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ABATAGE ORDINAIRE.

L'abatage ordinaire peut s'appliquer à des roches terreuses ou à des roches tendres.

Les roches terreuses sont attaquées à la pioche : la pioche ordinaire n'a qu'une branche en fer terminée par un biseau ou tranchant dont le plan est normal au manche, mais c'est plutôt un outil de cultivateur qu'un outil de terrassier, car on ne l'emploie guère que pour la terre meuble.

La vraie pioche du terrassier, ou tournée (figure 1, planche I), a un manche de 1o, 10 de long terminé par un fer à deux branches, l'une en pointe, l'autre en biseau; la pointe sert à fendre les parties dures et argileuses qu'on peut rencontrer, le coupant est réservé pour les parties terreuses ou arénacées, plus friables ; les deux branches se complètent l'une par l'autre.

Le centre de gravité de l'ensemble doit se trouver sur le manche; c'est une condition fort importante si l'on veut que la pioche puisse être maneuvrée dans un plan quelconque, vertical ou non, car, sans elle, le manche tournerait à chaque instant dans la main de l'ouvrier.

Pour la même raison, la section du manche doit être non pas circulaire, mais elliptique, ainsi que nous l'avons déjà dit en parlant des outils du charpentier et du forgeron.

Enfin, le mouvement imprimé à la pioche étant une rotation autour d'un point fixe, qui est le joint du bras et de l'épaule, si l'on veut que le fer tombe normalement au sol, il faudra donner aux deux branches un profil circulaire ayant pour rayon le bras de levier.

La courbure du fer doit être d'autant plus accusée que le manche de l'outil est plus court.

Lorsque la pioche a réduit la roche en menus fragments, on les enlève et on les charge avec une pelle dans les véhicules destinés à les coduire au lieu de dépôt.

La pelle est donc l'auxiliaire indispensable de la pioche; la pelle est en fer ou en acier fondu; elle est légèrement creuse, de manière à maintenir les terres qu'elle reçoit; comme elle doit s'engager horizontalement dans la masse, si le manche était dans le prolongement du fer, l'ouvrier devrait se courber jusqu'à terre pour enfoncer la pelle et la charger, et ce serait une position très-latigante; pour une bonne exécution du travail, l'ouvrier doit être légèrement courbé: le manche est alors incliné à 45° et par suite le fer fait avec lui un angle de 135o. Dans une galerie basse, où l'homme serait forcé de se tenir courbe, il faudrait augmenter cet angle oblus, et le fer arriverait insensiblement à se mettre dans le prolongement du manche.

Quand la dureté des matières à extraire augmente et qu'on se trouve réellement en présence d'une roche tendre et non plus d'une simple terre compacte, il faut recourir au pic :

Comme forme générale, le pic ressemble beaucoup à la pioche; il en diffère par les dimensions et par la forme des extrémités du fer, qui sont toujours plus ou moins pointues. La pointe est d'autant plus accusée que la roche est moins dure, et cela se conçoit, car une pointe fine se brisera bien vile sur une roche dure. Il va sans dire que toutes les pointes de cet outil sont aciėrées et qu'il faut les recharger assez fréquemment, si l'on veut qu'elles fournissent un pon travail; les outils destinés aux roches dures ne doivent pas subir une trempe trop énergique, sans quoi ils seraient exposés å se briser fréquemment.

Les figures 3 et 4, planche I, représentent diverses espèces de pic à une ou à deux branches employés par les mineurs; A et B sont les pies des comtés de Stafford et de Du ham, C la rivelaine de Belgique formée d'un fer plat emmanché dans un long manche de 1",80. On voit à côté les pics à une branche, dont le n° est employé dans le comté de Pembroke et le n° 2 en Westphalie ; quant au no 3, c'est le pic de Liége ou Haveresse.

Le pic ordinaire n'a pas un poids supérieur à 25,5, mais le pic à roches pèse jusqu'à 4 kilogrammes et plus.

On ne se sert point du pic comme de la pioche; avec celle-ci, on débite la masse en menus fragments correspondant chacun à un coup de l'outil : s'il fallait opérer ainsi avec le pic, on perdrait beaucoup de temps et de force. On se sert du pic pour creuser dans la masse des rainures horizontales et verticales qui isolent un bloc sur quatre ou cinq de ses faces et ne le laissent adhérer au reste du rocher que par une ou deux faces. La rupture suivant cette face unique ou ces deux faces est obtenue soit avec le pic lui-même, soit le plus souvent avec des coins ou quelques coups de mine.

Ainsi, la figure 5 de la planche I, représente une exploitation par gradins : on exécute dans le gradin inférieur deux rainures verticales ab, cd, puis à la partie inférieure une rainure horizontale ef ; il n'y a plus qu'à détacher la face verticale gf, ce qu'on sait au moyen de coins en fer que l'on enfonce en g à grands coups de masse. Cette manière d'opérer serait dangereuse, si l'on n'avait soin d'étayer un peu la face verticale antérieure (eh).

Les entailles verticales sont assez faciles à exécuter, même en leur donnant une faible largeur; quant à l'entaille horizontale sous le massif, elle est d'un travail pénible, on la désigne par le nom de sous-cave. Dans certaines roches, comme la houille, on trouve de place en place des lits ou feuillets argileux plus faciles à attaquer ; c'est à leur emplacement qu'on exécute les sous-caves, qui prennent alors le nom de havaye.

Nous ne parlerons pas de l'abatage au ciseau, qui ne peut s'appliquer qu'aux roches précieuses, ni de l'abatage à la pointerolle, qu'on employait autrefois à l'extraction des roches très-dures susceptibles de se détacher seulement par petits morceaux. La pointerolle est un morceau de fer terminé à un bout par une tête carrée, et à l'autre par une pointe aciérée; en son milieu, il porte un trou carré dans lequel on engage un manche assez court qu’un ouvrier tient à la main pour appuyer la pointerolle à l'endroit voulu; un autre ouvrier, armé d'une masse, frappe sur la tête de la pointerolle et l'enfonce peu à peu. Chaque couple d'ouvrier est muni d'une trousse de pointerolles assorties de longueurs croisantes, et il en change à mesure qu'elles s'émoussent ou deviennent trop courtes. (Fig. 6 et 7.)

Mais, nous le répétons, le travail de la pointerolle n'est plus guère en usage aujourd'hui et partout on lui a substitué la poudre.

ABATAGE A LA POUDRE.

L'abatage à la poudre consiste à creuser dans la roche des excavations que l'on remplit en partie de poudre et que l'on ferme par une bourre; puis on enilamme la poudre à distance ; l'explosion se produit et donne deux esfets : 1° disjonction et fendillement de la masse de rocher ; 2° projection d'une partie des blocs formés. Ce dernier effet est dangereux et inutile : quelquefois cependant il se produit seul : lorsque la mine est mal placée, et que les parois du trou résistent à la pression, celui-ci joue le rôle d'un canon de fusil et la bourre seule est projetée.

Dans son mémoire sur la percée du Lioran, M. l'ingénieur Ruelle a décrit avec beaucoup de soin et de netteté les méthodes usuelles pour forer, charger et enflammer les mines ordinaires. Nous ne pouvons mieux faire que de lui emprunter les lignes suivantes :

« Forage des trous de mine. Les principaux outils dont se servent les mineurs pour l'exploitation du rocher sont le fleuret, la massette, la barre à mine, la pince, le coin, la pointerolle, le pic et l'épinglette. Le pic n'est employé que dans les roches les plus tendres où le secours de la mine devient inutile; il sert aussi à détacher les blocs ébranlés et à faire disparaitre les aspérités des parois. La pointerolle le reniplace dans les roches dures : c'est un outil rond, un peu plus long que le ciseau ordinaire de maçon et se terminant d'un côté en pointe fortement aciérée ; l'ouvrier le tient de la main gauche et frappe sur la tête avec la massette, espèce de marteau rectangulaire du poids de 2k,50, à faces planes et à manche court. La pince, barre de fer en forme de levier coudé, et le coin sont employés pour achever de fendre et séparer les grandes masses. Les trous de mine de l'avancement se faisaient tous au moyen du fleuret qui est une barre de ser ronde de 0m,025 å Om,03 de diamètre et de 0m, 60 à 1m, 20 de longueur, terminée d'un côté par un saillant biseauté formant pointe au milieu. C'est en frapfant avec la massette sur la tête du fleuret, maintenu de la main gauche, que l'ouvrier perce le trou de mine; après chaque coup il a soin de relever un peu le fleuret et de le faire tourner d'une fraction de circonférence pour l'empêcher de s'engager dans le rocher et pour obtenir un trou cylindrique. Il jette aussi de temps en temps un peu d'eau dans le trou pour rafraichir la pointe du fleuret et délayer les détritus, qu'il retire avec une tige de ser, recourbée en forme de cuiller à son extrémité, et qui porte le nom de curette (fig. 9); un bourrelet de paille passé autour du fleuret et adhérent à l'ouverture du trou, empêche l'eau de rejaillir au dehors. Le tranchant au moyen duquel le fleuret mord dans le rocher doit être bien aciéré et retrempé toute les fois qu'on l'astine.

On s'est servi alternativement au Lioran de massettes aciérées ou non aciérées ; dans le premier cas, la tête du fleuret, qui est en fer doux, s'aplatit et forme champignon ; dans le second cas, la tête du fleuret est aciérée et ce sont les faces de la massette qui se creusent. Nous pensons, d'après une assez longue expérience, que l'on doit préférer les massettes non aciėrées; le déchet est un peu plus considerable, mais les coups sont mieux assurés et le travail y gagne. De plus, les ouvriers n'ont pas à craindre de recevoir dans les yeux des paillettes de ser détachées de la massette et projetées au moment du choc, ce qui peut occasionner des accidents graves. Les mineurs du revanché travaillaient simultanément au fleuret et à la barre à mine; souvent le forage au fleuret s'effectuait par deux ouvriers dont l'un tournait l'instrument pendant que l'autre frappait dessus avec une lourde masse appelée masse à couple. Les barres à mine, qui ne sont autre chose que des fleurets plus longs et plus gros, présentant un tranchant acieré à leurs deux extrémités, étaient généralement employées pour les trous pratiqués verticalement ou avec une forte inclinaison et qui devaient avoir une grande profondeur. On commence d'abord les trous avec le fleuret et on les continue

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avec la barre à mine qu'un ou deux ouvriers manæuvrent en la relevant et 1 enfonçant successivement avec force et la faisant tourner chaque fois d'une petite quantilé.

Opération de la charge. — En réfléchissant aux procédés usités pour l'exploitation du rocher à la mine, on est étonné que l'art du mineur n'ait pas fait de progrès depuis que l'on se sert de la poudre, et que la forme des outils employés soit restée presque la même. On a bien imaginé des espèces de tarières pour percer plus rapidement les roches tendres et donner aux trous de plus fortes dimensions, mais leur usage n'a pu s'étendre encore aux roches dures et il faut toujours avoir recours aux outils mus par percussion. On doit espérer néanmoins qu'on trouvera un moyen plus efficace de forage et qu'on parviendra surtout à disposer la charge de poudre de manière à obtenir le maximum d'effet utile. Dernièrement un de nos camarades d'école, M. Courbebaisse, ingénieur à Cahors, est parvenu à obtenir des résultats remarquables dans l'exploitation des roches calcaires. En versant de l'acide hydrochlorique au fond d'un trou de mine percé à la manière ordinaire jusqu'à une grande profondeur, il en corrode les parois et obtient au bout de quelque temps une chambre assez spacieuse qui, bien nettoyée, bien séchée et remplie d'une forte charge de poudre, produit des effets très-puissants. Ce moyen parait surtout avantageux pour exploiter des roches calcaires pleines, sans fissures, sur une grande hauteur verticale, au bord d'un fleuve ou d'un précipice où les masses ébranlées peuvent rouler, sans qu'il soit besoin de les réduire en blocs moins lourds pour les déblayer et les transporter; mais les conditions particulières de l'exploitation en souterrain permettraient difficilement de l'appliquer. Ce qu'il faudrait surtout obtenir, c'est une plus grande rapidité dans la main-d'æuvre du forage.

Disons maintenant quelques mots des précautions à prendre pour charger les mines et y mettre le feu. On sait que chaque mineur s'éclaire, pour forer un trou de mine, au moyen d'une lampe en fer ayant la forme d'un ellipsoide de révo. lution très-aplati perpendiculairement à son axe, et fermée hermétiquement pour que l'huile ne puisse se répandre par suite des mouvements et des chocscette lampe s'accroche à une aspérité de la roche, dans la position la plus com; mode pour bien éclairer le travail de l'ouvrier'.

Lorsque le trou de mine est arrivé à la profondeur convenable, eu égard à la forme et à la nature de la masse que l'on veut faire sauter, on le nettoie en retirant tous les détritus délayés qui sont au fond, au moyen de la curette, petite tige de fer recourbée à son extrémité en forme de cuiller, et on l'essuie avec du papier gris, de la mousse sèche ou des étoupes. Si le trou est percé dans une roche aquifère, il est nécessaire de le graisser, c'est-à-dire de l'enduire avec de l'argile grasse bien battue et bien malléable que l'ouvrier lisse avec soin sur tout le pourtour, jusqu'à ce que les suintements ne paraissent plus. Mais ce procédé est insuffisant quand le trou de mine donne lieu à de trop forles infiltrations, et il faut alors l'abandonner ou enfermer la poudre dans des sacs de toile goudronnée, pour la préserver de l'humidité, et y mettre le feu d'une manière particulière. Dans les autres cas, on se contente de mettre la charge de poudre dans une cartouche cylindrique faite en gros papier, que l'on chasse au fond du trou avec un morceau de bois. Nous n'avons pas mème em

Il n'est guère probable qu'un appareil général d'éclairage pût remplacer avantageusement dans un souterrain ce mode particulier, à cause de l'ombre que projetteraient les mineurs sur leur travail même, dans les diverses positions qu'ils sont obligés de prendre.

ployé de cartouches pour les trous de mine ayant une assez forte inclinaison du haut en bas, et on y versait simplement la poudre, avec précaution, au moyen d'un petit cylindre de fer-blanc. Cet usage doit être proscrit dans les ateliers où l'on exploite des roches vives, siliceuses, donnant facilement des étincelles; mais il n'en est résulté aucun inconvénient à la percée. La qualité de la poudre à mine a du reste une certaine influence; ainsi la poudre à grains sphériques est bien préférable à celle à grains inégaux et irréguliers, parce qu'elle arrive tout au fond, sans s'arrêter sur les parois et sans les salir, comme fait l'autre, qui est toujours un peu pulverulente. Les mineurs prétendent aussi qu'elle s'enflamme plus rapidement et donne moins de fumée.

Après avoir tassé la poudre avec le bourroir en bois, on met en place l'épinglelie, qui est une baguette de cuivre jaune (fig. 10), se terminant en pointe d'un côté et par un anneau de l'autre, destinée à conserver l'emplacement de la mèche qui doit communiquer le feu à la mine. Lorsque l'épinglette a pénétré jusqu'au milieu de la cartouche ou de la masse de poudre, on fait glisser dans le trou une pelote de terre grasse qui vient s'appliquer sur la poudre, qu'elle isole complétement, tout en maintenant l'épinglette contre la paroi du trou de mine. On bourre alors, avec des débris d'argile sèche ou de roches très-tendres, ne pouvant donner d'étincelles par le froitement ou les chos, en ajustant sur l'épinglette la rainure que présente le bourroir à sa partie inférieure, qui est renflée à la largeur du trou, et frappant dessus avec la masserte. Il conviendrait, pour plus de sûreté, de se servir de bourroirs en cuivre, mais ils s'usent si facilement que nous avons eu beaucoup de peine à l'obtenir des ouvriers pendant quelque temps, et qu'ils en sont revenus aux bourroirs en fer. Nous n'avons eu heureusement à déplorer aucun accident. Il en est arrivé un assez singulier par le fait de l'épinglette ; au moment où le mineur la retirait pour replacer la mèche, la mine est partie; et comme on ne peut supposer que le frottement du cuivre contre le rocher ait pu produire une étincelle, il faut admettre qu'elle s'est formée par le frottement de petits débris de roche entraînés, ou bien que la chaleur développée a suffi pour enflammer la poudre.

Manière de mettre le feu. C'est en mellant le feu aux mines que les accidents ont lieu le plus ordinairement; cette opération exige de grandes précautions, aussi n'était-elle confiée qu'aux mineurs d'élite. A la couronne, les ouvriers, qui étaient tous choisis avec discernement, préparaient chacun leur mine et y mettaient le feu; au revanche, les chefs mineurs étaient exclusivement chargés de cette double opération; et, pendant ce temps-là, les autres ouvriers commençaient de nouveaux trous. Voici comment on procède : La mine étant bin bourrée et avec d'autant plus de force qu'on s'éloigne davantage de la poudre, on recouvre le bourrage d'une pelcte de terre glaise pour bien le fixer, afin qu'il ne tombe rien dans le trou laissé par l'épinglette, qu'on retire doucement en passant le manche d'une massette dans l'anneau et en frappant contre ce manche. On place ensuite la mèche, qui consistait au Lioran, comme dans la plupart des exploitations, en une suite de petits cornels de papier enfilés les uns dans les autres et tapissés intérieurement d'une mince couche de poudre durcie. Le diamètre de ces petits tuyaux, que l'on appelle canettes, est de 0,003 à (",005; on y verse quand ils sont préparés un mélange liquide de poudre et d'eau qui forme en séchant cette mince couche destinée à communiquer le feu à la charge. La canelte doit être enfoncée aussi profondément que possible dans le trou de l'épinglette, et il faut prendre garde qu'elle ne se replie dans le mouvement ou que les parties dont elle se compose ne se séparent les unes des autres,

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