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choses qui eussent demandé plus de contention d'esprit qu'il n'en faut pour composer des Entretiens sur des matieres aufli aisées à traiter, que celles dont il s'agit ici.

Ce n'est pas qu'il n'y ait donné toute l'attention que demandoient les choses dont il parle, soit pour les pensées, foit pour

les reféxions , soit pour le stile,

soit
pour

les bien-séances. Il ne faut jamais les négliger , mais il n'y a aucun genre d'écrire, où elles soient d'un plus grand usage que dans les Entretiens. L'on n'y doit jamais perdre de vûë, nile caractere des personnes que

l'on fait parler, ni ce qui

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fait la mariére de la conversation. Les sujets de celles

que

l'on donne au Public ne sont pas absolument du choix de l'Auteur. Comme elles sont pour

plậpart le resultat des Entretiens qu'il avoit alors avec une compagnie de personnes choisies ils sont tels qu'ils se présentoient naturellement, ou tels que quelqu'un de ceux avec qui il se trouvoit les proposoient,ou telsenfin qu'une nouvelle , ou quelque évenement auquel on s'interefsoit les faisoit naître.

L'on croit pouvoir dire à cette occasion que l'on ne sçauroit assez regretter que l'esprit de conversation se soit

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(pour ainfi dire, ) perdu en France , & qu’un jeu outré foit pour le tems qu'on y met, soit pour l'argent qui s'y confume , ait malheureusement pris fa place. Qu'un homme ou une femme d'esprit aille dans une compagnie où le devoir même les appelle, s'ils ne sont ni joueurs, ni joueuses, ils sont embarrassez ; ils embarrassent, ils s'apperçoivent qu'ils incommodent, qu'ils sont à charge. Sçaventils joüer, ont-ils de l'argent à perdre ? Fulent ils de la lie du peuple , n'euflent-ils de

la figure , ils font les bien venus, les aura ?

Les choses n'étoient pas

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l'homme que

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c'est à qui

ainsi du tems des Ballacs, des Godeaus , des Sarasins, des Voitures, des de Scudery, des de la Suze, des Deshoulieres , & de tant d'autres de l'un & de l'autre sexe, qui ont fait tant d'honneur à la France, L'esprit étoit alors conté pour quelque chose , il étoit de quelque ufage ; aujourd'hui de tous les talens, c'est le plus mutile, & quelquefois le plus dangereux.Onsçait bien qu'on ne peut pas toûjours converfer, il faut de la varieté dans les occupations , il faut du mélange dans la vie, mais de bánnir la conversation du commerce des hommes, c'est en bannir en quelque façon la raison, & le bon sens. Aulli

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á iiij

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sont-ils aujourd'hui d'assez peu d'usage. L'on ne s'entretient plus ( pour ainsi dire, ), qu'à bâtons rompus. Quelque bien , quelque agréablement que vous parliez, on ne vous écoutera pas; vous serez interrompu ; qu'un étourdi arrive, ses turlupinades seront préferees à tout ce que vous, pourrez dire de bon sens ; qu'une bagatelle se présente on la saisit, elle sera bien-tôt fuiyie d'une autre. N'attendez rien de mieux des convers sations d'aujourd'hui.

Cependant comme la raison est la qualité la plus essentielle , & la plus necessaire à l'homme, on devroit la cultis yer. Rien ne le fait mieux.

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