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remuer seulement. Voilà bien la justice et l'humanité des rois de Maroc. Un de ces rois ne montoit jamais à cheval sans couper avec son cimeterre , la tête de son écuyer: c'étoit pour montrer son adresse et sa clémence. i PHILADELPHIE, en Amérique. Une lettre du petit-fils de Benjamin Franklin , raconte la mort de ce libérateur du nouveau monde : quoiqu'âgé de plus de quatrevingt ans, il n'est pas mort de vieillesse, mais d'une pleurésie qu'il avoit gagné en travaillant avec trop d'ardeur: comme Newton, Leibnitz, Voltaire, et d'autres philosophes illustres, il a conservé jusqu'au dernier instant de sa vie la vigueur et la justesse de son esprit. Son petit-fils que la renommée de son grand-père , appeloit aux premiers emplois de la république, a préféré la profession estimable dans laquelle Benjamin Franklin avoit commencé sa carrière, la profession d'imprimeur. L'imprimerie et la philosophie , aidée l'une par l'autre , ont plus servi le genre humain que tous les autres arts ensemble. L'HOMME N'A SU REGNER QUE LORSQU'IL A' SU.

LIRE.

BRIVE. On vient d'enterrer avec pompe les restes infortunés du citoyen, disparu tout-à-coup, et retrouvé enfin mort et noyé. Son corps sera embaumé et placé dans l'hôtel-de-ville, sous une pierre de marbre , avec cette épitaphe : Ci gît Désalleux, citoyen qui s'acquit par ses vertus l'estime des patriotes et la haine des tyrans: citoyens ! réfléchissez sur son sort , et priez pour lui.

STRASBOURG. Nous ne blâmons le clergé que lorsqu'il nous force à le blâmer. Pour peu qu'il nous donne sujet de l'approuver, nous le comblons d'éloges ; et lorsque dans ses erreurs il paroît excusable, nous jetons sur lui le manteau de la charité et de l'indulgence. C'est ainsi • que nous nous étions pressé de célébrer la conversion apparente du cardinal de Rohan. Mais il s'est bientôt replongé dans ses illusions. Son retour dans son diocèse a été un scandale. Il a, dit-on, arraché les scellés posés par les officiers municipaux. Nous avons de la peine à croire un pareil excès. Mais ce qui est certain, c'est qu'il a protesté contre tous les décrets de l'assem

blée nationale, relatifs aux biens ecclésiastiques. M. le cardinal de Rohan avoit sept cent mille livres de rente. Voilà sept cent mille raisons pour protester. Mais nous doutons que les saints canons qu'il cite , lui soient favorables. Car l'évangile veut des pasteurs missionnaires, et non des prélats millionnaires.

PERIGUEUX. L'arrivée du courier, ayant retardé, plusieurs jours, des bruits effrayans se sont répandus. Les uns disoient le roi mort ou enlevé. D'autres disoient Vassemblée nationale dissoute. D'autres annonçoient une armée étrangère , pénétrant en France. Aussitôt le département s'est assemblé. Huit cent lettres d'avis ont été expédiées aux municipalités voisines. Le département de la Charente, sur les mêmes alarmes, expédia les mêmes avis. Deux mille villages et plus de cinquante petites villes attendoient avec impatience le signal de marcher. Près de cent mille hommes étoient déterminés à vaincre ou à mourir. Le courier arriva enfin, et tout s'est calmé. Si l'aristocratie se montroit jamais en armes, si des meutes ennemies paroissoient sur la frontière , la France attroupée marcheroit en colonne contre elles. Les premiers et les derniers soldats de cette colonne, se précipitant ensemble, écraseroient les aristocrates ou les aggresseurs, par milliers. Nos ennemis nous par. ient sans cesse du canon: mais la liberté charge le canon et paye les ingénieurs, encore mieux que la servitude. Enfin nos grenadiers étoient des héros lorsqu'ils n'étoient que des machines armées : que ne feront-ils pas aujourd'hui qu'ils sont des guerriers patriotes ?.

SAINT-CLAUDE, département du Mont-Jura. Le chapitre et l'évêque de cette ville attendent, dit-on, pour se soumettre aux décrets, la réponse du pape. Cela rappelle un trait cité par Nicéphore. L'empereur Andronic avoit envoyé au patriarche Grec un édit concernant l'église grecque. Le patriarche fit répondre qu'il consulteroit sur cet édit un solitaire fameux d'Antioche. Il partit. L'empereur fit élire un patriarche ; et le premier resta dans l'hermitage où il mourut, non d'abstinence, mais de rage. Lorsque l'empereur Constantin le grand, pour établir l'église à la place du paganisme, détermina le territoire qui devoit être catéchisé par

chaque évêque , plusieurs prélats et abbés , s'impaa tronisant déja dans l'empire où ils venoient à peine d'être reçus , envoyèrent des protestations insolentes et des déclarations rebelles. Constantin répondit : je devrois châtier votre audace : je me suis contenté de brûler vos rapsodies.

ORLEANS. Les domaines nationaux sont vendus le double de leur estimation. La maison des Récolets, estiméé trente mille livres, a été achetée soixante mille livres. Quelques chanoines ayant fait afficher à la porte de l'église d'un village Orléanois, une menace contre quiconque achèteroit ces biens, le curé vint arracher avec solennité cette affiche séditieuse. C'est aux bons pasteurs de préserver leur troupeau des loups déguisés en soutane.

VERSAIĻLES. Le corps électoral du département de Seine et d'Oise vient d'élire pour le siège épiscopal de Versailles, M. Davoine , curé de Gomecourt. C'est le troisième curé devenu évêque. Le mérite triomphe donc aujourd'hui dans ce même Versailles où régnoit autrefois l'intrigue.

CREPY. Des religieux, zélés pour le culte des autels', ayant entendu dire que plusieurs ecclésiastiques, mécontens des réformes opérées dans l'église de France, menaçoient follement de quitter le service divin , sont disposés à les remplacer. Dieu ne perdra rien au change, et l'église mieux servie ne regrettera point d'indignes déserteurs.

Uzès. Le bruit s'étoit répandu que le peuple d'Uzès, égaré par le fanatisme, se livroit aux plus coupables excès. Les assemblées primaires de cette ville, affigées et consternées d'apprendre que l'on calomnioit leur patriotisme et leur tranquillité, ont chargé le corps municipal de faire parvenir à l'assemblée nationale un témoignage solennel qui démente les fausses imputations. Les mécontens s'occupent sans cesse à exciter le trouble ou à le supposer.

CREMIEU, département de l'Isère. M. Toussaint, directeur des postes et instituteur de jeunes pensionnaires, leur explique les articles de la Feuille Villageoise avec le plus vif intérêt. Ses élèves, touchés de ses leçons et empressés de s'instruire , voyant arriver la saint Nicolas, ont ramassé entre eux l'argent destiné à célébrer sa fête , et l'ont employé à souscrire pour la Feuille Villageoise. Les auteurs de ce journal, sensibles à une telle préférence , regrettent cependant les privations qu'elle a causées à cette estimable jeunesse , et ils lui destinent des articles qu'ils rendront précieux pour elle, en les rendant instructifs.

Paris. Des écoliers et des séminaristes du collège des Irlandois , n'ont pas célébré avec autant de sagesse la saint Nicolas. Ils avoient fait une petite débauche dans un cabaret voisin de Paris. En revenant, ils s'arrêtèrent auprès de l'autel de la patrie , érigé dans le champ de la Confédération. Comme ils avoient la tête un peu échauffée , ils insultèrent l'autel et la garde qui essaya de les écarter. Le peuple, témoin de leur audace, étoit au moment de les punir, lorsque la compagnie des jeunes élèves de la garde nationale les environna, les fit prisonniers, et les amena captifs à l'hôtel-de-ville. Des enfans-guerriers ont remporté ainsi leur première victoire sur des enfans séditieux.

Un autre bataillon d'enfans a essuyé un accident terrible. Il étoit sous les armes sur la place Dauphine. Un charretier passoit. Son cheval prit le mors aux dents; et se précipitant avec la charrette sur le jeune escadron', il renversa plusieurs de ces enfans, en écrasa un, et en blessa grievement cinq à six autres. .

Un des ci-devant seigneurs recevoit un jour ses fermiers qui lui apportoient de l'argent. Il les fit placer à sa table, et dit au maître-d'hôtel de servir du TIERS-ÉTAT: c'étoit l'eau-de-vie qu'il appeloit ainsi. Vous avez raison , Monsieur, riposta sur-le-champ un des paysans, car c'est la liqueur qui a le plus de force et d'esprit:

L'assemblée nationale a déclaré nulles toutes les collations de cures, faites depuis que le décret sur la cons-, titution civile du clergé a été publié dans les lieux de ces collations illégales..

Elle a ordonné aussi aux directoires de district d'adresser au secrétaire de l'académie des sciences de Paris, un modèle , un étalon de chaque espèce de poids et mesures en usage dans tous les districts. C'est

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un préliminaire du grand travail que prépare l'assem blée nationale pour établir les mêmes poids et mesures dans toute l'étendue du royaume , et pour leur donner à tous un étalon, un régulateur universel calculé sur la nature et sur l'arithmétique.

Les dix juges nommés par les électeurs de Paris, et qui doivent former provisoirement le tribunal criminel, ont été installés au palais. M. Bailly, maire de la capitale, adressa aux spectateurs ces paroles : * Nous installons, Messieurs, des magistrats nou» veaux sur ces siéges antiques, c'est la loi constitu- tionnelle, c'est le choix de la liberté qui les y place. » Magistrats et loi, tout ici annonce la volonté pu» blique. Baissons un front respectueux devant les 9 ministres de la justice , et bénissons les premiers os juges de la nation ,.

Les nations libres sont celles qui s'occupent le plus généreusementà soulager les classes pauvres. En Angleterre, en Hollande, des sommes très-considérables sont consacrées aux besoins des veuves, des orphelins et des vieillards dépourvus de fortune et de famille. La nation françoise , devenue libre, deviendroit - elle moins humaine ? L'assemblée nationale a décrété qu'il y aura une partie des fonds publics, destinée à procurer du travail aux pauvres. Ce será , en même-' temps une cuvre de charité, un acte de justice, et une vue d'administration. Tant de bras , engourdis et paralisés par l'indigence ,, s'ils sont bien employés et bien dirigés, rendront avec usure les largesses qu'on leur fera. Ils vont se .ranimer, et ranimer avec eux les atteliers et l'industrie. La générosité publique est la politique en grand.

L'assemblée nationale s'est occupée aussi du sort des enfans trouvés. Elle a décrété que les ci-devant seigneurs ne seront plus obligés de pourvoir au soutien de ces infortunées créatures, et que les hôpitaux en seront chargés, jusqu'à nouvel ordre. Ces pauvres orphelins ne sont pas toujours le fruit de la débauche ; ce sont quelquefois des victimes que la misère livre au hasard. Une mère cependant, quelque pauvre qu'elle soit, ne peut délaisser ainsi son

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