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contenant lesdites parties que celles de ladite Michielle de Caignoncle, escript de sa main (1) 40L. Vs. VIP. T.

(8o A Mathieu Sohier, pour plusieurs parties qu'il a délivré pour les affaires de ladite Michielle pour matière de procès que aultrement, elle estant prisonnière, apparant par ung billet escript de la main de la femme dudit Mathieu Sohier, lequel affirme avoir desboursé les dites parties montans à 93L. Vs. VID. T.

Voilà donc l'actif et le passif de la succession de l'infortunée Michelle. J'avoue que je n'aurais jamais supposé, il y a quelques mois, que l'on pût parvenir à une telle précision; mais les recherches historiques ont d'heureux hasards (2).

Rien de plus instructif que ces comptes, qui sont aujourd'hui l'une des parties (et non pas la moins considérable) des substructions de l'histoire. Je vois, par exemple, dans celui que j'ai sous les yeux :

1° Que l'attribution au roi du bien confisqué n'abolissait pas le passif du condamné. Les magistrats « compteurs » payaient, comme on l'a vu ci-dessus, ces dettes, mais seulement jusqu'à concurrence de l'actif réalisé. En d'autres termes, le roi devenait l'héritier sous bénéfice d'inventaire du condamné, sur lequel pesait une sorte de mort civile. Le compte de Jehan Rollin contenait la mention de dettes payées par lui pour Jehan Coppin et Pasquier de la Barre, fugitifs. La chambre des comptes de Lille repousse ces articles et force le comptable en recette, parce que la confiscation n'avait rien produit quant à ces deux hommes.

Je n'ai jamais eu l'occasion de m'occuper de confiscations pratiquées dans la France du xvio siècle, mais on comprendra combien il serait important de fixer définitivement ce point que je signale ici en ce qui concerne les Pays-Bas.

2° Que, au xvio siècle, on n'apposait pas les scellés sur les biens des fugitifs : on barrait les portes et les fenêtres avec des tringles de fer, on apposait des cadenas : « à Jehan Semier, serrurier, pour plusieurs parties de serrureries, si comme nocquetz, crampons et chaînes

(1) Voici l'article du passif qui nous fait penser que l'article 4 de l'actif ci-dessus détaillé dépend bien de la succession de Michelle. Desplu, en versant au fisc les 220 L. T., a déduit 40 L. V S. VI D. payés par lui pour le comple de la suppliciée.

(2) L-S-Det T signifient livres, sous, deniers tournois, il y avait dans tout le Nord deux monnaies : la monnaie tournois et la monnaie d'Artois.

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XXVI.

pour fermer, embarrer les chambres et maisons des exécutés et fugitifs. »

3° Que les frais de justice étaient fort élevés dans les procès de religion. Je vais chercher à donner l'idée de ce que coûta celui de Michelle et de ses compagnes.

On a déjà vu plus haut un prélèvement de 102L. T. pour les inquisiteurs montois; il faut ajouter à cette somme :

A. - La somme de 314L. 145. T. payés à sire Pierre Leliepvre et à Jacques Lepoivre, inquisiteurs spéciaux de Valenciennes, et à Pierre Caudrelier, leur greffier.

B. — La somme de 50 L. T. payées aux 14 sergents bâtonniers de la ville.

C. - La somme de 24L. T. payées au 6 sergents de la prévôté-lecomte.

D. - Celle de 217L. gs. 60. T. payés à Jacques Carpentier, chèpier de la Burianne, pour dépenses de bouche des prisonniers.

Celle de 51L. T. payées à Jehan Lesaige, hault-officier (le bourreau), pour avoir exécuté et torturé.

F. – Celle de 12 à Hubert Desmarez, Jehan Leclercq, Daniel Dubois et autres jurés de cattel ou hommes de fief de Hainaut, pour avoir été présents à tous inventaires et vendaiges.

G. – Celle de 24L. à Sampson Villain, greffier de la prévôté-lecomte, etc.

Enfin, veut-on savoir ce que valut net au fisc le droit régalien de confiscation sur les biens des hérétiques valenciennois en vingt-deux ans (de 1540 à 1562)? La balance active du compte de Jehan Rollin s'élève à 723L. VS. T. !

En vérité, c'était bien la peine de se montrer si âpre et si dur; car Charles-Quint et son fils n'étaient pas seulement des gardiens implacables de la foi; on peut ajouter qu'ils ne négligeaient pas les profits que pouvait leur rapporter ce rôle. Je l'ai montré ailleurs (1).

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Bien que cela n'ait pas de rapport avec l'histoire de Michielle de Caignoncle, je crois devoir indiquer ici que le compte de Jehan Rollin

(1) Voir mon étude intitulée Fuit Mois de la vie d'un peuple, publiée aux frais de l'Académie royale de Belgique. (Tiré à part chez Sandoz el Fischbacher.)

attribue le nom de Gilles Wisme à l'individu dénommé Gillot Vivier par Jean Crespin. < Reçu de Nicolas Desmarez, clercq des vendues, 6 L. 138. T.

pour

les clercs deniers de la vendure des meubles de Gilles Wisme et Jacques Lefebvre, père et beau-fils, exécutés par le feu, »

CH. PAILLARD.

BIBLIOGRAPHIE

1. LE DUC LOUIS DE WURTEMBERG ET LES PROTESTANTS FRANÇAIS PENDANT

LA TROISIÈME GUERRE DE RELIGION, 1568-1570. Tubingue, 1877, in-40. II. COUP D'EIL CRITIQUE SUR LES TRAVAUX D'HISTOIRE DU PROTESTANTISME

FRANÇAIS PENDANT L'ANNÉE 1875, in-8°, 1876, par le prof. D" Théodore Schott, de Stuttgard.

« La situation des protestants de France, au commencement de l'année 1569, n'avait rien de bien favorable. Leurs propres troupes, fondues par la maladie et la désertion, n'égalaient point les forces de l’armée royale. L'expédition du prince d'Orange avait totalement échoué; avec six cents cavaliers et trois cents fantassins, faibles débris d'une armée jadis si importante, il attendait avec impatience à Strasbourg le duc Wolfgang des Deux-Ponts, dont les préparatifs ne faisaient que commencer. L'Angleterre seule prêtait un secours efficace, grâce aux communications maritimes toujours ouvertes par la Rochelle.

» Pendant que les rigueurs de l'hiver imposaient aux armées un arrêt momentané, on décida, dans le grand conseil de guerre tenu à Niort à la fin de janvier, en présence de la courageuse et énergique Jeanne, reine de Navarre, qu'une nouvelle demande de secours serait adressée aux princes protestants. Il s'agissait avant tout de réfuter les calomnies des ennemis; de prouver que les huguenots n'avaient pas pris les armes en rebelles, et que leurs affaires n'étaient pas entièrement perdues; puis, d'insister sur la nécessité de l'union générale des protestants. La marée du mouvement réformateur avait atteint depuis longtemps son point culminant. La contre-réforme avait commencé dans le sang, et l'annonce d'une ligue générale catholique, destinée à combattre partout le protestantisme, se répandait à travers le monde comme une terrible menace. Les succès d'Albe dans les Pays-Bas, les décrets du concile de Trente dont on s'efforçait d'activer l'acceptation par les pays catholiques, l'équipement par le pape d'une armée de secours pour la France, les prétentions bien connues de Pie V à la domination hiérarchique du monde, prouvaient clairement ce qu'on pouvait attendre de cette réaction catholique, et la bulle d'excommunication lancée plus tard par ce même pontife contre Élisabeth d'Angleterre n'a pas démenti cette attente. Dans le fait, la lutte, là où elle s'était engagée en Europe, était commune au protestantisme tout entier, et la demande des huguenots, telle que l'exposent leurs lettres, n'était que trop justifiée.

» M. de Vézines avait été choisi comme porteur de ces missives et ambassadeur auprès des cours d'Allemagne; il les avait déjà visitées dans la même qualité en 1562, et était bien au courant de leurs rapports. Il s'écoula cependant longtemps avant que l'envoyé et les lettres parvinssent à destination. Vézines se dirigea d'abord vers l'Angleterre, où le cardinal Odet de Châtillon, l'aîné de la maison de Châtillon, représentait auprès d'Élisabeth, avec énergie et succès, la cause de ses compatriotes. Pendant le séjour de Vézines, les huguenots essuyèrent la défaite de Jarnac et perdirent par un assassinat leur héroïque chef Louis de Condé.....

» Il s'agissait désormais d'atténuer autant que possible, auprès de l'étranger, l'impression de la défaite, de stigmatiser l'assassinat, d'obtenir des secours plus étendus. Dans ce but on remit à Vézines des lettres supplémentaires de Henri de Navarre, de Coligny, de Henri de Condé, et même une d'Odet de Châtillon. L'envoyé partit vers le milieu de juin 1569, le 20 il était à Heidelberg. Il avait reçu l'instruction (voir Kluckholm, II, 349) de négocier une alliance offensive et défensive, et le secours d'argent nécessaire à une levée de 5,000 chevaux. En même temps Élisabeth, reprenant par Killigrew et Mundt d'anciennes négociations, faisait d'énergiques démarches auprès des électeurs de Brandebourg, de Saxe et du Palatinat afin d'effectuer avec eux une alliance pour la protection de la foi....

Ces efforts demeurèrent infructueux. La minorité du jeune duc Louis, qui avait succédé, le 28 décembre de l'année précédente, à son père, l'actif duc Christophe, et le manque de ressources disponibles, furent les motifs allégués pour le refus du Wurtemberg. A la réunion d'Erfurt, 8-9 septembre, les autres princes allemands, malgré le zèle du palatin Frédéric, repoussèrent à la fois l'alliance avec l'Angleterre et l'octroi de secours aux protestants français.

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Les lettres adressées au duc Louis, à la suite de l'assemblée de Niort et après la bataille de Jarnac, ont été conservées dans les archives de Stuttgard où les a relevées notre savant ami M. le Dr Schott; les accompagnant d'une intéressante préface à laquelle nous avons emprunté les lignes ci-dessus, il en a fait l'objet d'une publication destinée à célébrer le 4o jubilé centenaire de l'université de Tubingue. Les lettres reproduites sont au nombre de douze :

1 Jeanne de Navarre, 2 Henri de Navarre, 3 Coligny, 4 Andelot, toutes au duc Louis et datées du 31 janvier 1569; 5 Louis de Condé, au duc Louis, 1er février 1569; 6 Henri de Condé, 7 Coligny, 8 Odet de Châtillon, toutes au duc Louis et datées du 13 avril 1569; 9 projet de réponse déclinatoire du duc Louis à M. de Vézines, 27 juillet 1569; 10 Coligny au duc Louis, 10 sept. 1570, et 11 Henri de Na. varre et Henri de Condé au même, 13 sept. 1570, sur le retard dans le remboursement des sommes fournies à d'Andelot, pendant les premiers troubles, par le duc de Wurtemberg, comte palatin, landgrave de Hesse, et margrave de Bade. Le n° 6 est à tous les points de vue le plus intéressant de ces documents. Nous y reviendrons.

M. le De Schott ne s'est pas contenté d'ajouter ainsi à notre histoire quelques documents élucidés avec le plus grand soin. L'an dernier il donnait à la Revue pour l'Histoire ecclésiastique (Zeitschrift für Kirchengeschichte, III) un coup d'oeil critique sur les travaux d'histoire du Protestantisme français pendant 1875. Nous insisterions davantage sur le mérite de cette étude judicieuse et approfondie, s'il n'y était pas aussi fréquemment question du Bulletin. La description détaillée des diverses branches d'activité de notre Société, sans oublier la nouvelle édition de la France protestante, forme l'introduction de cette substantielle notice, dans chaque subdivision de laquelle nous retrouvons mentionnés les articles ou les documents les plus importants récemment parus dans nos pages.

Le premier chapitre, des commencements de la Réforme jusqu'à l'Édit de Nantes, rappelle d'abord les volumes XIII et XIV de la belle publication de MM. Baum, Cunitz et Reuss, les Opera Calvini, le tome VI de la Réformation du temps de Calvin de M. Merle d'Aubigné, le tome III de l'Histoire du peuple de Genève de M. Roget; il fait ressortir la valeur des études de M. Gaufres sur les colléges protestants, et cite le Mathurin Cordier de M. Berthault, le La Noue

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