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leurs ennemis propre pour exécuter plus aisément la conjuration.

Quelle apparence y a-t-il en tout cela, de penser que ce fussent personnes ayant la volonté de mal faire, car estant en ceste réputation d’estre les plus habiles et avisés de tous les royaumes, s'ils eussent eu le dessein d'attenter à la personne des plus grands, eussent-ils choiši ce lieu et le temps auquel ils scavoyent leurs ennemis estre environnés de toutes leurs forces? Estoit-ce le moyen d'exécuter une entreprise si difficile, que d'être sans armes, de s'escarter ainsi par toute la ville, de vouloir despendre mesme en tous leurs pas de la volonté des ennemis ? Est-il à présumer que personnes ayant une mauvaise volonté aillent et viennent, sans aucun signe d'avoir deffiance du parti contraire ? S'ils vouloyent reprendre les armes et envahir l'estat, quelle raison y avoit-il de rendre les villes, qui leur eussent été un si grandavantage? Pourquoy ont-ils déjà envoyé partie de qu'ils eussent peu avoir de forces en la guerre de Flandre, et encores poursuyvent le congé d'y envoyer le reste? Et d'avantage où estoit le mécontentement qui les eust esmeus de reprendre les armes, quand en leur simplicité ils se pensoyent parvenus à toutes les faveurs qu'ils eussent jamais osé espérer? Voilà quant aux conjectures : quant aux témoignages plus certains en pourroit-on produire un seul qui les charge de ce crime?

Où en est le rapport d'un seul témoin fidèle? où les dépositions d'aucun de ceux qui ont esté mis à la torture? Qu'en ont-ils jusques ici publié en leurs édicts ? ou fait entendre par leurs ambassadeurs aux nations voisines? si ce n'est que ils veuillent esblouir les yeux de ceux, qui ne sont déjà que trop passionnez, de dire qu'on en a trouvé quelques mémoires en la ville de Lion. Mais quels sont ces mémoires venus de si loin ? Et si ce sont mémoires surprins depuis qu'on a mis au pillage les maisons des suiets du Roy : en quelle vertu ce qui n'estoit point encore cogneu pouvait-il estre cause d'une execution si cruelle? Que s'il y avoit des témoignages, qui empeschoit d'y procéder par voye de justice? n'estoit-il point en leur puissance de les mettre aussi tost prisonniers pour leur faire leur procez que de les massacrer dedans leurs couches?

Ils respondent qu'en un crime de leze maiesté il étoit permis de faire ce qu'il plairoit au Roy : voire à un barbare moscovite ou à un insensé Christierne, ou plustot à ces monstres de Nérons et autres qui ont été en l'empire de Rome, mais à un Roy françois, à celuy qui porte le nom de très-chrestien, qui se dict successeur de tous ceux desquels le gouvernement a esté si humain et modéré qu'ils n'eussent jamais voulu tacher la beauté du lis en leurs armes, du sang de leurs poures sujets : ce n'estait pas une voye convenable.

Ils pouvoyent bien penser, que c'estoit pour mettre ceux de ce parti en perpétuelle deffiance et desespoir d'avoir jamais la paix; que les nations voisines auroyent soudain de merveilleuses impressions de la desloyauté et perfidie des François : à quoy il y avoit moyen de donner ordre, si on eust vérifié par voyes de justice la conspiration.

Mais le droit défaillant en ceste cause, il ne restoit que d'y procéder par

une surprise et violence, la plus inhumaine qui fut jamais. Et voici deux choses que Dieu a voulu advenir par sa providence pour la perpétuelle justification du fait envers tous les vivants et toute la postérité qui suyura cy après : premièrement que les premières despeches qui se firent par lettres patentes enuoyées aux provinces portoyent que ce qui était aduenu estoit par les querelles particulières de ceux de Guyse, sans que le roi en eust rien sceu ou donné consentement : secondement que les premiers édits portoyent que la conspiration s'adressoit aussi à la personne du Roy de Navarre.

Quant au premier, il se rapportera ainsi par une infinité de tesmoins, de toutes les villes qui ont ouy et veu par placards ceste déclaration du Roy. Or en eut-on ainsi escrit, s'il y avoit cause de dire que le massacre se faisoit par advis de punir une conspiration toute certaine.

Quant au second poinct, n'est-ce pas un argument clair et hors de toute réplique, d'une fausseté certaine de tout le reste de la conspiration ? car à qui viendra-t-il jamais en pensée (et fut-ce en songeant) que l'admiral et les autres eussent conspiré de tuer le Roy de Nauarre ? Ils estoyent tous lå venus pour faire honneur à ses nopces, la plupart luy ayant fait compagnie depuis les dernières parties de la Guyenne, avec grans frais, et aucuns au détriment de leurs familles.

C'était celui qu'ils estimoyent le seul appuy de leur cause, et le moyen de fortifier leur parti contre ses ennemis. Or est-il vray-semblable qu'ils eussent ainsi conspiré contre l'objet de leur espérance, et voulu tuer en sa personne tout leur support comme tournans leurs entreprises contre eux-mesmes et à leur certaine ruine ? Où estoit la cause d'une si folle entreprise ? Que pouvoyent-ils espérer de l'exécution ? Mais il a fallu que Dieu (en attendant qu'il en face ses jugements plus à loisir) ait mis devant les yeux de tout le monde, par choses si tresnotoires, ces témoignages de calomnies. Que si de l'autre part nous voulons examiner tous les déportemens des ennemis, et devant et après, et durant l'acte, à qui restera-il plus aucune doute, que la conspiration estoit de leur part, non pas de venger aucun crime de leze maiesté, mais d'accabler par ces massacres la cause de l'Euangile contre les promesses de la foy, qui avait esté donnée? Car que pouvoit-on espérer d'une haine si obstinée et enragée de toute réformation ? Combien de fois auparavant avoit-on apperçeu que c'estoit leur dessein de depescher les chefs de ce parti les premiers par trahysons, pour opprimer le reste? A quoy depuis douze ans tendoyent tous ces voyages et parlemens de Bayonne et d'ailleurs avec les anciens ennemis de la couronne et chefs de la ligue jurée contre la doctrine de Nostre Seigneur Jésus-Christ? Que nous pouvoyent promettre les assasinats qui se faisoyent çà et là, avec toute la licence et aueu, que de voir finalement esclater ces damnables inimitiez en un général massacre. Depuis la paix dernière, que nous signifioyent ces garnisons par tout le Dauphiné et autres lieux ? A quelle occasion tenoit-on une armée en la Guyenne, par mer et par terre? Pourquoy donnoit-on le mot à Strossi de se saisir de la Rochelle ? A quelle sin oyoit-on cà et là les menaces de lascher la bride aux communes ? Qui ne sçait qu'on faisoit venir gens en armes à Paris de toutes parts ? Que vouloit dire qu'on avoit déjà fait la despeche pour lever des Suysses? Où tendoit ce conseil d'envoyer les Huguenots en Flandre et les envelopper là dedans les embusches des Espagnols ? D'où venoit qu'on se montroit si soudain, et contre toute espérance, tant gracieux, faciles et favorables à ceux de ce parti? Et sur le point de l'exécution, qui estoit cause qu'on dilayoit ainsi le mariage, si ce n'estoit que les moyens n'estoyent point encore présens? Pourquoi tiroit-on l'admiral et les autres des faux-bourgs, pour les loger et enfermer dedans la ville ? Et si l'entreprise ne s'adressoit point à la religion, pourquoy durant le massacre ne se contentoit-on de tuer ceux qu'on prétendoit avoir conspiré, sans donner la licence de plusieurs jours de massacrer et ietter en l'eau les vieilles gens, les femmes, les enfans, voire quelquefois entre les bras de leurs mères ? Pourquoy enuoyoit-on secrets mandemens par toutes les villes de faire le semblable, et forçoit-on par nouelles

jussions ceux que l'humanité retenoit, d'estre exécuteurs de cruautez si brutales ? Pourquoy dès le lendemain mit-on hors les bourreaux pour aller courir le pays et esmouuoir les comunes de piller et saccager tous ceux qui auroyent fait profession de l'Euangile? S'il y avoit conspiration qu'en pouuoyent mais tant de poures personnes innocentes ? Et si les massacres ne se faisoyent point par comandement, pourquoi n'estoyent-ils point réprimez? A quelle occasion louoit-on par lettres les gentils-hommes du pays, qui s'estoyent plus furieusement employez en ces incursions barbares? Que veut dire ceste subite défense de tout exercice de religion, contre l'autorité des estats et la foy promise tant solennellement? A quoy tend encore aujourd'hui ceste tyrannie, de contraindre par tant de menaces et violences, de désavouer la vraye religion et consentir aux impiétez?

Quand donc on se représentera toutes ces choses, on ne fera aucun doute que la trahyson ne fut du costé des ennemis et le dessein d'estaindre le ministère de l'Évangile et opprimer l'Église de Dieu.

Ces nobles pages sont détachées d'un livre d'une extrême rareté et prennent par ce fait toute la valeur d'un document inédit.

Voici du reste le titre et la description de ce précieux ouvrage :

INSTRUCTION DU DEVOIR DE PERSÉVÉRANCE EN LA PERSÉCUTION

A CEUX QUI SONT TOMBEZ.

Pour response aux scandales qu'on se propose : et confirmation qu'il n'est point permis de dissimuler la profession de l'Évangile et communiquer aux superstitions de la Papauté.

Matth. II, 16.

Bien-heureux est celuy qui ne se sera point scandalizé en moy.

Matili. XXIV, 13.

Qui persévérera jusques à la fin sera sauué.

1573.

Le livre ne porte pas de nom d'auteur ni d'indication du lieu où il fut imprimé; cependant je crois pouvoir dire que son imprimeur fut Guillaume Williamson, de Londres. A ce précieux livre qui contient 215 pages se trouve jointe La Confession de Regnoissance de Hugues Sureau dit du

LES PRÉLUDES DE LA RÉVOCATION DANS LE HAUT LANGUEDOC.

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Roisir, non pas l'édition donnée à Bâle mais celle de Londres faite d'après la copie de J. Mayer de Heydelberg. Année 1573. L'examen attentif des types employés pour l'impression ne permet pas de douter que les deux ouvrages ne soient sortis de la même imprimerie. Composés tous deux avec des caractères italiques de la première page à la dernière, ils présentent le même aspect et toutes les lettres majuscules sont identiques. C'est ainsi que l'imprimeur fait usage de deux sortes de N majuscules, et dans les deux ouvrages cet usage reste le même.

S'il est possible de déterminer ainsi le lieu d'origine, on ne peut malheureusement se prononcer avec autant d'assurance sur le nom de l'auteur de ces pages si remarquables. A vrai dire il serait permis de penser qu'on se trouve en présence d'une oeuvre à laquelle plusieurs ont participé, si du moins on en juge par ces quelques lignes qui servent en quelque manière de préface : « Les fidèles qui persévèrent en la profession de l'Évangile à leurs frères qui sont tombez par infirmité, grace, miséricorde et paix de par Dieu nostre Père et de par Nostre Seigneur Jésus-Christ. Du reste, en étudiant avec soin ce livre, il est aisé de voir que celui qui tenait la plume et écrivait les pages que nous avons reproduites n'est pas le même que celui qui a multiplié les paroles d'exhortation et de relèvement.

Il est donc admissible que ce livre est une œuvre commune, et que nous avons entre les mains l'admirable protestation des réfugiés anglais contre le plus odieux des crimes.

FRANK PUAUX.

LES

PRÉLUDES DE LA RÉVOCATION DANS LE HAUT LANGUEDOC

Ganges.

Le jugement manque au dossier.

Nages et Solorgues.

Jugement du 28 août 1685, condamnant les habitants de la R. P. R. aux frais et dépens, ordonnant la démolition du temple et l'interdicion de la R. P. R., pour avoir souffert dans le temple des catholiques et des nouveaux convertis.

Le ministre n'est pas nommé.

(1) Voir le dernier no du Bulletin, p. 497.

XXVI.

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