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puleux, imperturbables comme votre foi , comme votre caractère de maréchaux de France, de ce beau privilége de la pairie.

» Heureux incident, qui voulut que la première occasion de maintenir et de faire prévaloir la disposition de la charte reconstitutive de la pairie , remît dans les mains de la valeur, de la grandeur d'âme, du véritable amour de la patrie , cet inviolable dépôt !

» Vous pardonnerez, Messieurs, à quelques réminiscences que je m'engage à resserrer.

L'origine du corps de la pairie remonte aux époques les plus reculées de la France féodale.

» Des seigneurs, des princes, des rois même, exerçant dans leurs domaines tous les droits de la souveraineté, consentirent à contracter avec nos rois des alliances défensives et offensives. Ils traitèrent d'abord d'égal à égal ; ensuite , comme les plus faibles el contribuant moins par leurs contingens à l'intérêt commun, ou comme distraits par d'autres soins, ils consentirent à reconnaître nos rois pour leurs supérieurs ou suzerains.

» Cette suzeraineté consentie ne fut souvent que partielle, locale, ou, pour mieux dire, territoriale, puisqu'elle ne s'exerçait que sur un tel domaine, ou à cause de tel domaine situé dans l'enclave de l'alliance.

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» Par les traités ou chartes de soumission à la puissance royale , lous ces princes et seigneurs, excessivement jaloux de leurs droits et prérogatives, eurent l'extrême soin d'abandonner le moins qu'ils purent, et de stipuler des réserves de leur souveraineté modifiée plutôt qu'aliénée.

» Arrivant à la convention modificative avec le sentiment de leur propre puissance, quoique la moins considérable, ils y prirent fièrement le titre le plus propre à attester à jamais leurs droits antérieurs à l'égalité, le titre de pairs.

» Une de leurs stipulations principales fut uniformément qu'ils tonserveraient dans leurs domaines les droits de la haute, moyenne et basse justice.

» Uneautre, non moins essentielle à leur dignité, fut

que, dans aucun cas , ils ne seraient confondus dans la foule des sujets subalternes ; qu'ils ne seraient pas soumis à la judiriction des juges ordinaires nommés par le roi; que, pour leurs biens comme pour leurs personnes, ils auraient des juges institués ; qu'ils seraient eux-mêmes ces juges ; qu'ils le seraient les uns des autres.

» Concevez, Messieurs, s'ils furent attentifs à le stipuler pour les cas surtout où le roi, croyant avoir des sujets de mécontentement contre l'ún d'eux, de suspecter sa foi, de contraindre ou de blâmer ses services, songerait à l'accuser criminellement!

» Tous , ils posèrent pour maxime cette clause, devenue à un certain point proverbiale : Un pair ne peut être jugé que par ses pairs. » Voilà, Messieurs, la source noble et pure

de la pairie et de ses priviléges. Ils furent tous originairement réservés.

» Ce fut du moins sur la foi de ces réserves que commença à exister, la première, la pairie des grands vassaux de la couronne. Ce fut à ces conditions

que

les comtes de Champagne, de Brie , de Provence, les ducs d'Aquitaine et de Normandie, les rois d'Angleterre eux-mêmes, devinrent pairs de France, reconnaissant la suzeraineté du roi.

» Le roi lui-même tint à honneur de leur être, à certains égards , assimilé ; de là l'axiome trivial : primus inter pares.

» Répétons-le, avec nos annales , à certe sage politique de nos rois, à ces judicieux ménagemens, ils dûrent l'accroissement de leur puissance. Il en est résulté cette heureuse circonscription du territoire, dans laquelle se confond l'amour de la patrie , et qui nous fait si vivement désirer d'en conserver l'intégrité.

» A l'égard de la pairie concédée, lorsque nos

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mės, qui signala les premiers momens de son retour parmi nous, en associant le maréchal Ney à tous les honneurs de la pairie royale, dont il le trouva digne ?

» Heureuse promotion! puisque, déférant au duc d'Elchingen , au prince de la Moscowa, au maréchal Ney, la marque la plus insigne de l'estime du souverain, elle le maintenait alors à la hauteur des chevaliers sans tache et sans reproche!

» Fatale promotion! puisqu'un nouvel ebranlement du globe, surprenant le maréchal Ney seul, sans soutien, au fort de la tempête, la si brusquement fait déchoir de ce poste élevé, et que sa chute n'en est devenue que plus épouvantable!

» Et pourtant promotion encore utile! puisque, semblable à ces vastes et majestueux vaisseaux que la foudre a brisés, elle offre au navigateur éperdu dans un océan de misères, la planche du naufrage, sans laquelle peut-être il eût péri!

» Le maréchal Ney, Messieurs, a publié, pour la défense de son déclinatoire, sous le titre de Questions de droit, un mémoire riche d'érudition sur le privilége des pairs de France de ne pouvoir être jugés que par leurs pairs. Le tableau chronologique des nombreuses ordonnances de nos rois, qui , pendant quatre cents ans (de 1364 à 1737) consacrèrent ce privilége, y paraît en têle de maints

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