, p. 399.

(2) Mentionnons encore un très-précieux document, la relalion originale du synode d’Angrogne en 1532, d'après un manuscrit de Dublin (Rivista, no de juillet 1876). Nos lecteurs ont pu apprécier les recherches de M. Pons sur Antonio Brucioli, le traductour de la Bible en italien.

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visant un traité composé à la même époque, sur le même sujet, et en langue toscane? M. de Leva à cru trouver la solution de cette difficulté dans un codex malheureusement disparu des archives de SaintPierre-aux-Liens, et contenant la mention d'un traité composé sur le même sujet, avec un titre différent, par Paleario. La question a été fort bien traitée par le docteur Karl Benrath, professeur à l'Université de Bonn, á qui l'on doit une excellente biographie d'Ochino.

L'auteur du présent article, mis plus ou moins directement en cause, a écrit à la Rivista une lettre où il formule ses doutes, et dont voici les conclusions : « Pour que la conjecture de M. de Leva devint une certitude, il faudrait que le mystérieux écrit désigné dans le codex de Saint-Pierre-aux-Liens (rarissima avis !) fût produit au grand jour, et que, de plus, il correspondît aussi bien que le Beneficio aux indications fournies dans la harangue de Sienne. Tant que cette double condition n'est pas remplie, la réserve semble commandée aux écrivains qui, placés entre les on dit si divers du XVI° siècle et les conjectures d'une époque ultérieure, croient avoir adopté la thèse la plus plausible, et ne veulent pas lâcher la proie pour l'ombre. »

On peut lire dans la Rivista Cristiana de janvier et mars 1876, l'exposé de cette controverse bibliographique, et les arguments nouveaux apportés par M. de Leva à l'appui de la thèse soutenue par M. Benrath. Je n'en méconnais pas la gravité, tout en attendant une lumière plus complète et plus décisive sur la question en litige. Mais ce n'est là qu'un chapitre de la Rivista, qui fournit sur le mouvement des esprits dans l'Italie contemporaine, comme sur les choses d'autrefois, les renseignements les plus précis et les plus dignes d'attention. On ne peut que recommander vivement ce recueil à ceux qui s'intéressent aux progrès de l'Évangile et à la réconciliation si nécessaire de la religion et de la liberté dans la péninsule.

J. B.

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P.S. -- La fête de la Réformation a été célébrée, le dimanche 5 novembre, dans les divers temples réformés de Paris, avec toute l'édification que les souvenirs de l'histoire peuvent ajouter à la méditation des textes sacrés. Les lignes suivantes de M. le pasteur Berthe nous transportent dans une église de province : « Nous avons célébré hier la fête de la Réformation avec entrain et joie. Malgré les préoccupations électorales, l'auditoire était assez nombreux. Sur la demande de plusieurs membres, le service religieux s'est terminé par la célébration de la Sainte-Cène. Le discours avait pour objet la Réforme en Champagne, dans les environs de Troyes, et particulièrement à Troyes. La collecte faite à l'issue du service vous sera remise inces

samment. »

PARIS

IMPRIMERIE DE . MARTINET, RUE MIGNON, 2

Le Gérant : FISCHBACHER.

SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE

DU

PROTESTANTISME FRANÇAIS

ÉTUDES HISTORIQUES

FUITE D'UNE FAMILLE HUGUENOTE

VICTIME DE LA RÉVOCATION.

Les pages suivantes sont extraites de l'autobiographie d'un réfugié français, plus connu en Angleterre et en Amérique qu'en France.

Singulière destinée que celle des mémoires rédigés en 1722, à Dublin, par Jacques Fontaine, digne descendant d'une famille protestante du Maine, retirée à la Rochelle lors des troubles qui suivirent le massacre de Vassy. Comme l'a si bien dit Samuel Smiles, la destinée de Jacques Fontaine est un exemple entre mille de ce que des hommes riches, nobles, instruits, avaient à souffrir, quand plutôt que d'abjurer leur foi, ils renonçaient ä tout et partaient pour l'exil, où ils surent se créer, en dépit de bien des obstacles, une honorable existence.

Ce fut le cas pour Jacques Fontaine. Lui-même nous a raconté les vicissitudes de sa famille et les siennes propres dans les mémoires qui commencent ainsi : moi, Jacques Fontaine, j'ai commencé d'écrire cette histoire pour l'usage de mes enfants, le 26 mars 1722, à l'âge de soixante quatre ans. Quel ne devait pas être, dans la langue maternelle, l'intérêt de ces mémoires pleins de scènes touchantes et de dramatiques épisodes ! Nous ne pouvons en juger, puisque, par une sorte de fatalité, l'original écrit en double, et transmis par l'auteur à ses enfants établis en Amérique, n'a jamais été publié en français. L'ouvre de Jacques Fontaine n'a vu le jour que traduite en anglais par une de ses descendantes, Mme Anne

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XXVI.

Maury. La première édition a paru à New-York en 1853 avec de nombreuses pièces justificatives; une seconde a été publiée par les soins de la Religious Tract Society de Londres. C'est donc en passant par une double traduction que les mémoires du pieux et fidèle huguenot nous sont aujourd'hui restitués en français par M. le pasteur E. Castel. Qu'il reçoive nos remerciements pour ce travail accompli avec un soin tout filial, avec les scrupules d'un érudit qui ne se substitue qu'à regret au narrateur primitif.

Les mémoires de Fontaine iront se placer sur la table de famille à côté de ceux de Jean Marteilhe, l'admirable forçat. Ils ajouteront une page à cette littérature du Refuge qu'on ne peut lire sans admirer les pères et sans faire un mélancolique retour sur ceux qui se réclament aujourd'hui de leur nom (1).

J. B.

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C'est au mois d'octobre 1685 que l'édit de Nantes fut expressément révoqué par le grand persécuteur des Églises réformées, le roi Louis XIV. A partir de ce jour, les protestants n'eurent plus de choix; le seul parti à prendre pour eux, c'était de s'enfuir.

Je me rendis å Marennes pour y faire mes préparatifs de départ, dans les meilleures conditions possibles, et je fus assez heureux pour y rencontrer un capitaine de vaisseau anglais avec lequel je pus conclure un marché. Il s'engageait à me porter en Anglelerre, et quatre ou cinq autres personnes avec moi, au taux de dix pistoles par personne (2); et il fut convenu que nous nous réunirions à La Tremblade pour procéder à l'embarcation. Je m'empressai après cela d'aller chercher votre chère mère, Anne-Élisabeth Boursiquot, sa soeur Élisabeth, et ma nièce Jeannette Forestier, qui était ma filleule, et à la sécurité de laquelle je me sentais l'obligation de pourvoir.

Je communiquai mon projet à quelques personnes, dans la pensée qu'elles seraient tout heureuses de pouvoir se joindre à nous pour quitter le pays. Mais leurs craintes l'emportèrent sur leurs espérances, et elles n'osèrent s’exposer à tous les

(1) Rappelons que si le nom de Jacques Fontaine paraît pour la première fois dans le Bulletin, il a eu les honneurs d'un article de Mérimée dans la Revue des Deux-Mondes de 1853, et n'a point été omis par Haag qui lui a consacré une excellente notice dans la France protestanle. Elle nous dispense d'entrer dans plus de détails.

(2) La pistole valait environ 10 francs.

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