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l'instruction pratique, si facile à acquérir avec l'instruction donnée dans nos écoles militaires.

Vouloir tout réformer d'une manière absolue, c'est renier notre passé et compromettre l'avenir.

COMPARAISON DES FORCES DES DEUX ARMÉES AU MOMENT

D'ENTRER EN CAMPAGNE.

Afin de bien se rendre compte des vices de notre système militaire actuel, il semble nécessaire d'en comparer les résultats à ceux que l'Allemagne a obtenus pour la mise sur le pied de guerre de ses nombreux contingents.

La guerre se trouvant déclarée de fait le 15 juillet, les deux adversaires se préparèrent à la lutte avec la plus grande activité. Le 4 août, l'armée du Rhin, composée de sept corps d'armée, plus la garde impériale, se trouvait échelonnée sur la frontière, de Thionville à Belfort. er

Maréchal de Mac-Mahon, quartier général à Strasbourg : quatre divisions d'infanterie, deux divisions de cavalerie, dont une de trois brigades, vingt batteries.

Général Frossard , quartier général à Forbach : trois divisions d'infanterie, une de cavalerie à trois brigades, quinze batteries.

Maréchal Bazaine, quartier général à Saint-Avold : quatre divisions d'infanterie, deux divisions de cavalerie, dont une à trois brigades, vingt batteries.

2° corps.

3e corps.

T

1

6° corps.

7e corps.

°

Général de Ladmirault, quartier gén'éral à Thionville : trois divisions d'infanterie, une division de cavalerie, quinze batteries. 5° corps.

Général de Failly, quartier général à Bitche : trois divisions d'infanterie, une division de cavalerie, quinze batteries.

Maréchal Canrobert, quartier général au camp de Châlons : quatre divisions d'infanterie, deux divisions de cavalerie, dont une à trois brigades, vingt batteries.

Ce corps était en formation à Châlons, Soissons et Paris; il devait servir de réserve générale.

Général Douai, quartier général à Belfort : deux divisions d'infanterie (la division Dumont, en formation à Lyon, n'a rejoint le septième corps que plus tard au camp de Châlons), quinze batteries.

Quatorze batteries attachées aux trois divisions de cavalerie de réserve, plus quatre batteries.

Garde impériale : deux divisions d'infanterie, une division de cavalerie de trois brigades et dixhuit batteries.

Cette organisation avait absorbé toutes nos ressources disponibles, car il ne restait plus que quatre régiments d'infanterie et deux de cavalerie en observation sur la frontière d'Espagne, cinq régiments d'infanterie et six de cavalerie en Afrique, et la brigade d’occupation à Civita-Vecchia.

Il est vrai qu'il y avait en outre cent bataillons de

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dépôt d'infanterie. Mais ces bataillons ne contenaient que des non-valeurs et des recrues; ils avaient besoin d'être complétement remaniés pour pouvoir rendre un service quelconque.

Les vingt-six divisions d'infanterie comprenaient cent quatre régiments et vingt et un bataillons de chasseurs.

Les régiments avaient, au moment de la déclaration de guerre, des effectifs de 1,600 hommes; déduction faite des cadres des dépôts, des malades, des non-valeurs de toute espèce, les trois hataillons actifs ne comptaient que 1,300 à 1,400 hommes au plus, dont il fallait encore défalquer les musiciens, les porte-sacs, les muletiers, etc., pour avoir le chiffre exact des combattants. Il est vrai que les réserves devaient les rejoindre et compléter les effectifs à 2,400 hommes. Elles se composaient de soldats ayant cinq ans de service et inscrits sur les contrôles de la réserve en vertu de la nouvelle loi de recrutement, de soutiens de famille, et enfin de jeunes soldats de la deuxième portion du contingent des années précédentes, qui n'avaient passé que cinq mois sous les drapeaux. Le fusil Chassepot n'était en usage dans l'armée que depuis trois ans, de sorte que la plupart de ces hommes ne l'avaient jamais manié. C'était le lendemain de l'arrivée au corps et sous le feu de l'ennemi qu'ils apprenaient à s'en servir. Ils devaient rejoindre les dépôts de leurs corps du 18 au 22 juillet. Ordre fut donné aux majors, aux intendants et aux généraux commandant les départements de ne les envoyer à l'armée

que munis de tout ce qui leur était nécessaire. Cette mesure eût été bonne dans des circonstances moins critiques; mais nous étions à la frontière, nous nous attendions à voir l'ennemi déboucher à tout moment, et nos effectifs se réduisaient à 1,200 ou à 1,300 combattants! Les magasins des corps manquaient de beaucoup de choses, et l'on perdit un temps précieux en correspondances avec les fournisseurs; le nécessaire cependant s'y trouvait : les armes et les effets d'habillements; mais la circulaire ministérielle était si précise qu'on la suivit à la lettre. La plupart des détachements furent retardés de huit ou quinze jours, beaucoup même ne purent rejoindre, parce qu'on manquait de schakos et d'épaulettes, de cartouches et d'ustensiles de campement. Les schakos et les épaulettes furent mis de côté quelques jours après; les cartouches pouvaient être aussi bien prises sur les réserves des corps d'armée, où elles auraient été remplacées plus tard, et enfin les ustensiles de campement dédoublés auraient permis de faire la soupe dans les compagnies, où, faute de marmites en nombre suffisant, on se serait servi de grandes gamelles. L'important était de compléter les effec

tifs des corps.

Les dépôts étaient tellement encombrés

par

l'arrivée des recrues que les hommes de la réserve furent logés chez l'habitant en attendant leur mise en route. Ils échappaient ainsi à toute surveillance

à

et prenaient vite des habitudes d'indiscipline. S'ils avaient été dirigés sur leurs régiments aussitôt après leur arrivée dans les dépôts, ils auraient eu quelques jours pour se faire à un genre de vie si nouveau pour eux, ils auraient appris à se servir de leurs armes, faire leur paquetage et à dresser leurs tentes. Pour comble de désordre, au lieu d'être dirigées sur les dépôts les plus voisins, les réserves étaient souvent envoyées, celles du Nord dans le Midi, et réciproquement. C'est ainsi que des détachements destinés à l'armée du maréchal Mac-Mahon étaient bloqués dans Metz, pendant que ceux destinés à l'armée du maréchal Bazaine ne pouvaient y entrer à cause du blocus. Cette anomalie aurait pu se comprendre si l'on avait affecté les réserves aux régiments qui les avaient instruites, mais il n'en était pas ainsi. Les hommes se trouvaient tout dépaysés dans des corps dont ils n'avaient jamais entendu parler. Ils n'avaient pas le temps de se familiariser avec leurs camarades, de connaître leurs officiers, et par suite il leur était presque impossible de retrouver leurs escouades quand une fois ils les avaient perdues de vue; d'autant plus que les casquettes avaient remplacé les schakos et qu'elles ne portaient pas de signe distinctif de compagnies et de bataillons. Il avait été décidé tout d'abord que l'on ferait la guerre en schakos, mais cette coiffure, incommode et lourde, était un surcroît de fatigue et de gêne pour nos soldats chargés déjà outre mesure. Aussi qu'est-il arrivé? Quelques-uns ont commencé par

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