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TYPOGRAPHIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES,

RUE JACOB, N° 56.

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MEMBRE DE L'INSTITUT (ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES),
MAITRE DE CONFÉRENCES A L'ÉCOLE NORMALE, ETC.

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FIRMIN DIDOT FRÈRES, ÉDITEURS,

IMPRIMEURS-LIBRAIRES DE L'INSTITUT,

RUE JACOB, No 56.

1842.

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OU

HISTOIRE ET DESCRIPTION

DE TOUS LES PEUPLES,

DE LEURS RELIGIONS, MOEURS, COUTUMES, ETC.

DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE

DE L'HISTOIRE DE FRANCE,

PAR M. PH. LE BAS,

MEMBRE DE L'INSTITUT.

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CONSTANTINE (ville, province et conquête de). — La ville de Constantine (Cirta des Numides, Cæsarea, puis Constantina des Romains, Cossentina des Arabes), capitale du beylick de ce nom, est située au delà du petit Atlas, sur l'Oued-Rummel, à quarante lieues de Bone et à vingtdeux du port de Stora. Elle est bâtie sur une montagne entourée de tous côtés par une rivière et par des hauteurs qui la dominent; sa position est des plus fortes, et il était nécessaire de s'en emparer pour consolider notre puissance dans l'est de la régence, par l'occupation d'une ville importante, et pour détruire la domination du bey Achmet, l'un de nos ennemis les plus acharnés.

En effet, depuis longtemps AchmetBey ne cessait de faire assaillir par les Arabes nos possessions du littoral; Bougie surtout avait été le but d'attaques formidables. Le maréchal Clausel, gouverneur général de l'Algérie, résolut de mettre un terme à ces pro

C.

vocations il prépara une expédition contre Achmet (1836), et donna le beylick à Youssouf. Le ministère qui avait approuvé cette expédition fut renversé, et remplacé par un autre dont les membres étaient peu favorables à notre agrandissement en Afrique et au système de guerre suivi jusqu'alors contre les Arabes. Ce changement de ministère amena des lenteurs funestes, et l'expédition ne put avoir lieu qu'en novembre. Le ministère avait enlevé au gouverneur général une partie des forces qu'il avait jugées nécessaires au succès de l'entreprise. Enfin l'armée partit de Bone le 9 novembre, sous les ordres du maréchal Clausel.

Tout fut contraire à l'expédition ; le mauvais temps avait empêché une partie du matériel d'arriver d'Alger à Bone. Les soldats étaient exténués et malades avant de partir: 2000 hommes restèrent dans les hôpitaux. Pendant la marche, l'armée eut à supporter des orages épouvantables, qui grossi

T. VI. 1re Livraison. (DICT. ENCYCLOP., ETC.)

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rent les torrents et accablèrent les soldats de fatigues; la saison était trop avancée. Chemin faisant, on s'établit à Guelma; mais à partir des ruines de cette ville, la marche devint de plus en plus difficile: les vivres, le bois manquaient; la neige et la pluie tombaient sans relâche; nos soldats, exposés sans abri, sans feu, sans pain, à un climat intolérable, mouraient de froid et de faim. Enfin, le 21, on aperçut Constantine du haut des mamelons où l'armée était arrivée.

"

Ne pouvant, faute de temps et de moyens investir régulièrement la ville, dans laquelle il s'était toujours flatté d'entrer sans coup férir, le maréchal ordonna d'attaquer les portes Er-Rahbah et d'Alcantara. Les brigades de Rigny et Trézel attaquèrent avec vigueur, malgré la neige qui tombait à flocons serrés et gênait les opérations. On se battit sur plusieurs points avec courage pendant toute la journée du 22; partout les Turcs et les Kabyles furent repoussés ; la porte d'Alcantara fut canonnée toute la jour née. Le lendemain, le froid, la neige, le vent continuèrent; on se battit encore; mais les munitions commençaient à s'épuiser. Le maréchal fit attaquer de vive force les portes d'Alcantara et d'Er-Rahbah; la brigade Trézel y déploya une ardeur inutile: le feu des Arabes, protégé par la position, rendit tous nos efforts infructueux, et le maréchal dut disposer l'armée pour la retraite.

La retraite sur Bone commença le 24 au matin. Assaillie par les cavaliers arabes, notre armée résista partout avec un ordre et un courage admirables. L'arrière-garde eut surtout à souffrir. Le 2 léger fut un moment entouré par l'ennemi. Le commandant Changarnier forma son régiment en carré, et, par une décharge à bout portant, força l'ennemi à s'enfuir.

Enfin, l'armée arriva à Bone le 1er décembre, avec tous ses canons et tous ses caissons. Le succès de cette retraite de quarante lieues, exécutée avec tant d'ordre et aussi peu de perte, malgré les éléments, et en repoussant tous

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La guerre s'annonçait comme devant être sérieuse. Achmet-Bey avait des relations avec Constantinople, par l'intermédiaire du bey de Tunis, et cette protection du sultan était de nature à redoubler le zèle des tribus pour sa cause. Une flotte turque se dirigeait vers Tunis; l'escadre de l'amiral Lalande la surveilla, et la força à rester inactive. Malgré cela, Achmet redoublait de vigueur et d'activité; de son côté, le général Damrémont rassemblait à Bone vingt mille hommes, le matériel et les vivres nécessaires pour l'expédition. Ghelma et Bone étaient liées par de bonnes routes; l'important plateau de Medjez-Ammar était devenu un camp retranché formidable; enfin, lorsque tout fut prêt, on se mit en marche (1er octobre 1837). L'armée rencontra partout une résistance acharnée. Le 6 au matin, on était devant Constantine. Cette ville était décidée à ne pas se rendre, et l'opinion des Arabes était que leur ville était imprenable. « Il faudrait, écrivait l'un d'eux, autant de Français pour le prendre que de fourmis pour enlever un oeuf du fond d'un pot de lait. » Quoi qu'il en fût de cette rodomontade, le siége devait être difficile: la garnison était nombreuse, la popu lation décidée à bien se battre; la ville était défendue par soixante canons armés en batteries, placées suivant les

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