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les points de la France (Voy. GUIANE). Déjà l’on amoncèle sur des charrettes les vieillards avec les jeunes, les infirmes

en ces termes : Respondetur, 1o. ab apostolicâ sede declaratum fuisse, non licere præfatum juramentum emittere ; . eos qui tale juramentum emiserunt , ad illud retractandum teneri, simulque ad scandalum reparandum meliori modo quo fieri poterit, pro temporum locorumque opportunitate ; 3o. nullam huc usque censuram ab apostolica sede latam fuisse adversus eos qui ejusmodi juramentum emiserunt.

Cette décision étoit la règle de conduite des archevêques et évêques de la Belgique, comme aussi de ceux de la France, par lesquels ce serment de haine étoit sévèrement défendu. Le Saint-Père Pie VI leur en fit d'affectueuses congratulations ; et le cardinal-archevêque de Malines en reçut de plus spéciales, à raison de ce qu'ayant été sommé en personne par les magistrats républicains de son diocèse de prêter le serment de haine, il le leur avoit refusé avec une fermeté apostolique , et avoit été condamné par eux à l'exil.

Ce qui est plus remarquable encore, c'est qu'après ces apparentes tergiversations du 18 mai 1799, et de février 1800, auxquelles avoient aussi contribué les vives instances des jureurs, Pie VII iui-même, les premiers jours de son pontificat, confirma les décisions de son prédécesseur dans un bref de félicitation adressé de Venise même, le 30 avril 1800, au cardinal archevêque de Malines. Il lui disoit : « Aidez-nous par vos conseils ; nous savons de quel prix ils ont été et sont encore dans ces jours si ténébreux ; nous le savons par les réponses pleines de fermeté, de courage et de sagesse , que vous avez données devant les tribunat Vous avez alors montré bien évidemment que le père des lumières, suivant sa divine promesse, vous avoit réellement inspiré ce qu'il falloit dire à cette heure-là même, de sorte que parmi les ruses les plus tortueuses de ceux qui vous contredisoient, et au milieu de leurs plus amères détractions, vous vous êtes élevé comme un phare lumineux pour servir de guide aux consciences incertaines, afin que tous vissent clairement ce que, dans des circonstances aussi critiques, ils devoient penser et faire, ce qu'il falloit que chacun professât et annonçat publiquement par sa conduite comme par ses discours, s'il ne vouloit trahir la cause de l'Eglise » : Adsis deindè consilio tuo, quo quantum temporibus hisce tenebrosissimis valueris atque adhuc valeas, docent responsa illa plena firmitatis , constantiæ atque sapientiæ , quibus antè reges et presides ductus prorsùs ostendisti verè à Patre luininum datum fuisse tibi , quid in illa hora loquerere, ità ut maximis in illis ambagibus, atque acerrimis contradicentium obtrectationibus facem quodammodò dubitantibus prætuleris , ut planè pateret universis, quid quisque in tantis periculis sentire, quid sequi, quid, ne Ecclesiæ causa proderetur, profiteri ac palùm præseferre deberet.

Nous sommes entrés dans tous ces détails, afin de mieux convaincre nos lecteurs que les prêtres qui ont péri pour n'avoir pas voulu prêter le serment de haine , sont morts pour une cause religieuse, et par obéissance aux décisions du Saint-Siège apostolique.

pas

avec ceux qui sont encore valides. Le trajet jusqu'aux rives del’Aunis n'est

pas moins cruel pour eux que pour les autres victimes de la déportation de 1794 (Voy. ROCHEFORT).

Les prêtres Belges qui succomberont dans les déserts de la Guiane où les fait exiler si douloureusement leur invincible attachement à la Foi et aux préceptes de l'Evangile, ne seront pas ceux qui mériteront le moins une place honorable dans notre Martyrologe. D'autres prêtres envoyés à Rochefort pour subir le même supplice, partent successivement de la Belgique. Les commissaires du Directoire ne se lassent

pas
d'en

envoyer pour cette destination, lors même qu'ils savent que l'on ne peut plus en embarquer pour la Guiane, parce que les Anglais pouvoient alors les délivrer en pleine mer; mais ils savent aussi que le Directoire y suppléera, en leur faisant subir un sort non moins rigoureux dans les forts des îles de Ré et d'Oléron (Voy. OLÉRON.)

Il semble qu'on ne veuille pas en laisser un seul dans la Belgique, si bien que le Corps Législatif, jusqu'alors si complaisant pourle Directoire depuis le 18 fructidor, s'indigne enfin de l'excès des déportations : et néanmoins le Directoire ne peut se lasser d'en ordonner. Le 22 mars 1799, qui étoit le Vendredi-Saint, Bruxelles voit encore passer dans ses murs dix-sept charrettes portant une grande quantité de prêtres, qui, amenés de plus loin, sont conduits aux mêmes ports que les précédens; et ces images vivantes des humiliations et des souffrances de Jésus-Christ au jour de sa passion, vont augmenter le nombre déjà prodigieux des autres ministres de l'Evangile qui attendent douloureusement, dans les forts d'Oléron et de Ré, qu'on les jette sur les plages dévorantes de la Guiane, ou que la Providence fasse passer le pouvoir du Directoire dans des mains qui en usent à leur égard avec plus d'humanité (Voy. P. JACO. ASAERT, etc.).

No XXII.

GUIANE.

sang

On a déjà vu que la modération dont les Thermidoriens avoient si péniblement revêtu les apparences, et à travers de laquelle leur caractère s'étoit si souvent trahi, notamment par leurs lois du 11 prairial an III (30 mai 1795), du 7 vendémiaire an IV (29 septembre 1795), se démentit totalement par celle du 3 brumaire suivant (25 octobre), le jour même où la Convention, expirant sous le poids de l'infamie, termina ses séances (Voy. Lois et TRIB. RÉVOL. G. III). On sait d'ailleurs que, pour en perpétuer l'esprit dans le Corps Législatif qui alloit lui succéder, les Thermidoriens venoient de s'assurer les armes à la main, et par l'effusion du de ceux qui les repoussoient, la prérogative de former les deux tiers de ce Corps Législatif : tel avoit été le résultat de la fatale journée du 13 vendémiaire (5 octobre 1795).

L'esprit du Dantonisme régna donc encore dans le gouvernement, non seulement par la tyrannique prépondérance des Thermidoriens dans le Corps Législatif, mais encore et surtout par la puissance des cinq conventionnels de leur parti avec lesquels ils avoient eux-mêmes composé cette pentarchie , appelée Directoire exécutif, qui remplacoit les comités de salut public et de súreté générale. La France n'avoit plus d'espoir que dans ce renouvellement encore éloigné d'un tiers du Corps Législatifet du Directoire, dont la nouvelle constitution, dite de l'an IV, lui laissoit la faculté, mais seulement dixneufmois plus tard, en germinal de l'an V(avril 1797). Arrivée à cette époque, la France revendiqua cette faculté, et en profita d'autant plus convenablement, que jusqu'alors le Corps Législatif, par la domination qu'y avoient exercée les Dan- , tonistes , n'avoit été qu'une prolongation de la tyrannie conventionnelle (Voy. BELGIQUE).

Ce ne fut donc qu'après les élections du tiers de 1797, et lorsqu'en mai il vint renforcer le

peu
d'honnêtes

gens que le nouveau tiers de la fin de 1795 avoit introduits dans la formation du Corps Législatif; ce fut seulement alors que la religion put croire, avec quelque fondement, qu'elle sortiroit enfin d'une aussi longue oppression. Mais, hélas ! cette espérance presque aussitôt contrariée par de justes motifs d'alarmes, et devenant chaque jour plus chancelante, ne put se soutenir au delà de quatre mois. Dès les premiers jours de septembre suivant, les catholiques eurent le triste droit de s'appliquer ce qu'Eusébe avoit dit en parlant, vers 310, de la persécution de la Palestine : « Après avoir duré sept ans, elle atteignoit sa huitième année, en paroissant se dégager de ses calomnies contre nous, lorsque les excitateurs, attaquant derechef et avec une violente opiniâtreté les restes de l'Eglise, imaginèrent, pour les perdre, de nouveaux stratagèmes, au moyen desquels ils accumulèrent sur nos têtes opprimées des maux toujours croissans (1) »,

Tel fut, en effet, le résultat de la catastrophe du 18 fructidor an V (4 septembre 1797). Opérée par les trop puissans débris de la faction Dantonienne, elle avoit été dirigée spécialement contre les prêtres catholiques, dont la conscience étoit la plus inflexible comme la plus timorée.

La loi du lendemain autorisa le Directoire à déporter les uns à la Guiane, tandis qu'il feroit périr dans l'intérieur, par la guillotine ou la fusillade, comme émigrés-rentrés, ceux qui étoient revenus de la première déportation. Pour

(1) Septimus jam persecutionis annus ad exitum vergebat, et res nostræ sensim sine sensu calumniantium molestia liberatæ , ad octavum usque annum processerant... Illi turbarum concitatores adversùs Ecclesiæ reliquias pertinaciter moliti sunt, novas res subindè alias post alias excogitantes , et mala malis cumulantes. (Hist. Eccles. L. VIII, nos 45 et 46.)

multiplier les victimes de la première classe, cette loi substituoit à la déclaration exigée par le décret du 7 vendémiaire an IV, et que tant de prêtres n'avoient pas cru licite (Voy. Lois et TRIB. RÉVOL. S. III), un horrible serment bien plus propre à les repousser, celui de haine à la royauté. Mais comme presque tous ceux qui avoient souscrit la déclaration, consentirent à prêter ce serment, aimant à croire qu'il pouvoit être fait dans un sens honnête, sans être aucunement en opposition avec la religion d'un Dieu de paix et d'amour, le nombre des prêtres déportables fut moins grand que ne l’avoient espéré les persécuteurs (Voy. ci-dev. pag.441, note).

Cependant il fut encore très-considérable; car de tous les points de la France, de la Savoie et de la Belgique, quantité de prêtres étoient traînés vers Rochefort, sur les grandes routes, et de prisons en prisons,avec les mêmes traitemens qu'avoient subis les déportés de 1794 (Voy. ROCHEFORT). Cent soixante y furent embarqués le 12 mars 1798, sur la frégate la Charente, d'où, après quelques jours de mise à la voile, on les fit passer le 22 avril sur la frégate la Décade, qui alla les jeter sur les côtes de Cayenne : cent vingt, arri' vés plus tard à Rochefort, montèrent le 1er août suivant la corvette la Bayonnaise qui les porta bientôt à la même destination. Beaucoup d'autres arrivèrent ensuite successivement; et de ceux-ci, les premiers qu'on embarqua, furent délivrés en mer par un navire anglais : mais, de peur que les autres, en bien plus grand nombre, ne le fussent également, le Directoire les fit enfermer dans les forts des îles de Ré et d'Oléron (Voy: OLÉRON).

Nous conviendrons que les déportés embarqués alors ne furent pas tout-à-fait aussi malheureux sur leurs vaisseaux, que l'avoient été ceux de 1994 sur les Deux Associés et le Washington. Auroit-ce été parce que ce n'étoit point-en mer qu'on avoit prémédité de les faire mourir, mais à la Guiane où leur tombeau sembloit creusé d'avance ? Ils

у trouveront en effet une bien cruelle compensation à ce qui

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