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3. Pourquoi l'on a rapporté au PATEK les veritez que l'on propose dans

Cette Retraite

Je recommande fort l'usage de la Pricre du Seigneur dans ces exercices, parce que tous les devoirs du Chrétien se trouvent renfermez dans le PATER comme dans un excellent abregé de l'Evangile, ainsi que l'a nommé, il y a plus de quatorze cens ans, un celebre Auteur Ecclesiastique. Si l'usage en eft faint & utile dans tous les temps de la vie, il est encore plus necessaire dans celui de la mort & dans les jours où l'on s'applique à s'y préparer en le renouvellant dans les devoirs, & en se purifiant par des exercices de pieté de toutes les fautes de la vie. Car on sçait ce. que saint Augustin a dit en tant d'occafions, de cette priere route celeste : Que c'est la penitence de tous les jours, un moyen excellent de nous purifier des manquemens où la foiblesse de notre nature nous fait tomber durant cette vie, & comme un batême qui se peut réiterer à tout moment.

C'est encore coinme une semence divine qui renferme en soi le fruit de toutes

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les veritez chrétiennes. C'est un germe facré d'où naissent tous les faints desirs que peut former une ame qui cherche Dieu. C'est un chiffre d'un artifice admirable qui contient tous les secrets du foyaume de Dieu d'une maniere mysterieufe & cachée, mais où ceux qui ont les yeux de la foi ouverts & atcèntifs, découvrent tout ce qu'il faut croire; ou ceux qui ont le goût des choses celestes, trouvent tous les biens qu'ils doivent elperer ; où ceux qui ont le sentiment de la charité vif & délicat , voyent sans peine tout ce qu'ils sont obligez d'aimer par la charité chrétienne. C'est la priere de la charité même , puisque c'est la priere des enfans de Dieu. C'est l'accomplissement de la Loi, des Prophetes , & de l'Evangile : & je serois content de ne sçavoir & de ne pouvoir faire autre chose que de dire mon PATËR , si j'étois fi heureux que de le bien dire.

J'entens par le bien dire, le dire avec Un caur plein d'une foi humble & fiinple, d'une efperance vive, d'une charité ardente ; avec un cæur détaché de la ter, re & élevé par toutes ses affections vers ce Pere que nous avons dans le ciel ; un cour brûlant de la soif de l'heritage qui

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nous y est réservé ; enfin un vrai cælir d'enfant, qui ne connoît & n'aime que fon pere, qui ne sent de besoin que de lui, qui ne cherche que lui, qui ne soupire qu'après lui , qui ne coure que vers lui, qui ne s'attache qu'à lui, à qui la main,

à les yeux,& le sein de son pere sont toutes chofes : fa main pour le conduire, le loutenir , & le défendre dans le chemin : les yeux pour veiller sur lui, fur fes

pas,

fur tous ses befoins : son sein pour s'y reposer après la course, pour y recevoir fa nourriture, pour y jouir de les caresses, de fes cmbraffemens, & de loi-mêine.

C'est quelque chose des sentimens que la premiere parole de la Priere divine doit reveiller dans tous ceux qui la diront avec l'application de leur esprit & de leur

Car il est presque imposible qu'un Chrétien appelle Dieu fon Pere , fans fe souvenir qu'il est son fils, qu'il lui doit l'être, la vie & toutes choses ; & que ce Pere qui est dans le ciel, ne l'ayant fait que pour lui, il ne doit vivre que pour lui ; qu'il doit rendre continuellement à lui, & aspirer sans cesse à la vie du ciel, où ce Pere adorable veur faire vivre en lui-même & de lui-même tous ceux de

cæur

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les enfans qui auront vécu pour lui fær la

térre.

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En continuant la priere sainte il y trouvera d'abord ce que c'est que vivre à Dieu, & pour Dieu, comme doivent yivre ses enfans pour imiter leur Pere ; que c'est vivre dans la sainteté, en fe séparant de tout ce qui est indigne de la sainteté du nom de Dieu qui a été invoqué suc eux, & en desirant d'en être tout-à-fait séparez pour trouver dans son sein la pat. faite sanctification qu'il ne peut esperer ici-bas.

C'est dans cette vữë qu'il soupire après le moment où il espere voir le regne de Dieu parfaitement établi', sa volonté plei nement accomplie, les desseins sur son Eglise consommez,& le voir lui-même se donner à ses Elûs, non plus comme un pain qui se donne jour à jour & avec mesure , inais comme le pain de ce jour étet: nel ou it se donnera & se répandra tout entier & fans réserve dans les ames, pour les rallafier & les faire vivre pleinement de lui-même.

Celui qui est brûlé de cette faim & de cette soif de la justice, du regne & de la volonté de Dieu , & de Dieu même, & qui se voit li peu en état & fi pell

assuré

d'en être raffafié par l'indignité de la vie passée, par la misere des tentations préfentes, & par tout ce qu'il a à craindre à l'avenir de la part du diable, du monde, & de fa propre cupidité; avec combien d'ardeur desire-t-il & demande-t-il à Dieu l'absolution generale & irrévocable de tous ses pechez, la pleine victoire de toutes ses tentations, & la délivrance par. faite de tout ce qu'il y a à craindre de la malignité du diable, de la contagion du monde , & de cet homme de peché qu'il porte au fond de les entrailles ?

Me voilà tombé insensiblement dans les sujets de ces exercices que j'ai dessein, MADAME, de proposer à votre piéte. Car la priere du Seigneur est proprement le fond sur lequel ils subsistent & ła matiere dont ils sont composez, & ils n'en font qu'une paraphrase & une explicarion rapportée & accommodée à la foi, a Hesperance & à l'amour de la vie bienheureuse. Si c'est un défaut de ne pouvoir s'empêcher de jercer les yeux sur cette sainte priere, quand on eft obligé de s'appliquer à quelque chose de la Religion, j'avouë, MADAME, que c'est le mien : & loin de ine trouver disposé à m'en corriger , je me fais un devoir de le

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