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ECOLE LIBRE DES SCIENCES POLITIQUES

COURS D'HISTOIRE DIPLOMATIQUE

LE

TRAITÉ DE PARIS

DU 20 NOVEMBRE 1815

I. LES CENT JOURS

II. LES PROJETS DE DÉMEMBREMENT III. LA SAINTE-ALLIANCE

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LES TRAITÉS DU 20 NOVEMBRE

PAR

M. ALBERT SOREL

c.
PARIS

LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE

RUE DE L'ÉCOLe-de-médecine, 17

5534.30
Fr 1570.85.

1874, Kay 30.

Minot Funil.

(5f. 600.4 Inching 22.)

Ce volume contient la matière de trois leçons professées à l'École libre des sciences politiques au mois de mars 1872. Le programme du cours d'histoire diplomatique était l'Histoire des traités de 1815, comment ils ont été conclus; comment ils ont été détruits. Ce cours embrassait ainsi toutes les grandes transactions européennes, depuis le congrès de Vienne jusqu'à la constitution de l'empire Allemand.

Je n'avais point à présenter aux auditeurs un précis de l'histoire de l'Europe pendant cette période. Je ne devais point non plus me borner à l'énumération des traités, à l'explication des textes, au commentaire des protocoles. Tout traité est une expression des rapports qui existent, au moment où il est négocié, entre les forces des États qui le concluent. La valeur d'un traité dépend de l'exactitude avec laquelle il exprime ces rapports. Pour connaître cette valeur, ce sont les termes du rapport qu'il importe d'étudier, c'est-à-dire la situation des États, la nature des peuples, le caractère des hommes, la portée des événements qui ont produit le traité. On sort ainsi des conventions officielles,

des abstractions diplomatiques, on entre dans l'histoire vivante, dans la réalité.

J'ai conçu le cours comme une suite de monographies reliées entre elles par des exposés très-succincts destinés à résumer les données de chaque problème, à marquer l'enchaînement de la série. J'ai dû supposer à l'auditeur la connaissance, au moins générale, des événements intermédiaires et de l'histoire intérieure des États. Je me suis borné à en détacher ce qui me semblait essentiel à l'intelligence de mon sujet, renvoyant, pour le détail, aux histoires générales et aux mémoires du temps. C'est ainsi que pour l'histoire de la seconde paix de Paris, j'ai renvoyé les auditeurs à l'histoire du Consulat et de l'Empire, à l'histoire du XIXe siècle de Gervinus, aux deux derniers ouvrages surtout publiés en France sur la Restauration, l'Histoire de M. de Viel-Castel plus étendue, plus égale, plus continue, plus diplomatique aussi et plus refroidie, histoire d'État, et à celle de M. Duvergier de Hauranne moins didactique, moins suivie, mais plus individuelle, plus vivante, semée de digressions instructives, remplie de citations, de témoignages de première main, moins une histoire proprement dite qu'une série de chapitres de mémoires, histoire d'opposition.

Dans un premier essai, aussi hâtif, presque improvisé, je n'ai pas cru devoir tenter une étude abstraite, détachée, des événements. Loin de chercher la vérité absolue, que je n'aurais pas découverte, je me suis renfermé à dessein dans la vérité relative. Je ne me trouvais ni assez d'essor, ni assez de soutien pour planer au-dessus des hommes, des partis,

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TRAITÉ DE PARIS DU 20 NOVEMBRE 1815 des nations. Je n'ai point cherché à m'élever à un point de vue supérieur; je me suis imposé au contraire de demeurer à terre, de me placer au point de vue de chaque homme, de chaque parti, de chaque nation, et de passer de l'un à l'autre en décrivant successivement ce que j'avais observé. Je rendais ainsi les choses telles qu'elles m'étaient données, et il m'était permis de tirer parti des documents mélangés que j'avais entre les mains je présentais à l'auditeur des faits, rien que des faits, tous ceux que j'avais pu rassembler, et je m'efforçais de recomposer ainsi la physionomie des hommes et des temps, telle que la donnaient, pour chaque pays, les contemporains les plus intéressés. Dans ce dessein j'ai multiplié les textes, je ne me suis interdit aucune citation, pensant qu'un aperçu de la littérature diplomatique de chaque période rentrait dans mon sujet.

En essayant ainsi de comprendre le plus d'hommes et le plus de faits qu'il m'était possible, et de les expliquer, je ne me suis point interdit de rapprocher les uns des autres, de détacher les rapports, de dégager les contradictions. Ļa méthode critique, l'étude objective des faits psychologiques n'interdit point certaines conclusions morales et certains enseignements politiques; je me suis borné la plupart du temps à les indiquer, à y solliciter l'auditeur plutôt qu'à l'y arrêter; lorsque la déduction en était très-nette et pour ainsi dire forcée, j'ai essayé de la formuler en peu de mots : ici je me plaçais exclusivement au point de vue des intérêts de notre pays.

Je ne crois pas que le patriotisme perde en s'éclairant, qu'il se refroidisse en cherchant dans l'histoire une conscience

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