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rité, un roi des Français enfin pourrait-il s'environner d'un corps de satellites stipendiés , au lieu de se faire un rempart de l'amour et de la reconnaissance de la nation! (Murmures.)

» On a dit et l'on répétera sûrement que la splendeur du trône dans la première nation de l'univers exige l'appareil d'une force armée : personne ne contestera ce principe ; on ne differe que sur la manière de l'appliquer. De quels élémens doit-on coinposer cette force armée ? Voilà la question à résoudre ; si nous consultons là-dessus la sagesse et l'expérience il serait bien facile de la décider. Examinons d'abord s'il est de la prudence de rassembler un noyau d'armée qui serait étranger au service , et uniquement à la disposition du monarque. Ce corps hétérogène, qui n'appartiendrait ni à la hiérarchie civile ni à la hiérarchie militaire, serait une excroissance dangereuse , une difformité bizarre qu'on ne saurait admettre dans l'acte constitutionnel : les jeunes gens dont

on composerait cette milice seraient choisis infailliblement parmi les ci-devant gardes du corps (murmures) et dans la caste qu'on appelait privilégiée ; ils seraient initiés de bonne heure dans la doctrine du royalisme ; les préjugés de la naissance , le désir de s'avancer , l'aversion pour l'égalité , leur feraient bientôt oublier leurs devoirs envers la nation pour ne s'attacher qu'au monarque. Cette troupe ainsi disposée serait la pépinière des chefs de vos armées de ligne ; toujours alimentée par des surnuméraires , de même espèce , elle serait le germe inépuisable du monarchisme et l'écueil infaillible de notre liberté civile et politique..... ( Applaudissemens au fond de la gauche.) Cette institution vicieuse et chevaleresque serait l'école du spadassinage, le dépôt éternel de toutes les illusions nobilières ; la cocarde blanche serait bientôt le talisman de cette corporation fantastique... (on rit); et peut-on répondre que le scandale des orgies et les évolutions des poignards ne se renouvelleraient pas sous nos yeux...! (Murmures mélés d'applaudissemens.)

Rappelez-vous, messieurs, l'affligeant souvenir de ces catastrophes récentes , et que les amis de la liberté n'en perdent jamais la mémoire! J'invoque ici le courage héroïque

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que vous avez montré lors du serınent du jeu de paume; lorsque vous étiez investis de canons , de mortiers , de baïonnettes (on rit à droite), auriez-vous voté ce jour-là l'institution de janissaires à pied et à cheval pour entourer le trône du monarque et le sanctuaire des lois ? Rappelez-vous ce moment si précieux à la liberté, ce jour à jamais mémorable ; rappelez-vous ce temps d'énergie et d'adolescence où l'univers, étonné de tant de courage, vouait vos noms à l'immortalité et admirait votre héroïsme! Ne brûlons-nous pas aujourd'hui du même patriotisme qu'alors ? Ne sommes-nous pas liés

par les mêmes sermens, esclaves des mêmes devoirs? N'avons-nous pas juré de vivre libres ou de mourir pour

la patrie ? Quel est donc le respect humain qui nous forcerait à dégénérer ? Quel est le prestige enchanteur qui pourrait ternir nos lauriers ou enivrer notre courage? Non, messieurs, il n'est point de puissance humaine qui puisse opérer ce miracle... ( On rit au centre.) Je vois déjà vos âmes s'électriser... (Une voix à droite : Non, non, ce n'est pas vrai! L'orateur se retournant vers le côté droit: ) Ce n'est

pas

de vous que je parle... (Applaudissemens à gauche.) Pour la troisième fois je vais répéter... (On rit à droite.) Je vois déjà vos âmes s'électriser à ce récit , et se retremper de la plus inflexible vertu !

» Il est juste, messieurs, de donner une garde au roi; il n'est aucun de nous qui ne vole au devant de cette équitable proposition ; mais il est de la dignité française de ne céder, de ne déléguer ce droit à personne ; c'est-à-dire qu'aucun citoyen ne peut être privé malgré lui de participer à cet honneur. Rien n'est plus propre à maintenir l'harmonie , l'unité d'intérêt , de veux et d'intention entre tous les dépar

que

de les faire concourir en commun et à tour de rôle à l'honneur de garder le premier fonctionnaire : ce moyen seul pourrait nous préserver de tout système républicain ou fédératif; une relation annuelle et périodique entre les départemens et la capitale , entre le monarque et les citoyens, éteindrait à jamais le germe des rivalités (applaudissemens), des divisions causées par l'intérêt ou les prérogatives ; les Français s'accoutumeraient à se regarder

temens

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comme d'une même famille , dont le roi serait le modérateur et le père ; tous les peuples admireraient à l'envi une Constitution qui aurait transformé une grande nation en une société d'amis et de frères! Si les aulres peuples avaient assez d'énergie pour nous imiter, nous verrions se réaliser le règne de paix, de félicité universelle, c'est à dire le rêve de l'abbé de Saint-Pierre! ( On rit. )

» Si je compare les avantages de ce système avec les inconvéniens dont nous menace celui des comités, je ne saurais hésiter sur le choix. Il ne sera pas plus dispendicux pour le roi d'indemniser sur la liste civile les gardes nationales qui seront employées tour à tour à sa garde que de stipendier une troupe dont le régime , la composition et les principes porteraient ombrage à la liberté, et seraient pour le peuple une espèce d'épouvantail. Quant à la confiance il faut, pour décider la préférence , se placer dans deux hypothèses qui peuvent se résoudre par un dilemme : ou le roi se ralliera à la Constitution et en appréciera les avantages, ou bien il s'en déclarera l'ennemi : dans le premier cas il n'y a pas de doute qu'il n'accorde sa confiance à des citoyens zélés et fidèles qui se dévoueroạt volontairement à sa défense, qui le regarderont comme leur père, qu'il doit chérir comme ses enfans , et qu'il doit préférer à tous égards à des gardes stipendiées, à des esclaves du despotisme; dans le second cas il est aisé de pressentir le danger de mettre dans ses mains les élémens d'une guerre civile, le germe de corruption qui pourrait lui asservir l'armée de ligne et plonger la nation dans l'esclavage. Calculez les dangers qui mena-, cent la liberté... ! Cet article seul peut renverser la constitution, ou du moins l'énerver (on rit), porter la guerre dans nos foyers, rompre les liens sociaux, amener l'anarchie, et nous livrer à des calamités innombrables ! C'est alors, messieurs, que le despotisme au sceptre de fer osera sourire à vos malheurs, vous tendre une main perfide; le repos que vous lui demanderez à genoux vous sera rendu dans les fers! Il est encore, n'en doutez pas, messieurs , des âmes avilies qui désirent ce funeste repos, qui ont la lâcheté de préférer ce sommeil déplorable et cet engourdis

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sement léthargique à ce feu énergique dont la liberté électrise les âmes fortes et généreuses ! En conséquence j'ai l'honneur de vous proposer... ” ( Suivai, un projet de décret conforme aux vues de l'orateur.)

M. Destourmel, « Pour établir la discussion sur l'article soumis à votre délibération, je dois vous rappeler les termes de la réponse du roi sur la liste civile, lue dans la séance du 9 juin 1790 (1) : je craindrais d'en affaiblir les expressions en les commentant... »

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(1) Lettre du roi. 9 juin 1790. J'aurais désiré m'en rapporter entièrement à l'Assemblée nationale pour la détermination de la somme applicable aux dépenses de ma maison civile et militaire ; mais ses nouvelles instances et les expressions qui accompagnent son vou m'engagent à changer de résolution. Je vais donc m'expliquer simplement avec elle.

» Les dépenses connues sous le nom de maison du roi comprennent:

» 10. Les dépenses relatives à ma personne, à la reine , à l'éducation de mes enfans, aux maisons de mes tantes; et je devrai y ajouter encore incessamment l'établissement de la maison que ma soeur a droit d'attendre de moi. » 2o. Les bâtimens, le garde-meuble de la couronne.

» 3.. Enfin ma maison militaire , qui , dans les plans communiqués à son comité militaire, ne fait point partie des dépenses de l'armée.

» L'ensemble de ces divers objets, malgré les réductions qui ont eu ļieu depuis mon avénement au trône, s'élevait encore à trente-un millions, indépendamment d'un droit d'aide sur la ville de Versailles, montant à goo,200 livres, lequel entrera désormais dans le revenu public, avec la diminution relative à mon séjour le plus habituel à Paris.

» Je crois que vingt-cinq millions, en y ajoutant le revenu des parcs , domaines et forêts des maisons de plaisance que je conserverai, pourront, au moyen de retranchemens considérables, suffire convenablement à ces différentes dépenses.

» Quoique je comprenne ma maison militaire dans les objets dont je viens de faire l'énumération, je ne me suis pas encore occupé son organisation. Je désire à cet égard, comme à tout autre ,

de concilier mes vues avec le nouvel ordre de choses. Je n'hésite pas à penser que le nombre de troupes destinées à la garde du roi doit être déterminé

par un réglement constitutionnel ; et comme il importe à ces troupes de partager l'honneur et les dangers attachés à la défense de la patrie , elles doivent être soumises aux règles générales de l'armée.

► D'après ces considérations j'ai retardé l'époque à laquelle

de

mes

Une voix. « Demandez-lui s'il est chargé de vous proposer l'initiative

pour

le roi. » M. Destourmel. « Vous vous rappelez, messieurs, le transport général que cette lettre produisit dans l'Assemblée..... (Murmures.) Les propositions du roi furent unanimement adoptées; d'abord par acclamation, expression qui caractérisa et caractérisera toujours dans les grandes occasions la nation française ; ensuite par le mode que vous avez consacré pour déterminer votre væu. Vos comités ont

gardes du corps doivent reprendre leur service , et le délai de l'organisation de ma maison militaire a d'autant moins d'inconvénient que depuis que la garde nationale fait le service auprès de moi je trouve en elle tout le zèle et l'attachement que je puis souhaiter , et je désire qu'elle ne soit jamais étrangère à la garde de ma personne.

» Il me serait impossible d'acquitter sur un fonds annuel limité la dette arriérée de ma maison, dont l'Assemblée a connaissance ; je désire qu'elle comprenne cet objet dans ses plans généraux de liquidation.

» Je pense que le remboursement des charges de ma maison et de celle de mes frères doit être ordonné et se joindre à l'article précédent, la Constitution ayant proscrit la vénalité des charges. Cette disposition doit entrer naturellement dans les vues de l'Assemblée ; elle sera d'autant plus juste que ceux qui se sont soumis à des sacrifices d'argent considérables pour acheter les charges avaient lieu de compter sur des grâces que le nouvel ordre de choses ne leur permet plus d'espérer.

» Je finis par l'objet qui me tient le plus à cæur.

» J'ai promis par mon contrat de mariage avec la reine que dans le cas où je cesserais de vivre avant elle une maison convenable lui serait conservée ; elle vient de faire le sacrifice de celle qui de tout temps a été attribuée aux reincs de France, et qui, réunie au comptant , s'élevait au delà de quatre millions.

» C'est un motif de plus pour moi de désirer que l'engagement indéterminé que j'ai pris avec elle et son auguste mère soit rendu précis par la fixation de son douaire : il sera doux de devoir aux représentans de la nation ma tranquilllité sur un point qui intéresse aussi essentiellement mon bonheur.

» Après avoir répondu au veu de l'Assemblée nationale avec la confiance qui doit régner entre elle et moi , j'ajouterai qne jamais je ne serai en opposition avec elle pour aucune disposition relative à ma personne; mes vrais intérêts propres seront toujours ceux du royaume; et pourvu que la liberté et l'ordre public, ces deux sources de la prospé

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