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pas été

leure au sein de l'éternité. Le père d'une nombreuse famille étant alors tombé dans un abattement voisin de la stupeur, par la seule pensée que ses enfans alloient devenir orphelins par sa mort, une de ces religieuses dont les discours ne pouvoient plus être entendus par son esprit troublé, se mit en prières pour lui obtenir le courage dont il avoit besoin; pendant une heure entière elle resta à genoux, les bras élevés vers le ciel, en redoublant de ferveur dans ses prières à cette fin. Le ciel ne fut point sourd aux demandes de cette touchante émule de Moïse. Le père de famille sentit renaître sa confiance en Dieu; et il marcha au supplice avec un courage dont personne ne l'auroit cru capable ». Eh! quels compagnons du sort de ces saintes filles n'auroient été portés à mourir comme elles, lorsqu'en marchant avec elles vers l'échafaud, ils les voyoient bénir le tribunal qui les y enyoyoit, et s'entretenir avec eux de la cité céleste, en leur représentant la justice de Dieu comme la seule qui fût à redouter!

Le langage des prêtres à ceux qu'ils avoient réconciliés avec le Seigneur, n'étoit ni moins touchant, ni moins encourageant, principalement quand ils parloient à ceux qui alloient mourir pour la cause de la religon. Il nous semble les entendre leur dire avec saint Cyprien: « Au milieu de tant de glaives menaçans qui vous entouroient, que pouviez-vous faire de plus grand, de plus beau, que de confesser encore librement comme arbitre de votre LIBERTÉ, l'auteur même de votre salut? Et quand vous considérez qu'il n'y avoit rien de plus détestable que l'avilissement auquel on vouloit vous réduire, rien de plus honteux que cette servitude à laquelle il falloit vous engager, que pouviez-vous demander, parmi les ruines de cet univers qui semble approcher de sa dissolution, que pouviez-vous désirer, si ce n'est d'être enlevé aux désastres de notre temps, d'être affranchis des malheurs de ce monde périssable, et de vous trouver bientôt étrangers à la perversité contagieuse qui ravage la terre? Eh! comment regretteroit-il la lumière terne et mourante dont elle est éclairée, celui à qui la splendeur éternelle est promise (1)!

Quand le féroce tribunal se vit forcé de suspendre ses meurtres, le surlendemain du 4 août, il restoit encore dans la prison dix religieuses ; et même de ces dix, il y en avoit quatre dont la sentence de mort étoit déjà prononcée. Elles s'affligèrent toutes de n'avoir pu obtenir la couronne qu'avoient acquise leurs compagnes. Nous pourrions peut-être aussi les compter au nombre de nos Martyrs, de même que, dans les premiers siècles de l'Eglise, on considera comme tels ces évêques d'Afrique qui survivoient à leurs tourmens (2). Ce jeune Théodore d’Antioche, qui recouvra sa liberté, après avoir souffert pendant plusieurs heures de cruelles tortures pour sa Foi sous l'empereur Julien, ne fut-il pas ensuite regardé par tous ses frères, et même par les anciens historiens de l'Eglise (3), comme un vrai Martyr. Ces dix religieuses lui avoient ressemblé jusque dans le chagrin profond qui vint l'affliger lorsqu'on le délivra du supplice pour lui conserver la vie. Dicebat........ ita se esse delectatum , ut tunc mæstior factus sit quando deponi de equuleo jussus est (4). (V. pour la série des Martyrs d'Orange, M.G. ALAUZIER, etc. etc.)

(1) Quid tam magnum atque pulcherrimum quàm inter tot circumstantium gladios LIBERTATis suæ dominum ac salutis auctorem repetita sæpius voce profiteri! et maxime si ante oculos tuos ponas nihil detestabilius esse dedecore , nihil fodius servitute , nihil aliud te debere jam petere, aliud optare quàm eripienduṁ esse cladibus sæculi, exuendum malis mundi, et inter ruinas orbis jam jamque perituri alienum à terrena contagione versari ? Quid enim tibi cum hac luce cui lux æterna promissa est ? (De laude Martyrii).

(2) Voy. Discours prélim. pag. 32.

(3) Ruffin : Hist. Eccles. L. X, C. XXXV, et aussi Socrates ; Hist. Eccles. L. III, c. xviii; Sozomen. 1. V, c. XIX; Theodoritus : Hist. Eccles. L. III, C. X; saint Augustin : De Civit. Dei, 1. XVIII, c. lii. Ce Théodore est celui que l'Eglise honore comme Martyr, le 7 ou le 14 décembre,

(4) Ruffin, ut suprà.

N° XIX.

VALENCIENNES.

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CETTE ville mérite un article particulier dans notre Martyrologe, parce que, sur soixante-sept personnes recommandables qui y furent immolées, par les ordres des proconsuls de la Convention, en septembre, octobre, novembre et décembre 1794, sous un prétexte qui ne sembloit que politique, il

у en eut quarante-huit au moins qui périrent essentiellement pour la cause de la Foi.

L'on comprend à ce début que le schisme de la constitution civile du clergé avoit fait très-peu de ravage à Valenciennes ; que

la

croyance catholique continuoit à y dominer; que la majeure partie des prêtres séculiers et réguliers, et même des religieuses et des laïcs y avoient repoussé les profanes innovations de 1791. La plupart, menacés par la loi du 26 août 1792 (Voy. Lois et T'RIBUNAUX RÉVOLUTIONNAIRES), étoient allé pratiquer en paix leur religion hors de la frontière ; mais, quand l'armée autrichienne prit Valenciennes, le fer août 1793, cés respectables exilés, croyant que l'ordre qu'elle y rétablissoit y subsisteroit long-temps sous sa protection, se firent un devoir d'y revenir; savoir : les prêtres pour y répandre les secours de la religion, et les religieuses pour remplir les obligations édifiantes qu'elles y avoient

y contractées. La situation consolante où les uns et les autres se trouvèrent, leur parut devenir stable. Depuis treize mois ils en jouissoient, quand Valenciennes retomba de nouveau sous le joug de la Convention, le 1er septembre 1794. Roberspierre étoit mort depuis trente-cinq jours; et, trompés par la feinte modération de la faction qui, l'ayant vaincu, rejetoit sur lui toutes les atrocités précédentes, ils crurent pouvoir rester en sûreté dans la ville ou les environs; mais

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les proconsuls qui entrèrent à Valenciennes avec les troupes , étoient des hommes de ce même parti Dantoniste auquel Nantes, Lyon, Bordeaux, etc., avoient dû précédemment tant d'hécatomphonies, et qui s'applaudissoit intérieurement d'avoir une occasion politique de se dédommager de la contrainte à laquelle le forçoit son système obligé de modération hypocrite, depuis sa victoire du 9 thermidor.

Les proconsuls envoyés par les Thermidoriens à Valenciennes, étoient J. B. Lacoste ( du Cantal), Roger-Ducos et Briez (du département du Nord). Dès l'instant de leur arrivée, le jer septembre, s'entourant d'hommes sanguinaires, ils firent à l'envi des listes de proscription, d'après lesquelles plusieurs personnes furent enlevées de leur domicile, la nuit suivante; et les emprisonnemens se continuant avec activité, il y eut bientôt, dans les prisons de Valenciennes, plus d'un millier de victimes amenées, tant des environs que des différens quartiers de la ville.

Déjà les proconsuls avoient institué une commission militaire composée de six membres de leur choix, qui étoient chargés d'envoyer ces victimes à la mort; et ces membres étoient Cathol, président; Lebrun, Joumel, Girard, Adhémar, juges ; et Morin, secrétaire. De même

que
les

proconsuls et tous les chefs de la faction Thermidorienne, ils flattoient qu'on ne les reconnoîtroit pas à leur haine de la religion, lorsqu'ils immoleroient, sans parler de rien de ce qui la concerne, mais comme émigrés-rentrés, toutes les personnes qui lui étoient consacrées, soit comme ministres des autels, soit comme religieuses, soit simplement comme vouées à la piété. Ce masque d'hypocrisie tomboit à la vue de la féroce préférence avec laquelle ils les recherchoient et les faisoient périr.

Les circonstances de la condamnation et de la mort de ces saintes victimes, prouvoient assez qu'à Valenciennes, jusques vers la fin de 1794, trois mois environ après la chute de Roberspierre, c'étoit encore, de même que bien auparavant, a

se

Lyon, Nantes, etc., le flambeau de la Foi, qu'on vouloit éteindre dans le sang de ses ministres et des bons catho liques. Sur les soixante-sept victimes immolées dans cette ville, sous le prétexte d'émigration, depuis le 23 septembre 1794, jusqu'au 13 décembre inclusivement, où cessèrent ces massacres, on y vit périr, soit en prêtres, soit en religieuses, trois personnes, le 13 octobre, sept le 15, neuf le 17, six le 19, neuf le 23, six le 27, cinq le 6 novembre, et trois le 13. Dans l'attestation nominative qui nous en est envoyée de Valenciennes même, par des témoins oculaires, il est dit « qu'aucune des victimes, en les y comprenant toutes, ne demanda qu'on fît des démarches et des sollicitations pour détourner d'elle un jugement inique, et que même il n'en fut pas une qui, dans ses interrogatoires, eût dit un seul mot capable de blesser la vérité sur le fait de sa sortie de France, lors même que la dénégation implicite ou formelle de cette espèce d'émigration auroit pu lui sauver la vie ».

Et non seulement les quarante-huit personnes consacrées à Dieu, moururent ainsi Martyres de la vérité, et pour cet Evangile divin qui défend de la déguiser en aucune manière, mais encore les dix-neuf autres, quoique nous nous abstenions de leur consacrer des articles particuliers dans notre Martyrologe, faute de savoir bien précisément si ce fut

par principe de religion, ou simplement par sentiment d'honneur, qu'ils ne voulurent pas mentir pour échapper à la mort. Nous nous sommes bornés à ne parler en détail que de ces religieuses angéliques et de ces ministres du Seigneur, toujours occupés à conserver la pureté de leur âme, auxquels la vie auroit paru trop chèrement rachetée, si elle l'eût été par le plus léger mensonge.

Les procédures étoient courtes : aucun des prévenus ne nioit d'être sorti de France ; et, d'après leur aveu, on leur lisoit les décrets des 23 et 25 octobre 1792, contre les émigrés rentrés; et leur condamnation à la peine de mort étoit aussitôt prononcée. Tous montrèrent la plus parfaite résignation

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