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M. Camus, aufli habile à étouffer les abus à venir, qué courageux à dévoiler et proscrire les abus passés.

On a présenté aussi à l'assemblée un tableau des besoins de l'Etat et des impofitions qui feront établies pour y fournir. Il en résulte que les charges actuelles ne seront pour la France que de 504 millions , tandis que les anciennes s'élevoient à 738 millions. La nation sera donc soulagée de plus de 100 millions.

L'alemblée a rendu un nouveau décret relatif aux suites de l'alfaire de Nancy. Les juges de cette ville avoient commencé une ptocédure contre ceax qu’on accusoit d'avoir éxcité ou fomenté les troubles. Les dispositions de ces juges étant suspectes , beaucoup de citoyens n'ayant été égarés que par les inquiétudes d'un ardent patriotisme , cette procédure alarmoit et divisoit toutes les familles et 'empêchoit la paix de se rétablir dans un pays , qui se trouvant sur la frontière , a besoin de la force que donne l'union des citoyens. L'assemblée a fagement annullé ces premières poursuites. Elle a aussi décrété que les régimens du Roi et de Mestre-de-Camp, dont la révolte avoit causé tant de maux , seroient réformés et licenciés.

Des 9 et 10. Deux articles ont été décrétés sur la contribution mobiliaire ou personnelle ; elle sera établie sur le revenu de chaque citoyen , évalué en raison du loyer qu'il paie. Cette évaluation se fait dans une proportion croissante. Celui qui paie dix mille livres de loyer est présumé avoir en revenu les neuf dixièmes de plus c'est-à-dire cent mille livres de rente ; tandis que cent livres de loyer sont cenfés être le quart du revenu du citoyen peu aisé qui les paie. Il est aisé de voir combien cette proportion est équitable, et savorable au pauvre. Le second article porte que la contribution personnelle sera pour chacun du vingtième de fon revenu, présumé suivant ces proportions, ou du dix-huitième , fi le vingtième ne suffifoit pas pour atteindre la subvention décrétée.

Nous sommes forcés de renvoyer au numéro suivant l'extrait de l'instruction sur la contribution foncière.

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Evenemens.

PETERSBOURG. La flotille russe , commandée par le général-major Ribas, est enirée par une des septembouchures du Danube, après avoir détruit l'escadre turque

qui en défendoit le passage avec une puissante artillerie. Dans le même temps un détachement Russe, passant le Danube, a pénétré dans les retranchemens de l'armée Ottomane et lui a enlevé trente-sept canons. Ces rapides victoires sont une preuve des avantages de la discipline sur la valeur. Car le Russe et le Turc sont également courageux. Mais le dernier s'abandonne à un fatalisme aveugle, et il semble être le soldat du hazard. Le premier, au contraire , obéissant et discipliné, s'attache aux règles militaires, et semble être le soldat de la tactique. Elle conduit sa marche; eile dirige ses attaques; elle lui apprend à profiter tour-à-tour des avantages du moment et des fautes de l'ennemi.

Vienne. Le couronnement du roi de Hongrie s'est fait avec cette magnificence qui est la maladie des princes et la folie des peuples. Léopold a donne' un spectacle d'un genre plus digne de lui : au milieu du repas qu'il donnoit à sa cour, il s'est levé, et il s'est écrié , le verre à la main : vive la nation Hongroise. Il ne s'est pas borné à cette salutation. Pénétré des devoirs du trône, il a de son propre mouvement prêté à la nation Hongroise le serment militaire. Les officiers Bohêmes et Autrichiens ont frémi en l'écoutant. Ils ont tremblé pour leur aristocratie , en voyant Léopold abjurer le despotisme.

FRANCFORT SUR LE MÉIN. Dans la dernière foire tenue dans cette ville , on avoit vendu près de vingt mille mouchoirs, sur lesquels étoit écrite la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Un baron Allemand ayant vu entre les mains d'un paysan de sa terre , un de ces mouchoirs , le déchira avec fureur. Les autres paysans en recueillirent les morceaux et les ont encadrés. Ces reliques produiront tôt ou tard un grand miracle, celui d'affranchir l'Allemagne de ses barons et.de ses fers.

Ceuta, côte d'Afrique. La guerre des Espagnols contre les Maures, paroît prête à finir. Les Maures se sont présentés avec leur drapeau de paix devant le général Espagnol qui commande à Ceuta. Le général Maure portant la parole , lui dit que le roi de Maroc, son souverain, lui avoit ordonné de cesser toute attaque et de faire trancher la tête au premier Maure qui oseroit

mence.

remuer seulement. Voilà bien la justice et l'humanité des rois de Maroc. Un de ces rois ne montoit jamais à cheval sans couper avec son cimeterre , la tête de son écuyer: c'étoit pour montrer son adresse et sa clé

PHILADELPHIE, en Amérique. Une lettre du petit-fils de Benjamin Franklin , raconte la mort de ce libérateur du nouveau monde : quoiqu'âgé de plus de quatrevingt ans, il n'est pas mort de vieillesse , mais d'une pleurésie qu'il avoit gagné en travaillant avec trop d'ardeur: comme Newton, Leibnitz, Voltaire, et d'autres philosophes illustres, il a conservé jusqu'au dernier instant de sa vie la vigueur et la justesse de son esprit. Son petit-fils que la renommée de son grand-père , appeloit aux premiers emplois de la république, a préféré la profession estimable dans laquelle Benjamin Franklin avoit commencé sa carrière, la profession d'imprimeur. L'imprimerie et la philosophie , aidée l'une par l'autre , ont plus servi le genre humain que tous les autres arts ensemble. L'HOMME N'A SU REGNER QUE LORSQU'IL A SU

Brive. On vient d'enterrer avec pompe les restes infortunés du citoyen, disparu' tout-à-coup, et retrouvé enfin mort et noyé. Son corps sera embaumé et placé dans l'hôtel-de-ville, sous une pierre de marbre, avec cette épitaphe: Ci gît Désalleux, citoyen qui s'acquit par ses vertus l'estime des patriotes et la haine des tyrans: citoyens ! réfléchissez sur son sort, et priez pour lui.

STRASBOURG. Nous ne blâmons le clergé que lorsqu'il nous force à le blâmer. Pour peu qu'il nous donne sujet de l'approuver, nous le comblons d'éloges ; et lorsque dans ses erreurs il paroît excusable, nous jetons sur lui le manteau de la charité et de l'indulgence. C'est ainsi que nous nous étions pressé de célébrer la conversion apparente du cardinal de Rohan. Mais il s'est bientôt replongé dans ses illusions. Son retour dans son diocèse a été un 'scandale. Il a, dit-on, arraché les scellés posés par les officiers municipaux. Nous avons de la peine à croire un pareil excès. Mais ce qui est certain, c'est qu'il a protesté contre tous les décrets de l'assem

LIRE.

blée nationale, relatifs aux bians ecclésiastiques. M. le cardinal de Rohan avoit sept cent mille livres de rente. Voilà sept cent mille raisons pour protester. Mais nous doutons que les saints canons qu'il cite, lui soient favorables. Car l'évangile veut des pasteurs missionnaires, et non des prélats millionnaires.

PERIGUEUX. L'arrivée du courier, ayant retardé, plusieurs jours, des bruits effrayans se sont répandus. Les uns disoient le roi mort ou enlevé. D'autres disoient Vassemblée nationale dissoute. D'autres annonçoient une armée étrangère , pénétrant en France. Aussitôt le département s'est assemblé. Huit cent lettres d'avis ont été expédiées aux municipalités voisines. Le département de la Charente, sur les mêmes alarmes, expédia les mêmes avis. Deux mille villages et plus de cinquante petites villes attendoient avec impatience le signal de marcher. Près de cent mille hommes étoient déterminés à vaincre ou à mourir. Le courier arriva enfin, et tout s'est calmé. Si l'aristocratie se montroit jamais en armes, si des meutes ennemies paroissoient sur la frontière , la France attroupée marcheroit en colonne contre elles. Les premiers et les derniers soldats de cette colonne, se précipitant ensemble, écraseroient les aristocrates

aggresseurs, , par milliers. Nos ennemis nous par. lent sans cesse du canon: mais la liberté charge le canon et paye les ingénieurs, encore mieux que la servitude. Enfin nos grenadiers étoient des héros lorsqu'ils n'étoient que des machines armées : que ne feront-ils pas aujourd'hui qu'ils sont des guerriers patriotes ?

Saint-CLAUDE, département du Mont-Jura. Le chapitre et l'évêque de cette ville attendent, dit-on, pour se soumettre aux décrets, la réponse du pape.

Cela

rappelle un trait cité par Nicéphore. L'empereur Andronic avoit envoyé au patriarche Grec un édit concernant l'église grecque. Le patriarche fit répondre qu'il consulteroit sur cet édit un solitaire fameux d'Antioche. Il partit. L'empereur fit élire un patriarche ; et le premier resta dans l'hermitage où il mourut, non d'abstinence, mais de rage. Lorsque l'empereur Constantin le grand, pour établir l'église à la place du paganisme, détermina le territoire qui devoit être catéchisé par

ou les

chaque évêque, plusieurs prélats et abbés, s'impaa tronisant déja dans l'empire où ils venoient à peine d'être reçus, envoyèrent des protestations insolentes et des déclarations rebelles. Constantin répondit : je devrois châtier votre audace : je me suis contenté de brûler vos rapsodies.

ORLEANS. Les domaines nationaux sont vendus le double de leur estimation. La maison des Récolets', estiméė trente mille livres, a été achetée soixante mille livres. Quelques chanoines ayant fait afficher à la porte de l'église d'un village Orléanois, une menace contre quiconque achèteroit ces biens, le curé vint arracher avec solennité cette affiche séditieuse. C'est aux bons pasteurs de préserver leur troupeau des loups déguisés

en soutane.

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VERSALĻLES. Le corps électoral du département de Seine et d'Oisę vient d'élire pour le siège épiscopal de Versailles, M. Davoine, curé de Gomecourt. C'est le troisième curé devenu évêque. Le mérite triomphe donc aujourd'hui dans ce même Versailles où régnoit autrefois l'intrigue.

Crepy. Des religieux, zélés pour le culte des autels', ayant entendu dire que plusieurs ecclésiastiques, mécontens des réformes opérées dans l'église de France', menaçoient follement de quitter le service divin , sont disposés à les remplacer. Dieu ne perdra rien au change, et l'église mieux servie ne regrettera point d'indignes déserteurs.

Uzès. Le bruit s'étoit répandu que le peuple d'Uzès, égaré par le fanatisme , se livroit aux plus coupables excès. Les assemblées primaires de cette ville, affligées et consternées d'apprendre que l'on calomnioit leur patriotisme et leur tranquillité, ont chargé le corps municipal de faire parvenir à l'assemblée nationale un témoignage solennel qui démente les fausses imputations. Les mécontens s'occupent sans cesse à exciter le trouble ou à le supposer.

Cremieu, département de l'Isère. M. Toussaint, directeur des postes et instituteur de jeunes pensionnaires, leur explique les articles de la Feuille Villageoise avec le plus vif intérêt. Ses élèves , touchés de ses leçons et

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