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loi électorale; il vota ensuite pour le renvoi au gouvernement de la dénonciation de M. Madier-Montjau, et fut l'un des plus ardents approbateurs de la motion de Manuel pour une adresse au roi, tendante à le supplier de changer ses ministres. Le 7 juin, au milieu des troubles qui signalaient la discussion de la nouvelle loi des élections, il parut à la tribune pour attester les excès des dragons, dont il avait failli devenir la victime.

«

Dans les sessions suivantes, le général Demarçay soutint dignement le noble caractère qu'il avait déployé en 1820, et montra toujours une grande franchise et une grande inflexibilité dans la défense des intérêts publics. En 1823, lorsque, sur la proposition de Labourdonnaie, la chambre renouvela contre Manuel l'excès de pouvoir commis, au 6 décembre 1819, contre Grégoire, le général Demarçay, plus irrité que jamais contre la faction contrerévolutionnaire qui triomphait alors, s'élança à la tribune, et s'écria : « Je « déclare à mes commettants que je ne puis plus les défendre au sein d'une « assemblée où dominent les éternels << ennemis de la France..... » Violemment interrompu à ces mots, il continua sa déclaration au milieu du tumulte, et ne sortit qu'après avoir terminé sa véhémente apostrophe contre le parti qui abusait de sa puissance. Cette chambre ayant été dissoute quelque temps après, le général Demarçay ne fut point réélu en 1824; mais en 1828, il reparut à la chambre, et y reprit son ancienne place parmi les défenseurs des libertés publiques. En 1830, il dut sa nomination aux électeurs du 2o collége de la Seine. Il fut du nombre des hommes qui crurent que la France n'avait pas gagné à la révolution de juillet tout ce qu'elle avait le droit d'attendre de ce grand événement. Il continua son opposition, et fut, jusqu'à sa mort, arrivée en 1839, l'un des plus intrépides défenseurs de la cause démocratique.

DEMAUGRENIRR (Louis-Dominique), né à Beauvais, était, en 1785, officier dans la légion de Luckner. Il

quitta ce corps pour entrer comme simple soldat dans le 19 régiment de chasseurs à cheval; parvenu au grade de maréchal des logis, il se signala surtout en 1793, à l'affaire de SaintMartin, où il fut mis hors de combat par une grave blessure, et resta au pouvoir de l'ennemi. De retour à son corps, il fut envoyé à l'armée du cheval, il surprit de nuit un poste conRhin; là, avec quinze chasseurs à sidérable, emporta de vive force la position du Pain-de-Sucre-Montagne, fit mettre bas les armes à ceux qui la défendaient, et leur enleva trois pièces de canon. Peu de jours après, il s'emd'une redoute que l'ennemi regardait para, avec vingt hommes de cavalerie, comme imprenable. Au combat qui eut lieu entre Cunbreshof et Mielsheim, il chargea audacieusement à la tête de quatre chasseurs, et parvint à dégager le général Hatry, qui se trouvait enveloppé par un bataillon ennemi ; le général avait déjà reçu cinq blessures et quoiqu'il fût couvert de sang, fi recommença avec son libérateur une nouvelle charge dans laquelle ces braves firent soixante-quinze prisonniers. Demaugrenier passa ensuite à l'armée de Sambre-et-Meuse, et s'empara, avec quinze chasseurs, dans le Gueldreland, de la place de Grol, défendue par 150 chevau-légers.

DÉMÉRARY (prise de). Le comte de Kersaint fut chargé, en 1782, de reprendre le fort de Démérary, dans la petite division de frégates, portant un Guyane, occupé par les Anglais. Une détachement de deux cent cinquante hommes, débarque sur la côte de l'est, sous le commandement du chevalier d'Alais, pour attaquer le fort, tandis que les frégates s'emparaient de l'entrée de la rivière. Les troupes de terre s'égarent, et la flottille, arrivée avant elles devant le fort, continue à remonter la Démérary. Les Anglais s'enfuient à sa vue, et la place capitule le 30 jan

vier.

DEMERVILLE (Dominique), né dans le Bigorre, en 1767, avait été employé, en 1794, dans les bureaux du comité de salut public. Il devint, en 1800,

l'un des chefs de la conspiration de Ceracchi et d'Aréna (voyez ces mots). Il mourut courageusement ainsi que ses coaccusés, après avoir inutilement tenté de s'empoisonner.

sa reconnaissance par une soumission complète à ses vues. Le 2 janvier 1800, il obtint les honneurs de la présidence, et fut présenté un an après, par ses collègues, comme candidat au sénat conservateur, où il entra le 18 janvier 1802. Il mourut à Paris, le 7 février 1814, assez tôt pour échapper au reproche d'ingratitude et de défection qu'encoururent à l'envi, deux mois après, la plupart des complices de ses complaisances et de son adulation. Demeunier a publié un grand nombre d'ouvrages, et surtout de traductions. Les principales sont: l'Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, par Gibbon, traduit de l'anglais par lui, pour une partie seulement, à partir du quatrième volume; le commencement est de Louis XVI, sous le nom de Leclerc de Septchénes, et la fin de Cantwel et Mariné, revue par Boulard, 1777-1795, 18 vol. in-8°; et les OEuvres de Cicéron, traduites par Demeunier pour les quatre premiers volumes seulement, 1783 et 1789, 8 vol. in-12.

DEMEUNIER (Jean-Nicolas), né à Nozeroy, en Franche-Comté, le 15 mars 1751, vint se fixer à Paris, obtint une place de censeur royal, et lorsque la révolution éclata, il était secrétaire ordinaire du comte de Provence. Il fut nommé, en 1789, député aux états généraux par le tiers état de Paris, et prit une part active aux grandes réformes opérées par l'Assemblée constituante, dans la première série de ses travaux. Élu président, le 22 décembre 1789, il rappela à l'ordre l'abbé Maury qui traitait d'indécente la demande présentée par les comédiens français, afin d'être déclarés admissibles aux emplois publics comme les autres citoyens. Il demanda que l'émission des assignats n'excédât pas 800 millions, vota la mise en activité immédiate du jury, et fit décréter celle du tribunal de cassation. Chargé le 7 mars 1791, de présenter, au nom du comité de constitution dont il était membre, un rapport sur l'organisation du ministère, il développa, avec beaucoup de force, les motifs qui devaient engager les amis des libertés publiques à insister sur la nécessité de déclarer responsables des actes du pouvoir exécutif les agents d'un roi inviolable. A la séance du 26 août suivant, il fit un rapport, au nom des comités réunis, sur cette question: Les membres de la famille du roi seront-ils éligibles aux fonctions et emplois qui sont à la nomination du peuple? et il se prononça pour qu'on leur permît d'exercer les emplois assujettis à une marche constitutionnelle dont on ne peut s'écarter, tels que ceux de l'armée, par exemple. Il crut même que l'on pouvait les admettre aux fonctions diplomatiques, et leur interdit seulement celles de ministres. Ignoré sous la Législative et sous la Convention, Demeunier passa aux États-Unis, d'où il ne revint qu'en 1796. Bonaparte le fit entrer dans le tribunat, et Demeunier lui en témoigna

DEMI-BRIGADE. Voyez RÉGIMENT. DEMONT (prise du château de ). Après la prise glorieuse de ChâteauDauphin, le prince de Conti s'était emparé, le 11 juillet 1744, du triple retranchement des Barricades, par une manoeuvre hardie et bien combinée; la garnison se retira précipitamment dans le fort de Demont; ce château bâti, avec des frais immenses, sur le sommet d'un rocher isolé, au milieu de la vallée de la Stura, défendait l'entrée du Piémont. Pendant un mois on l'investit; enfin il fut incendié par un boulet rouge qui porta dans un magasin de mèches, et les Français y entrèrent le 17 août. Dès lors le Piémont fut mis à contribution jusqu'à ce que l'hiver forçât nos troupes à une prompte retraite, qu'elles exécutèrent après avoir fait sauter les fortifications de Demont.

DEMOUSTIERS (Charles Albert), né à Villers-Cotterets [en 1760, suivit d'abord la carrière du barreau, puis il s'adonna entièrement à la littérature. Le premier de ses ouvrages est celui qui a pour titre: Lettres à Emilie sur

la mythologie. Il parut en 1790, et eut alors un grand succès: il est encore le plus connu de tous ceux qu'il publia depuis. Dans ces Lettres, mêlées de prose et de vers, l'auteur entreprend de donner aux femmes des lecons sur la mythologie. Jamais professeur ne sut mieux adapter ses leçons à l'esprit de ses élèves; on dirait que le maître a voulu lutter d'amabilité avec ses écolières, et sauf un peu trop de recherche et de prétention, il a réussi. Cet ouvrage, qui n'est plus dans le goût littéraire de notre époque, était tout à fait dans celui du temps où il fut écrit, et caractérise assez bien la fin du 18° siècle. Desmoustiers publia, la même année, la première partie du Siége de Cythere, poëme en vers de huit syllabes, qu'il n'acheva pas. C'est une folie assez spirituelle, mais où l'esprit n'excuse pas toujours le mauvais goût. Encouragé par le succès de ces deux premières publications, l'auteur fit encore paraître la Liberté du Cloître, poëme, 1790. Demoustiers travailla aussi pour le théâtre. Une de ses comédies intitulée les Femmes est une pièce pleine d'épigrammes, de jolis mots, mais dont l'action est trop légère. C'est un tableau assez piquant dans lequel la malice s'allie souvent à la galanterie. Il fit encore représenter le Tolérant, les Trois Fils, le Divorce, le Misanthrope corrigé, comédies, Sophronime, opéra, l'Amour filial, opéra comique. Il mourut, jeune encore, en 1801. La bonté de son caractère, la douceur de son humeur, les agréments de son esprit lui attachèrent, dès sa jeunesse, un grand nombre d'amis, parmi lesquels on distingue Collin d'Harleville et Legouvé. Il traversa toute la révolution sans prendre part aux affaires publiques, et vécut toujours dans la retraite, où il cultiva en paix les lettres et l'amitié.

DENAIN, village de l'ancien Hainaut (aujourd'hui département du Nord), à deux lieues de Valenciennes.

Denain doit son origine à une ancienne abbaye de chanoinesses, fondée en 764, et sa célébrité à deux batailles, dont la dernière surtout est mémora

ble. Les premières chanoinesses de Denain furent les dix filles de saint Aldebert, comte d'Ostervaut, et de sainte Reine, sa femme. Dans la suite le chapitre se sécularisa, et fut composé d'une abbesse et de douze chanoinesses, qui devaient fournir la preuve de huit quartiers de noblesse et ne faisaient aucun vou. Elles portaient un habit blanc et un grand manteau fourré d'hermine toute blanche; l'abbesse en avait un doublé d'hermine mouchetée. Le roi devait ratifier son élection. Ces chanoinesses prenaient le titre de comtesses d'Ostervaut.

La première bataille dont Denain fut le théâtre, se livra entre Baudouin VII, comte de Hainaut, et Robert le Frison, comte de Flandre, qui y fut défait en 1079. La seconde eut lieu le 24 juillet

1712.

DENAIN (bataille de), le 24 juillet 1712.-L'Europe, fatiguée de la longue lutte qu'avait suscitée la succession d'Espagne, paraissait désirer ardemment la paix. L'opinion publique s'était partout prononcée à ce sujet, et les puissances avaient décidé qu'un congrès serait établi à Utrecht pour arriver plus promptement au résultat appelé par tous les vœux (*). La France, que cette guerre avait épuisée, était impatiente de voir l'issue des négociations; Louis XIV en pressait la solution, et déjà tout laissait espérer qu'elle ne se ferait pas attendre, lorsque tout à coup les intrigues du prince Eugène et les exigences des alliés vinrent paralyser les efforts de la diplomatie.

Ainsi, tandis que nos ministres négociaient, le prince Eugène menaçait la ville du Quesnoy, et étendait dans la Flandre française une armée de plus de cent mille hommes.

Cependant la reine Anne, qui avait d'abord envoyé dix mille Anglais aux alliés, et qui fournissait de puissants subsides aux princes d'Allemagne, s'était détachée de la coalition, avait conclu une suspension d'armes avec la France et donné l'ordre à ses troupes

(*) Les conférences furent ouvertes le 29 janvier.

d'évacuer les deux Flandres (*). Le prince Eugène, privé de ce puissant auxiliaire, avait encore vingt mille combattants de plus que l'armée française qui lui était opposée. Cette armée, chargée de couvrir Arras, Cambrai et une partie des frontières, n'avait pu empêcher l'ennemi de brûler les faubourgs de la première de ces places et d'investir Landrecies (**).

La position de l'armée française était critique; la Champagne, ravagée par de nombreux corps de partisans, souffrait beaucoup des exactions des alliés, qui s'avançaient jusqu'aux portes de Reims; Landrecies, entièrement à découvert, se trouvait gravement compromis. Le pays, que onze années d'une malheureuse avaient épuiguerre sé d'hommes, de chevaux et d'argent, était plongé dans la consternation et le découragement. Déjà les ministres avaient conseillé au vieux roi de se retirer derrière la Loire, et d'y attendre l'issue des événements. C'est alors que Louis XIV prit la noble résolution de vaincre ou de périr les armes à la main, et confia les destinées de la France au maréchal de Villars. «< Vous « voyez où nous en sommes, » lui ditil, en lui donnant le commandement de l'armée de Flandre; « il faut vaincre « ou périr, chercher l'ennemi et lui li« vrer bataille. » — «Mais, Sire,» répond le maréchal, « c'est votre der«nière armée. » «< N'importe, reprend vivement le roi, « je n'exige « pas que vous battiez l'ennemi, mais « que vous l'attaquiez. Si la bataille << est perdue, vous ne l'écrirez qu'à moi << seul; vous ordonnerez au courrier « de ne voir que Blouin (***). Je monte« rai à cheval, je passerai par Paris, « votre lettre à la main; je les con« nais : je vous amènerai deux cent «< mille hommes, et je m'ensevelirai

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« avec eux sous les débris de la mo« narchie. »

Villars quitta Versailles dans la nuit du 17 au 18 avril, et prit, le 19, le commandement de l'armée. Son premier soin fut de visiter les positions des deux camps, d'assurer ses communications et de répartir dans ses cadres les renforts qui lui arrivaient.

Avant d'aller plus loin, nous devons faire connaître quelle était la position respective des deux armées à l'ouverture de la campagne. Le maréchal de Montesquiou, qui commandait l'armée française, avait établi ses cantonnements sur la rive gauche de la Scarpe et de la Sensée, ayant ses avant-gardes dans la direction de Biache, de l'Ecluse et d'Étrun. L'armée ennemie, commandée par le comte d'Albemarle, était campée sur la rive opposée de la Scarpe, sa droite appuyant sur les fortifications de Douai, sa gauche à l'abbaye d'Anchin.

Le prince Eugène, qui avait pris le commandement des troupes alliées au commencement de mai, en fit diriger une partie vers Denain, dans le but de couvrir cette place et le camp retranché qu'il y avait établi; le reste fut disposé sur une longue ligne, depuis cette ville jusqu'à Douai. Ces forces consistaient en cent cinquante-huit bataillons ou environ quatre-vingt mille hommes, et deux cent soixantedouze escadrons ou trente-cinq mille chevaux; en tout, cent quinze mille combattants et cent vingt bouches à feu.

Villars qui, avec les renforts qu'il venait de recevoir, comptait cent trente bataillons d'infanterie, formant environ soixante-six mille hommes, deux cent cinquante escadrons (trente mille hommes); en tout, quatre-vingt-seize mille combattants et cent pièces d'artillerie, fit des dispositions pour diriger ses colonnes sur les points les plus importants, mais à des distances assez rapprochées pour qu'elles pussent, au besoin, se porter de mutuels secours.

Plusieurs mouvements eurent lieu dans les deux armées du 20 au 26 mai. Eugène passa l'Escaut entre Bouchain

et Denain, et vint prendre position le long de la Seille, sa droite appuyée à Lieu-Saint-Amand, sa gauche à Solesmes et Cateau-Cambresis. Le 7 juin il franchit la Seille et alla investir le Quesnoy. L'armée française campa sur la rive gauche de l'Escaut, sa droite appuyée sur les hauteurs de Vancelles, entre Cambrai et le Catelet, sa gauche adossée à Etrun, que l'on avait eu soin de retrancher.

Pendant que ces mouvements s'opéraient, l'ennemi s'était rendu maître du Quesnoy cette place avait capitulé le 4 juillet. Ce fut au milieu des félicitations qu'on lui prodiguait pour cette victoire, que le prince apprit qu'un armistice venait d'être conclu entre les troupes françaises et anglaises. Il forma aussitôt le projet de s'emparer de Landrecies. La possession de cette place, en frayant à son armée le chemin de la capitale, eût assuré le succès de la campagne. Une faute de stratégie fit échouer cette entreprise. Le prince Eugène avait trop étendu ses lignes; ses magasins se trouvaient à des distances éloignées de l'armée, et d'Albemarle, isolé à Denain, ne pouvait se porter assez promptement au secours du corps principal qui manoeuvrait entre l'Escaillon et la Seille. C'est à cette circonstance que la France dut son salut (*). Le maréchal de Villars ordonna le 23 juillet de fausses démonstrations d'attaque en avant des retranchements ennemis. Eugène se croyant réelle

(*) Voltaire attribue le succès de la bataille à un événement fortuit que nous ne pouvons passer sous silence. D'après lui, un curé et un conseiller de Douai, dans une promenade près des ouvrages des alliés, auraient remarqué qu'on pouvait facilement les attaquer vers Denain et Marchiennes. Le conseiller se-serait empressé d'en donner avis à l'intendant de la Flandre, et celui-ci au maréchal de Montesquiou. Saint-Simon prétend au contraire dans ses mémoires, que l'honneur de cette découverte appartient au maréchal de Montesquiou, qui reçut, ditil, ordre du roi de mettre son projet à exécution, en ménageant toutefois la susceptibilité de Villars.

ment menacé sur ce point, donna l'ordre à son aile droite, qui s'étendait vers l'Escaut jusqu'au pont de Prouvy, de se rapprocher du centre; fortifia sa gauche d'une partie de la réserve, et attendit, dans cette disposition, le mouvement d'attaque de l'armée française. Villars profita habilement de cette fausse manœuvre. Le lendemain, à 8 heures du matin, ses têtes de colonnes s'ébranlèrent et commencèrent le passage de l'Escaut. « Messieurs, » dit le maréchal aux officiers qui l'entouraient, « les ennemis « sont plus forts que nous; ils sont <«< même retranchés; mais nous som«mes Français : il y va de l'honneur <«< de la nation; il faut vaincre ou « mourir, et je vais moi-même vous << en donner l'exemple. » A ces mots il se précipite à la tête des troupes; un corps de dragons s'avance à la vue du camp ennemi comme pour l'attaquer, et se reploie aussitôt dans la direction de Guise, tandis que Villars marche sur Denain avec le reste de l'armée, divisée en cinq colonnes, à deux cents pas de distance l'une de l'autre. L'avant-garde se composait de grenadiers; l'aile droite, soutenue par les dragons, était commandée par le maréchal de Montesquiou; l'aile gauche, par le comte Albergotti; le centre, par Villars; la cavalerie formait la réserve et l'arrière-garde.

Toute l'armée s'ébranla à une heure après midi. Elle n'était plus qu'à une portée de fusil de Denain, lorsqu'à deux heures commença l'attaque des retranchements. Défendus par dixsept bataillons, sous les ordres de d'Albemarle, les assaillants éprouvèrent d'abord une forte résistance; ils eurent à essuyer un feu très-vif d'artillerie et de mousqueterie; mais l'ennemi redoubla en vain d'ardeur et de courage; bientôt les Français se précipitent à la baïonnette, comblent les fossés, arrachent les palissades, franchissent les retranchements, pénètrent, pêle-mêle, dans le camp et s'en rendent inaîtres. La carnage fut horrible, la déroute générale; tout fut pris ou tué; un pont s'abîme sous les pieds

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