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complices armés de bâtons, assaillit à coups de couteau le prêtre et le vieillard.

A Louvain, où tous les prêtres avoient refusé la déclaration, le culte public étoit totalement suspendu, depuis l'affreuse scène qui y avoit eu lieu le 21 du même mois de mai, où des militaires, fondant sur l'autel les armes à la main, en avoient arraché celui qui y disoit la messe. Le peuple indigné s'étoit soulevé contre eux; plusieurs personnes avoient été tuées de part et d'autre; un régiment de dragons étant survenu pour empêcher avec plus d'efficacité qu'il n'y eût de culte public exercé sans cette déclaration que les prêtres ne vouloient point faire, on n'eut lieu d'en traduire aucun devant les tribunaux de cette ville.

A Maëstricht, le dimanche 27 mai, pendant que des prêtres célébroient l'office divin dans une église, une troupe de soldats fut envoyée pour les disperser; mais lorsque les assistans virentla soldatesque se précipiter dans l'église pour com. mettre cet attentat, ils la repoussèrent et la mirent en fuite.

Le peuple de Bruxelles avoit aussi manifesté son indignation, quoique d'une manière moins violente, quatre jours auparavant, c'est-à-dire le 23 mai, en voyant traîner, pour la même cause devant le tribunal de police correctionnelle, plusieurs prêtres courbés sous le poids des ans, et généralement vénérés pour leurs vertus sacerdotales. Ils y furent néanmoins condamnés à 500 francs d'amende et à trois mois de prison; mais ils appelèrent de cette condamnation au tribunal criminel de la même ville; et quand celui-ci, moins docile que les autres aux vues des persécuteurs, cassa cette sentence, le i3 prairial (jer juin), l'auditoire, transporté de joie, ramena le prêtre en triomphe à son église.

Alors les doléances du clergé Belge avoient été prises en considération par un des conseils du Corps Législatif, depuis le 4 prairial (23 mai); mais les commissaires du Directoire n'en devenoient que plus surieux contre les prêtres. Celui qui tyrannisoit Bruxelles protesta contre le jugement d’absolu

tion rendu par le tribunal criminel, le déféra à la Cour suprême de cassation siégeant à Paris, et lui dénonça même les juges comme coupables de forfaiture.

La persecution croissoit de jour en jour; les Capucins d'Ostende, à qui précédemment on avoit permis d'habiter leur pauvre monastère, pourvu qu'ils n'y portassent que des habits séculiers, en furent alors impitoyablement expulsés. Nous ne saurions énumérer toutes les vexations qui venoient se multiplier autour des prêtres de la Belgique : ce fut bien alors que, même « sans voir les commissaires, ils sentoient partout leur funeste présence, la nuit comme le jour ». Mais ce n'étoit encore là que comme ces tourbillons et ces orages précurseurs d'une horrible tempête. La foudre du 18 fructidor éclata (4 septembre 1797); et l'on pense bien que ceux des prêtres, dont la déclaration de soumission avoit effarouché la conscience, repoussèrent avec une horreur décidée le serment de haine à la royauté, qui fut prescrit à cette désastreuse époque (1).

(1) On lit dans les Annales philosophiques, morales et littéraires, ou suite des Annales catholiques (tom. II de l'an 1800, pag. 79), un récit sous la forme épistolaire, daté de Liége, le 19 juillet, duquel il résulteroit qu'il y eut en Belgique beaucoup de prêtres qui firent le serment de haine à la royauté. Cependant, sur deux cent quatre-vingt prêtres qui, enlevés des divers diocèses de France , et de ceux des provinces conquises, furent embarqués effectivement pour Cayenne à cause du refus de ce serment, il y en eut un dixième de la Belgique, savoir : huit du diocèse de Malines, six d'Anvers, cinq de Trèves, quatre d'Ypres, deux de Gand, deux de Bruges, et un de Cologne, parmi lesquels il en mourut vingt (Voy. J.-B. DE BRUYNES, J.-J. HAVELANGE, KERCKOFF, J.-B. WAUCANW- EN -Bergh, F. WANHECSERVYCH , A.-F. Wliegen, P.-Jb GEMIN, F.-Jh VANVOLEXEM, de Malines; N. Roun LÄNDS, F. DeMALS, P1 Heykens, J.-B. VAMBVER, d'Anvers ; B.-H. MALAchie, N. MULLER, J.-M. WAGNER, F. WANDERSTOTEN, de Trèves ; P.-J. Asaert, Reyfins (l'aîné), d’Ypres; P.-F. HUYBRECHT, F.-G. SARTEL, de Gand; T.-A. SCHER , de Cologne). Il en fut amené ensuite un plus grand nombre encore dans les forts des îles de Ré et d'Oléron, où plusieurs périrent. On peut conclure de la forte proportion du nombre des prêtres Belges dans cette déportation, que la grande majorité du clergé de la Belgique refusa le serment de haine.

Tous ces prêtres ne s'étoient donc point laissé séduire par les actions et les

Sur la réquisition des commissaires du Directoire, les prêtres de la Belgique sont arrêtés de toutes parts; on les

raisonnemens, que la lettre dont il s'agit étaloit pour la consolation du bien petit nombre de prêtres de la France qui avoient fait ce serment. On racontoit qu'à la première nouvelle de la loi du 19 fructidor (5 septembre 1797), qui le prescrivit, un grand vicaire de Liége, sans recourir à son évêque réfugié non loin de là, à Erfurt dans la Thuringe, avoit fait décider précipitamment par cinquante-deux ecclésiastiques qu'il avoit convoqués en synode dans l'église de Saint-Pierre , « qu'on pouvoit et qu'on devoit en toute sûreté de conscience prêter ce serment ». La raison qu'il en avoit donnée en envoyant cette décision à tous les prêtres du diocèse le 21 septembre, étoit que « par haine de la royauté l'on n'entendoit qu'une promesse de ne rien faire directement, ni indirectement, pour rétablir la royauté en France, en renversant le gouvernement existant». La décision étoit souscrite : ROUGRAVE, vicaire général ; et J.-E. AUBÉE, examinator synodalis, de mandato.

Peu de jours après, l'évêque de Liége, informé de ce qui s'étoit passé, non seulement condamna le serment, et ceux qui l'avoient fait, mais encore les obligea rigoureusement à une prompte et solennelle rétractation dont il leur prescrivoit lui-même la formule. La lettre citée ajoutoit, non avec peine, et comme en approuvant ces jureurs, 1o. que « le clergé de Liége (c'est-à-dire seulement, sans doute, la portion de ce clergé qui avoit juré), refusa de souscrire cette formule, prétendant qu'ils n'avoient prêté le serment que dans un sens honnête et licite ; 2°. que ne pouvant décider l'évêque à révoquer les ordres qu'il avoit donnés, ce clergé éludant l'autorité épiscopale « se pourvut en cour de Rome », par l'organe du vicaire général;

que

trois autres grands vicariats de la Belgique en avoient fait autant, en s'adressant à Ms: Michel de Pietro, évêque d'Isaure, celui-là même qui, le 25 septembre 1798, avoit envoyé à Msr l'évêque de Grasse la condamnation que le Pape avoit faite de ce serment. Lors de ce recours, Pie VI enlevé de Rome le 20 février 1798, étoit mort depuis le 29 août 1799 dans la citadelle de Valence; les cardinaux alloient s'assembler en conclave à Venise , pour l'élection de son successeur ; et le général Buonaparte, inopinément revenu d'Egypte, s'étoit emparé du gouvernement de la république française depuis le 9 novembre de la même année. Il est hon de se rappeler ici que Pie VI, transféré de Rome à Sienne , fut le 2 juin 1798 enfermé dans une chartreuse , voisine de Florence; que le 27 mars 1799, on l'en fit partir pour Parme; qu'arrivé le 30 avril à Briançon, il y resta jusqu'au 27 juin; qu'alors il fut amené dans la citadelle de Valence, où il arriva le 14 juillet, et mourut le mois suivant.

Par là s'expliquera peut-être ce que le correspondant des Annales sembloit ne pouvoir concilier, à savoir que le nonce du Pape à Cologne écrivoit , dit-on, à l'archeveque de Trèves le 18 mai 1799 (lorsque le Pape traîné en France, étoit captif et moribond à Briançon), de manière à faire croire, 1°. qu'on avoit pu prêter licitement ce serment dans un bon sens ; quoique précédemment « il

et

entasse successivement dans les prisons jusqu'à ce qu'on puisse en faire traîner un grand nombre à Rochefort où la

et assuré par lettres à l'archevêque de Cologne et à l'évêque de Lisieux, que, dans une conversation particulière qu'il avoit eue avec le Pape Pie VI à Florence, ce pontife lui avoit témoigné, de vive voix, avoir autorisé l'évêque d'Isaure à répondre comme il l'avoit fait à l'évêque de Grasse » ; 2°. que Mer de Pietro, bien qu'il et une parfaite connoissance de la décision de Pie VI, puisque c'étoit lui-même qui l'avoit notifiée à l'évêque de Grasse, en septembre 1798, renvoyoit au Conclave, en février 1800, les réclamations contradictoires des Belges assermentés.

L'archevêque de Trèves n'avoit pas autorisé ce serment; mais en son absence l'official du secrétariat-général de l'archevêché, après avoir fait décider, le 20 septembre, par quelques théologiens de la ville, que le serment étoit licite, avoit envoyé à tous les curés un mandement, souscrit ad mandatum : J. S. Simon assessor secretarius, dans lequel leur notifiant cette décision, « il défendoit à tout ecclésiastique séculier, sous peine de suspense, de contrevenir en aucune manière, soit publiquement, soit clandestinement, à cette déclaration ; enjoignant, sous la même peine de suspense, à tous ceux qui s'étoient permis de manifester leur aversion naturelle contre cette déclaration, de révoquer à la première occasion, l'expression de leurs sentimens, de la même manière qu'ils les avoient manifestés, soit en public, soit en secret; et ordonnant enfin, sous peine de suspense ipso Facto, à tout pasteur, d'annoncer ces dispositions dans l'Eglise, et de les afficher le premier jour de dimanche ou de fête, après qu'elle lui seroit parvenue ». Mais nous observons que, dans cet acte, l'official évitoit de prononcer le mot serment de haine : il l'appeloit serment de fidélité ; et le vicaire général de Liége ne l'avoit désigné que par les mots vagues de « Serment exigé par la République française », affirmant qu'il nỉy voyoit pas « autre chose que ce qui avoit été prescrit par la loi du 7 vendémiaire an IX, 29 septembre 1795 ». (Voy. ci-devant, pag. 266.)

Il paroît que le troisième vicariat général qui agit comme ceux de Liége et de Trèves, fut celui de Bruges. La lettre ne nommoit pas le quatrième ; et elle ne présentoit d'ailleurs, comme ayant condamné le serment, que l'évêque de Liége, les archevêques de Cologne et de Malines. Il falloit en ajouter d'autres, notamment l'évêque de Ruremonde, car nous possédons deux lettres de lui, dans lesquelles cette condamnation est bien fortement prononcée. La première de ces lettres, datée d'Emmerick (duché de Clèves), le 7 mai 1799, fut écrite au curé de Schianen et à son vicaire qui avoient fait le serment de haine. Leur évêque leur interdisoit les fonctions divines jusqu'à ce qu'ils l’eussent rétracté. La seconde lettre, en date du 28 mai, adressée au curé de Veiden dans la Gueldre, lui défendoit de continuer à se confesser au P. Meilders, professeur à Venlo, qui avoit fait ce scandaleux serment, au mépris de la décision apostolique envoyée à l'évêque de Grasse, et bien connue de lui. Le correspondant des Annales prenoit aussi plaisir à faire connoitre qu'il y

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loi du 19 fructidor vouloit qu'ils fussent embarqués pour la Guiane, avec une infinité d'autres qu'on enlevoit sur tous

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avoit également « dans l'université de Louvain (au diocèse de Malines), un professeur de théologie, nommé Hovelmans, qui avoit prêté le serment de haine; que son archevêque, et même celui de Cologne, n'avoient rien négligé pour l'engager à le rétracter, et que leurs tentatives avoient été inutiles ». (Voy. J.-J. HAVELANGE.)

Dans ce tome II des Annales de 1800, l'on avouoit connoître la décision pontificale, envoyée à l'évêque de Grasse le 25 septembre 1798 ; mais dans le tome précédent (janvier 1800, pag. 155), le rédacteur avoit paru l'ignorer en plaidant la cause des jureurs de haine; car il n'avoit argumenté que d'après les brefs bien postérieurs des 16 et 30 janvier 1799, contre les ecclésiastiques de Rome qui avoient fait ce serment dans un sens prétendu licite. Il affirmoit alors que le Pape ne les avoit obligés à une rétractation, que parce qu'ils l'avoient prêté par devant un magistrat choisi pour l'exécution matérielle de la loi, lequel n'étant point législateur, n'étoit pas autorisé à donner aux paroles du serment une interprétation différente du sens qu'elles renferment dans leur pure et naturelle énonciation. Donc, ajoutoit le rédacteur, si le magistrat avoit été législateur, il semble que le Pape n'auroit rien blâmé dans la conduite de ces jureurs (pag. 158) ». Excipant ensuite de ce qu'il croyoit que le rapporteur d'une commission du Corps Législatif de France, avoit dit incidemment, en lui présentant un travail de sa commission, le 14 frimaire an VI (4 décembre 1797), à savoir « que le serment de haine à la royauté n'emportoit rien de plus que l'engagement de ne point conspirer pour rétablir la royauté en France, et n'étoit que la conséquence nécessaire de la fidélité que tout citoyen doit au gouvernement établi », le rédacteur en concluoit que le Jégislateur admettoit le sens honnête et licite dans lequel les nouveaux assermentés avoient fait le serment de haine ; et que par conséquent la censure des deux précédens brefs ne pouvoit les atteindre. Mais la citation est un peu différente dans le Moniteur (feuille du 20 frimaire , 10 décembre 1797), pag. 327, col. 2; et elle l'est assez pour faire crouler tout ce raisonnement. Le rapporteur avoit dit : « Ministres des cultes, ce n'est point la personne des rois qu'on vous demande de hair..... ce n'est point la royauté, prise d'une manière abstraite, que vous devez faire serment de hair : c'est à la royauté que l'on tenteroit de rétablir en France, dans votre patrie, que vous devez cette haine...... Vous ne pouvez étre soumis et fidèles à la république, sans haïr ce qui la tueroit en détruisant notre association ».

Mais ce raisonnement des Annales avoit été repoussé et confondu quinze mois d'avance, par la décision du Souverain Pontife, transmise de Rome, en date du 24 septembre 1798 , dans la lettre de Mer de Pietro, évêque d'Isaure, datée du des calendes d'octobre (25 septembre) même année, à l'évêque de Grasse qui avoit consulté le Saint-Siége sur ce serment. Ses questions à ce sujet se devinent aisément par les trois points de la réponse, conçue

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