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à leurs professeurs les lettres qu'ils écrivoient à leurs parens ou à des amis avant de pouvoir les faire partir, il en communiqua une à M. Do. mairon qu'il adressoit en Corse, et dans laquelle il partoit avec peu de respect de Louis XVI. Jeune homme, lui dit M. Domairon , brúlez cette lettre devant moi ; vous mériteriez d'être chassé de l'École pour vous exprimer d'une manière aussi irrespectueuse du souverain votre bienfaiteur : il brûla la lettre avec colère.

La révolution ayant fait perdre à M. Domairon sa place de professeur, il se trouva contraint de se retirer dans un collège de province; il écrivit plusieurs fois sans succès à Napoléon, la première année de son consulat à vie. M. Domairon reçut enfin l'ordre de se rendre à Paris, pour donner des leçons de belles-lettres à Jérôme Buonaparte. Il se présente au premier consul, qui lui dit : Eh bien ! M. Domairon, les choses sont bien changées depuis la lettre brülée ; vous ne ine condamnneriez pas aujourd'hui. Ce professeur donne à Paris et à SaintCloud, pendant neuf mois des leçons à Jérôme, sans recevoir d'argent; le besoin lui en fait demander au secrétaire, qui promet d'eu parler au premier consul, qui dit : que Donairón fasse son mémoire. Cette conduite de la part de son ancien élève le surprend ; néanmoins il

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fait son mémoire qui se monte à 1037 francs ; il ne reçoit que 1000 francs.

M. Léguille, l'un des professeurs de l'Ecole militaire, chargé de rédiger des notes sur chaque élève, avoit écrit, à côté du nom de Napaléon Buonaparte: Corse de nation et de caractère ; il ira loin si les circonstances le favorisent.

Dès la première campagne d'Italie de Buonaparte, M. L. fit voir son portrait au philosophe Lavater à Zurich, qui, après l'avoir examiné, dit : C'est le portrait d'un fou ; les yeux sont faux et inquiets, l'ame est sèche; un homme qui auroit toutes les lignes indiquées dans cette physionomie seroit capable de bouleverser le monde. On ignore si Napoléon a eu connoissance du jugement de Lavater ; mais ce qu'il y a de certain , c'est que ce respectable philosophe est mort dix-huit mois après d'un coup d'épée que lui porta un soldat français au moment où il traversait la rue pour rentrer dans sa maison à Zurich. Cet événement arriva le quatrième jour de l'entrée des Français dans cette ville.

Un décret de l'assemblée constituante rappela , en 1789, le général Paoli qui étoit exilé de sa patrie depuis 1768. Il s'étoit retiré en Angleterre : il revint en France, et fut reçu à Paris avec enthousiasme par les patriotes , qui lui déceruèrent une couronne civique. Paoli, après

avoir été présenté à Louis XVI par Lafayette , se rend à la barre de l'assemblée nationale pour la remercier du décret qui le rendoit à sa patrie. Le club de 1789 lui donna une fête où se trou. vèrent l'abbé Sieyes, Bailly, Lafayette, etc. Paoli s'embarqua ensuite pour la Corse, emmena avec lui Napoléon, fils de son ancien ami. Deus partis divisoient la Corse , les patriotes et les aristocrates; l'arrivée de Paoli exalta les idées patriotiques , et donna de vives inquiétudes ; sa présence devint une occasion de troubles pour sa patrie. La nouvelle de la mort de Louis XVI affecta Paoli; il voulut renoncer au parti démagogique, qui le dénonça à la convention nationale ; il fut déclaré traître à la patrie et mis hors la loi ; il s'embarqua pour Livourne. Napoléon Buonaparte et son frère Lucien restèrent fidèles au parti révolutionnaire ; tous les deux affichoient le sans-culotisme le plus outré ; ils montoient la garde en sabots et en

bonnet rouge.

Joseph Buonaparte étoit alors commis à l'administration du district du département à Ajaccio.

Napoléon s'étoit fait nommer lieutenant-colonel de la garde nationale; il dit depuis à ses amis : Si j'avois été général en 1789, j'aurois

le

embrassé le parti du roi; sous-lieutenant, j'ai embrasser celui de la révolution.

Un décret bannit Napoléon de la Corse; il est obligé de quitter sa patrie avec toute sa famille ; ses frères, Joseph , Lacien et Louis sont compris dans la proscription de leur frère Napoléon; la mère emmène avec elle trois filles et son fils Jérôme, encore enfant. Cette famille, fugitive et sans fortune, vints'établir à Marseille et vécut des secours que gouvernement accordoit aux réfugiés. Lucien, Joseph , Louis, et leur oncle Fesch, qui avoit quitté l'habit ecclésiastique, étoient sans ressource; on promena un chapeau dans le club des jacobins de Marseille pour subvenir à leurs besoins. Cette famille étoit logée dans la maison de M. Clary, riche négociant et fabricant de savon : le général Collin, pour adoucir la rigueur de leur situation, lui faisoit donner tous les jours, outre les distributions ordinaires , quelques livres de pain et autant de viande; par suite il a été récompensé de ses actes de bienfaisance par une lettre d'exil de Napoléon.

La maison Clary, amie de la révolution et induite en erreur, d'après les intentions de la faction de la montagne, étoit le rendez-vou des officiers français. M. Clary avoit dcui demoiselles charmantes , qui avoient reçu une

excellente éducation; elles ne manquoient pas d'adorateurs. L'une épousa Joseph Buonaparte, l'autre se maria au général Bernadotte , qui eat la préférence sur Napoléon.

La ville de Marseille étoit dans un état d'agitation au moment où Napoléon arriva. Il n'appartenoit alors à aucun régiment, ne servant plus dans l'artillerie ; cependant pour donner un nouveau gage de dévouement à la convention nationale, Napoléon fit imprimer à Avignon, chez la veuve Sabin Tournal, un pamphlet des plus révolutionnaires, intitulé le Souper de Beaucaire, dialogue entre Maral et un fédéraliste.

Marseille fut vaincue par le parti montagnarl, sous la puissance des proconsuls Fréron, Barras, Salicetti, Ricord et Robespierre jeune, dont Napoléon avoit su captiver l'amitié la plus intime.

Lès proconsuls déclarèrent que cette ville n'auroit plus d'autre nom que celui de SansNom : c'étoit bien lui donner un nom. Les plus beaux édifices sont détruits, sept cepts citoyens sont fusillés ou guillotinés ; les prisons encom brées de victimes.

Au mois de juin 1793, la ville de Toulon, effrayée d'és malheurs de Lyon et de Marseille, ouvre ses ports aux Anglais : Toulon fut dé

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