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tuel écrivain (*), le diable vint habiter la terre, parla toutes les langues, prit toutes les formes, se divisant à pour à toutes les exigences des superstitions locales. Le feu eut des salamandres, l'air des sylphes, la terre des gnomes, l'eau des génies subtils; la foi chrétienne donnait à chacun ici-bas son ange gardien; auprès de l'ange et pour combattre l'ange, le diable mit un démon familier. Le double principe des manichéens se personnifie et prend place au foyer de chaque famille.

«Ne le maudissons pas toujours, le démon familier de la maison: il en est dans le nombre qui sont assez débonnaires; ceux-là se font les serviteurs du pauvre peuple, soignent les bestiaux, détournent l'orage, ramènent le soir le berger égaré.

Le moyen âge avait parfois peu d'égards pour le démon familier. On le retenait prisonnier, on le mettait en bouteille. Un jurisconsulte se plaignait gravement de voir le diable traité comme une marchandise ordinaire, et, comme tel, jeté dans le com

merce.

« Quelques démons, cependant, s'affublaient du manteau doctoral. Gerbert, le moine d'Aurillac, devenu pape, avait eu recours au diable pour abréger ses études. C'est de lui qu'il avait appris la science des chiffres arabes, l'algèbre, l'art de construire une horloge, l'art de ceindre la tiare. Un jour qu'il siégeait à Rome, le diable se présente et réclame le pape.

Il s'est donné, donc il est à son maitre. Le diable prouve, et puis l'emporte. Tu ne savais pas que j'étais logicien.»

Au treizième, au quatorzième et au quinzième siècle, le diable continua d'être en grand honneur. Comme il connaissait tous les trésors cachés au sein de la terre, on s'agenouilla de vant lui pour avoir de l'or; on se fit sorcier. Les auteurs de mystères mettaient le diable en scène; mais, comme nous le verrons (art. SORCIERS), le

(") M. Ant. Delatour, Études historiques.

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DIABLEBIES, Sortes de mystères où paraissaient des acteurs vêtus de peaux noires et d'habillements hideux. On distinguait les petites diableries représentées par deux diables, et les grandes par quatre, Du vacarme que faisaient dans ces dernières pièces, les personnages hurlant, jetant des feux par la bouche, nous est venu un proverbe bien connu.

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C'est sous le nom de diablerie qu'une fête bizarre fut célébrée à Chaumont, en Champagne, jusqu'au commencement du dix-huitième siècle.. Elle était instituée en l'honneur de saint Jean. Des bourgeois, vêtus comme on peint ordinairement les diables, se réunissaient quelques jours avant la fête, et couraient la campagne à trois lieues à la ronde, demandant à tous ceux qu'ils rencontraient une légère contribution pour aider à la dépense. Bien que dans l'origine cette aumône fût volontaire, il devint bientôt impossible de s'y soustraire. Le jour de la fête, on représentait sur plusieurs théâtres, magnifiquement ornés, toutes les actions de la vie de saint Jean; et pendant que les acteurs jouaient, tout le clergé de la ville, en procession, passait devant ces théâtres, puis retournait à l'église, où il y avait indulgence plénière. Cette fête était accompagnée de beaucoup de tumulte et de désordre.

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DIABLINTES, petit peuple des Gaules, dont le territoire, peu considérable, se trouvait renfermé dans celui des Cenomanni, c'est-à-dire dans le diocèse du Mans. Sa capitale était Ju-, bleins, ville du département de la Mayenne. On ne peut au juste déterminer l'étendue et les limites de ce peuple, qui, d'après plusieurs monuments historiques, paraît avoir occupé, les.

doyennés de Javron, d'Évron et de la Roche-Mobile; celui de Passais, dans le Maine, et, en Normandie, ceux de Mayenne et d'Ernée.

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DIACONESSES. On appelait ainsi, dans l'Eglise primitive, les femmes catéchumènes. Leur ordination se faisait par l'imposition des mains de l'évêque. Dans le sixième siècle, cet ordre fut aboli dans les Gaules, mais il persista plus longtemps dans le reste de l'Occident.

DIACRE, dignitaire ecclésiastique, dont le nom vient du grec &áxovos, serviteur, et dont la principale fonction est de servir le prêtre ou l'évêque à l'autel. Suivant Grégoire de Tours, il devait faire observer le silence pendant la célébration de la messe, et, comme il était chargé de l'administra tion des revenus de l'église, il avait exclusivement le soin des pauvres et la direction des hospices où l'on assistait les indigents et les infirmes. De là le nom de diaconies que ces établissements portaient dans l'origine. Les diacres essayèrent souvent, mais en vain, de s'élever au-dessus des prêtres, et même d'usurper quelques-uns de leurs pouvoirs. Aujourd'hui les fonctions de diacre, qui peuvent être données à 23 ans, se bornent, d'après le Pontifical romain, à servir à l'autel, à baptiser et à prêcher; encore ne peuvent-ils exercer ces deux dernières fonctions sans une permission expresse.

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DIALECTES. Sous ce titre, nous comprenons non-seulement les dialectes et les patois du français ancien ou moderne, mais les dialectes des langues qui sont encore parlées en France, et dont voici l'énumération..1.

Le basque est, comme nous l'avons déjà dit à l'article BASQUES, parlé en France, dans la basse Navarre française et dans les pays de Labour et de Soule (département des Basses-Pyrénées). Le dialecte parlé en France est désigné sous le nom de lampourdan; les deux autres, le guipuscoa et le biscaina, appartiennent a l'Espagne.

Un des deux dialectes encore vivants de la langue cymrique, le bas-breton

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ou breyzad, se divise en plusieurs sous-dialectes, qui sont le léonard parlé dans l'ancien diocèse de SaintPol de Léon: c'est le plus régulier; le trécorien, parlé dans le diocese de Tréguier il passe pour le plus pur; le cornouailler, parlé dans le diocèse de Quimper - Corentin; le vannetais, parlé dans le diocèse de Vannes : c'est la variété la plus corrompue. (Voyez BRETAGNE.)

Comme nous le verrons à l'article LANGUES, deux idiomes distincts dès leur origine, la langue d'oil et la langue d'oc, se sont produits lors de la décomposition du latin. Nous allons examiner séparément leurs dialectes. Un jeune homme, mort à 29 ans, M.Gustave Fallot, a laissé sur la langue française et les dialectes du treizième siècle un ouvrage important, qui, bien que non terminé, a été publié après sa mort. Suivant lui, tous les dialectes, fort nombreux, de la langue d'oil, pouvaient se ramener à trois dialectes principaux, qui sont désignés sous les noms un peu vagues de normand, de picard et de bourguignon. Au premier, il rattache les dialectes parlés dans la Bretagne, le Perche, le Maine, l'Anjou, le Poitou et la Sain, tonge; au second, les dialectes de l'Artois, de la Flandre, du Hainaut, du bas Maine, de la Thiérache et du Réthelois; au troisième, les dialectes parlés dans le Nivernais, le Berri, l'Orléanais, la Touraine, le bas Bourbonnais, l'Ile de France, la Champague, la Lorraine et la Franche Comté. Ce troisième dialecte était de beaucoup le plus important, car il comprenait l'idiome de l'Ile de France qui était l'idiome de la cour et de la capitale, et qui, plus tard, a produit le français actuel. Le ramage de Paris, comme on s'exprimait à cette époque, était réputé le plus pur. Voici ce que dit le continuateur du roman de la Rose, Jean Clopinel (qui était de Meung ou de Mehuen, dans l'Orléanais), pour excuser l'incorrection de sa diction:

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Mais me rapporte et me compère

Au parler que m'apprit ma mère,

A Meung quand je l'aloitoie,
Don't mes parlers ne s'en desvoye,
Ne, n'ai pu parler plus habile,
Que celui keurt à no ville.
qui CINE ...

ah s

Nous avons trop peu de renseignements sur les dialectes de la langue d'oc, tels qu'ils existaient au moyen âge, pour pouvoir nous en occuper ici; mais il suffira d'observer que ces dialectes, comme ceux de la langue d'oil, ont à peu près conservé aujourd'hui, comme patois, les limites qu'ils occupaient anciennement. Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter les détails suivants à un excellent essai sur la géographie de la langue française, inséré dans une publication de la société des antiquaires de France. On peut très-bien indiquer sur la carte, par une ligne de démarcation, les contrées qu'embrassaient la langue d'oil et la langue d'oc; cette ligne commencerait au sud-ouest, sur les bords de la Gironde, près de Blaye, où le pa tois saintongeois contine au dialecte gaseon; elle se dirigerait ensuite à travers les départements de la Charente-Inférieure et de la Charente, vers la partie orientale de celui de la Vienne, et vers la partie septentrionale de ceux de la Haute-Vienne et de la Creuse; puis, entrant dans le département de l'Allier, à l'est de celui du Puy-de-Dôme, au nord de ceux de la Haute-Loire, de l'Ardèche et de l'Isère, elle finirait par embrasser la Savoie et la Suisse romande.

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Au nord de cette ligne se trouve la région du français de la capitale, région qui comprend environ vingt-cinq départements, dont le centre paraît être du côté de Blois et de Tours, sur les bords de la Loire, contrée qui fut longtemps le séjour favori des rois de France. En allant vers l'ouest, cette même région s'étend jusqu'aux confins de la basse Bretagne; car, bien que les habitants de la haute Bretagne (auxquels les Bretons bretonnants donnent le nom de Gallets) ne parlent pas un français bien pur, on ne peut mettre le leur au rang des patois proprement dits, puisque les expressions qui

le caractérisent se retrouvent dans les auteurs du quatorzième et du quinzième siècle.

Un peu au delà de la Loire, commence le patois poitevin, usité dans les départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Vienne, et auquel succède, comme simple variété, le pa, tois saintongeois, en usage dans la partie orientale des deux départements de la Charente, dont le surplus est de langue romane.

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Un fait digne de remarque, c'est que, dans des pays essentiellement de langue romane, se trouve une enclave de patois saintongeois, faisant partie des arrondissements de Libourne, de la Réole et de Marmande. Cette enclave, connue vulgairement sous le nom singulier de Gavacherie, est habitée par les descendants des colons qui, au quinzième et au seizième siècle, y furent attirés de la Saintonge. Quoique entourés de toutes parts d'une population gasconne, ils ont conservé jusqu'à présent leur ancien langage et des mœurs particulières. A l'est du pays occupé par le patois poitevin, se trouve le Berri, qui n'a pas de patois particulier; mais au delà commence, dans une partie du département de l'Yonne et de celui de la Nièvre, le patois bourguignon, en usage parmi le peuple dans l'ancien duché de Bourgogne, comme le franc-comtois l'est dans les départements qui composaient l'ancien comté de Bourgogne, ainsi que dans le Montbéliard, et probablement aussi dans la principauté de Neufchâtel...

Au nord du franc-comtois on trouve. le lorrain, nommé aussi australien, qui s'étend non-seulement dans l'ancienne Lorraine, et, par des sous-variétés, sur le pays Messin et une partie de la Haute-Marne, mais encore dans quelques portions de l'Alsace.

Au nord du patois lorrain se trouvent le picard et le wallon. Le picard, qui renferme un très-grand nombre d'expressions de notre ancien langage, passe, par des nuances insensibles, au langage usité à Paris, en pénétrant dans le département de l'Oise. Du.

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côté opposé, il passe, de même par degrés, au wallon, en traversant le département du Nord, une partie de celui des Ardennes, et en s'étendant sur les provinces belges de Tournaisis, de Hainaut, de Namur, de Liége, sur une partie du Brabant méridional et sur une portion du pays de Luxembourg, où probablement il se confond avec le patois lorrain. Le wallon diffère d'autant plus du picard, qu'il s'avance plus loin vers l'est. Le langage du peuple des campagnes, dans les pays de Liége et de Limbourg, est tellement altéré, qu'on a peine à reconnaître son origine française.

Si l'on arrive maintenant à l'examen des idiomes qui appartiennent à la langue d'oc, et que l'on aille de l'ouest à l'est, on trouvera : dans le département de la Charente, le périgourdin et le limousin. Le gascon, qui est le plus occidental des idiomes de la langue romane en France, offre une affinité assez marquée avec le castillan. On peut y joindre comme sous-variété le patois du Béarn. Le dialecte gascon confine, au nord-est, au périgourdin, qui lui sert de transition pour arriver au limousin, et au sud-est il touche au languedocien.

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Le périgourdin, outre quelques parties du département de la Charente, de la Gironde et de Lot-et-Garonne, voisines du Périgord, est parlé dans le département de la Dordogne, sauf une portion assez considérable de l'arrondissement de Nontron, dont le patois se rapproche plutôt du limousin.

et bas Languedoc et des Cévennes, mais dans le comté de Foix, le Rouergué et le Quercy. Il se subdivise en un grand nombre de variétés, dont les principales sont

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1o L'idiome de l'Aude et de l'Hérault, regardé généralement comme le plus doux ;

མ་སྟེ་uztit༔

Le limousin, qui succède, vers le nord-est, au périgourdin, est usité dans le département de la Corrèze, dans la presque totalité des départements de la Haute-Vienne et de la Creuse, et dans quelques portions de ceux de la Vienne, de la Charente et de la Dordogne, voisines de l'ancienne province du Limousin; il forme une avance considérable sur le territoire de la langue d'oil, entre le poitevin à l'ouest, le français du Berri au nord, et le bourguignon à l'est.

Le languedocien est parlé non-seulement dans les anciens pays du haut

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2o Le langage de Nimes; 3o Celui des Cévennes, qui est regardé comme le plus pur; 4° Celui de la Haute-Garonne et de l'Ariége, parlé aussi dans le Tarn, le Tarn-et-Garonne, et même dans le Lot-et-Garonne. A l'est du languedocien se trouve le provençal, qui en est séparé par le Rhône. Parlé dans l'ancienne Provence et le comtat Venaissin, il s'étend au delà de nos frontièrés, sur le comté de Nice.

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'Le dauphinois est usité dans les départements de l'Isère et des HautesAlpes, dans la partie septentrionale du département de la Drôme, et dans les vallées vaudoises du Piémont. Il empiète sur le provençal dans une partie du département des Basses-Alpes.

Il nous reste à parler des patois allemands. Ils commencent aux Vosges, et se parlent dans l'ancienne Alsace et dans une partie de la Lorraine. Aux frontières de ces deux provinces, la langue des paysans est même, dans certains cantons, un mélange de français et d'allemand. Quant au dialecte alsacien, quoique stationnaire aujourd'hui, et peu propre à rendre des idées qui sortent du cercle vulgaire, il offre une particularité intéressante, c'est qu'on peut le regarder, avec les idiomes de Suisse et de Souabe, comme un dernier reste de cette ancienne langue alémanique, qui fut, il y a six cents ans, la base de l'allemand moderne.

DIAMANT (combats du). - L'amiral Villeneuve, à la tête d'une flotte considérable de vaisseaux français et espagnols, se trouvait, au mois de mai 1805, dans la mer des Antilles. Quelle que fût sa mission dans ces parages, il y resta dans une longue inaction, et l'Europe apprit avec surprise que sa seule opération militaire contre les

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possessions anglaises avait été l'attaque du Diamant. Ce poste était un rocher inexpugnable, sur la côte de la Martinique, à quelques lieues du fort de France, et dont les Anglais avaient fait , depuis dix-huit mois, une forte resse importante, protégeant les bâtiments de guerre qui interceptaient les communications entre l'Europe et la Martinique. Une division de deux vaisseaux, d'une fregate et de deux corvettes, commandée par le capitaine Cosmao, transporta deux cents hommes, sous les ordres du chef d'escadron Boyer. Malgré une grêle de balles, de quartiers de roc et de mitraille, on débarqua, le 31 mai, et l'on s'empara de la base du rocher. Cependant le courant ayant éloigné les bâtiments de la division, la position de cette troupe de braves était critique. La faim même vint se faire sentir. Deux jours s'étaient passés en reconnaissances difficiles, quand quelques tirailleurs parvinrent comme par miracle sur un plateau élevé de quarante pieds audessus d'un des postes occupés par les Français. Des bouts de corde sont noués ensemble; une longue pièce de bois dressée contre le rocher en rejoint le bout grenadiers, fusiliers, marins, grimpent et arrivent au haut du plateau sans que la fusillade les arrête. Ce bel exemple anime le reste des assaillants, et de toutes parts le rocher est escaladé. Bientôt l'ennemi demande à capituler. Cette expédition peut être placée au rang des plus beaux faits

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d'armes d'une époque qui en a tant produit (*),,

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DIAMANTS DE LA COURONNE. On comprend sous cette dénomination tous les joyaux qui font partie de la dotation mobilière de la couronne. Le plus célèbre est le diamant nommé le Régent, parce qu'il fut acheté en 1718 par le duc d'Orléans. Il pese 136 carats, a coûté 2,500,000 livres, et est estimé aujourd'hui 12 millions. La transparence et la pureté de son eau, la perfection de sa taille, le font regarder comme le plus beau diamant connu.

Le premier inventaire général des diamants, perles et pierreries de la couronne, fut fait sous l'empire, en 1810. Un recolément de cet inventaire eut lieu sous Louis XVIII, à son retour de Gand, où ces joyaux avaient été transportés pendant les cent jours. On démonta toutes les parures; les diamants, perles, pierreries et bijoux furent pesés et expertisés, et l'on reconnut que ces joyaux étaient au nom. bre de 64,812, pesant 18,751 carats, évalués 20,900,260 fr. 01 cent. D'après la loi du 2 mars 1832, un nouvel inventaire fut fait par MM. Bapst et Lazarre, joailliers de la couronne, et eut pour résultat le même nombre, le même poids, et la même évaluation. Voici la liste des objets les plus remarquables mentionnés dans l'inventaire.

(*) Voyez Vict. et conq. des Français, t. XVI, p. 122 et suiv.

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