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ses de la Brie, cette terre classique du perdreau, pour venir s'enrôler à

, , Bade et pousser une petite reconnaissance d'avant-garde en plaine, simple histoire de se rendre compte des forces approximatives de l'ennemi. Eh bien ! en dépit des milliers de cartouches déjà brûlées, des centaines de victimes déjà immolées, n'en partez pas moins, joyeux volontaires du Sport Si jamais champ de bataille fut fait pour habituer un conscrit au feu, c'est assurément celui-là, où les recrues les moins exercées peuvent, en moins d'une campagne, conquérir successivement tous leurs grades.

Grâce à la nature du terrain, l'année 1860 sera pour tous les bords du Rhin une saison de chasse vraiment exceptionnelle. Le perdreau, que bien des chasseurs seront forcés de ménager ailleurs, parte que les couvées ont complétement manqué ce printemps dans les terres fortes, ont parfaitemient réussi, au contraire, dans les plaines sablonneuses et légères de tout le Grand-Duché de Bade. On ne se rappelle pas de mémoire d'homme avoir vu compagnies plus nombreuses et plus compactes. Quant au lièvre, auquel la sécheresse est si fatale, il abonde de son côté en raison de l'humidité de la saison; on le compte par troupeaux, par centaines; il n'est pas jusqu'au faisap lui-même, ce gibier de roi dont il y a deux ans nous reprochions la disette aux chasses splendides de M. Bénazet, qui, habilement propagé dans les cantons que nous avions indiqués nous-même comme les plus propices, de soit aussi commun cette année dans les taillis de Sandweier et d'Iffezheim qu'il l'est à Offembourg chez MM. de Bussières, ou dans les bois de MM. Aignan et Grozholtz, ces magnifiques tirés qu'envieraient Saint-Germain et Compiègne. Cette heureuse métainorphose, que nous appelions de tous nos væux, ne peut manquer de compléter admirablement, dans un mois, six semaines, les battues princières qui succèdent à l'arrière-saison à la chasse devant soi au chien d'arrêt; et si le mois de septembre, que le soleil si longtemps éclipsé paraît enfin vouloir favoriser de ses rayons, tient une partie de ses promesses, octobre à son tour ne peut faillir aux siennes, et heureux alors, cent fois heureux les chasseurs intelligents qui ne quitteront pas l'hôtel de la Cour de Bade, ce délicieux séjour où l'on est d'ailleurs si confortablement installé, avant l'époque de la chasse au bois, alors que rougit le pampre de lavigne vendangée, que la lisière du taillis se colore au soleil levant de ses teintes d'or et de pourpre, tandis qu'une légère gelée blanche élend sur le gazon humide de rosée son tapis semé de diamants. Maintenant qu'Alexandre, l'organisateur en chef de ces traques d'automne, n'a plus de motif plausible pour concentrer son quartier général à Iffezheim, qu'il a épousé la Perle du Soleil d'or, la belle Fanny, attendez-vous de sa part à des merveilles, et soyez certains que si vous captivez ses bonnes grâces par la justesse de votre coup d'ail, car il est bon chasseur et à ce titre il aime les gens adroits, il vous fera assister à des hécatombes comme vous n'en avez jamais vues en France.

Un autre attrait qui n'est pas non plus à dédaigner à Bade, une fois septembre arrivé, c'est la chasse à courre qui, cette fois, tient une large part dans la liste des fêtes annoncées, et qui commencera le 11 du mois prochain, juste le lendemain du dernier jour des courses. Si nous en croyons des rapports que nous avons lieu de croire exacts, tout nous fait espérer que cette partie du programme'arrêté ne sera pas la moins brillante, et par conséquent la moins recherchée.

C'est toujours Fortin qui est à la tête de l'équipage; Fortin, ce piqueur de bonne maison, appartenant de père en fils, comme les Firmin ses cousins, à la vieille école française et qu'après avoir vu à l'auvre, il y a deux ans, dans cette même forêt de Bondy, si chère à ses souvenirs de jeunesse, attendu que c'est là qu’ont eu lieu ses débuts sous les ordres du prince de Joinville, nous nous sommes applaudi d'avoir attaché au service de M. Bénazet, cet autre prince qu'on ne détrônera pas celui-là, espéronsle du moins. Le personnel de la Vénerie a subi sous son impulsion quelques modifications heureuses el se compose aujourd'hui, outre le premier piqueur, de trois valets de chiens à cheval et d'un valet de chiens à pied, total cinq hommes, nombre très-suffisant pour les besoins du service, mais que réclamaient impérieusement, les jours de chasse, la distance qui sépare Iffezheim, Sandweier, Rastadt, les forêts principales où l'on attaque, et partant la difficulté des quêtes.

Quant à la meute, elle a passé aussi par d'importantes réformes : renforcée vers la fin de 1859 par l'acquisition d'excellents bâtards, qui n'ont pas peu contribué aux brillants succès de cette saison, elle a hérité depuis cette époque de l'élite des chiens de M. le baron de Poilly, choisis par Fortin lui-niême, au moment où allait se démembrer ce remarquable vautrait, le chenil le mieux tenu de France, Voici, du reste, le tableau officiel de l'équipage de Bade, tel qu'il se compose aujourd'hui au moment où va s'engager la campagne.

PERSONNEL EN HOMMES.

Premier piqueur
1er valet de chiens à cheval,
2me id.

id.
id.

id. Valet de chiens à pied.

Fortin.
Pascal Trouvé.
Guilbert.
Guillaume Kuterrer.
La Brisée.

3 me

CHENIL.

62 chiens de meute ajusi répartis, savoir :

30 chiens restant de l'ancien équipage : Tagarreau. Ravageau.

Royulau. Mitraille. Persilleau.

Rusteau. Borgnesse. Cendrilleau.

Romulus.

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20 Chiens provenant de chez M le baron de Poilly (1)
Ténébreau.
Roméo.

Printanneau.
Tamerlan.
Floribeau.

Nathan,
Taquineau.
Conquérant.

Corsaire.
Murmureau.
Bout-en-Train

Cerf-Volant.
Généreac.
Termineau,

Grisonneau.
Basteau.
Grenadier.

Forster.
Mentor.

Mirador.

Avec de pareils éléments, l'équipage de Bade n'a rien à envier assurément aux véneries les mieux organisées. Le théâtre sur lequel il est appelé à s'exercer répond à la grandeur de la mise en scène : buissons détachés amenant forcément chaque fois des débuchers plus ou moins sérieux, rivières à franchir, fossés à sauter, prairies marécageuses à éviter si l'on ne veut s'embourber soi et son cheval jusqu'aux épaules; puis, à l'horizon lointain, le Rhin, dernière ressource qu'invoque l'animal sur ses fins, pauvre fugitif demandant à la France, ce champ d'asile des malheureux, la protection que lui refuse la rive allemande.

Sur 25 laisser-courre effectués dans la dernière campagne, Fortin a sonné 17 hallalis, résultats magnifiques eu égard à toutes les difficultés de terrain que nous venons d'énumérer plus haut et qui font justement le charme de la chasse. Un bon nombre de sportsmen étaient restés à Bade, jaloux de prendre part, sous la conduite de M. Emile Dupressoir, l'aimable et courtois commandant de l'équipage, à ces réunions brillantes qui ont jeté longtemps encore l'animation et la gaieté dans la ville, déserte d'ordinaire dès les premières gelées de l'automne. Au retour des vainqueurs, rentrant en ville fanfares en tête, le pied de l'animal pris suspendu à l'arçon de leurs selles,

(1) Beaucoup de noms ont été changés dans cette dernière remonte depuis l'acquisition des chiens.

avaient lieu chez Weber de charmants repas auxquels s'attablaient sans façon Français, Anglais, Allemands, confondus ensemble, véritable communion cynégétique faite pour rallier tous les cæurs et qu’animait la joie la plus franche. Aussi quand fut venu le moment des adieux, moment qu'on ne voit jamais arriver sans regrets lorsqu'on se trouve en si bonne compagnie, on ne voulut pas clore ce déplacement sans laisser à l'homme éminemment distingué qui en avait été le chef et l'âme, un témoignage public de la sympathie générale. Il fut décidé à l'unanimité qu'un couteau de chasse d'honneur serait offert au nom de la société reconnaissante, à M. Émile Dupressoir, le neveu de M. Bénazet.

C'est le fils d’un banquier de Strasbourg, M. Charles OEsinger, un jeune artiste plein de talent quoiqu'en même temps homme du monde, un digne rival en son genre des Nieuwerkerke et des Dorsay, qui voulut bien accepter la mission délicate de dessiner ce couteau de chasse, Barye lui-même ne s'en serait pas mieux acquitté : celte arme est un véritable chef-d'æuvre dont nos abonnés nous permettront d'emprunter la description et le dessin sur bois, à l'Illustration de Bade, ce charmant petit journal que la Mode a définitivement adopté sous son patronage.

« Le motif du groupe qui forme la poignée de ce couteau de chasse dit notre confrère, est d'un goût distingué, d'une exécution irréprochable. Un vieux sanglier sur ses fins est coiffé par deux chiens français. Un troisième sc cramponne sur le dos du monstre et rompt heureusement l'arête de soies dont le relief eût été désagréable à la main. Devant la bête roule, en se renversant, un autre chien blessé; cette partie du groupe complète la silhouette qui eût été trop coupée de ce côté. Le terrain est grassement touché, les animaux bie'n sortis.

«La garde ou plaque de l'arme est trèsélégamment comprise. Un daim sort du bois, franchit un tronc et forme le relief principal dont un groupe de chiens complète l'économie. Tout cet arrargement est bon, l'ensemble de la poignée bien ménagé pour le coup d'ail et pour la main. C'est à la fois élégant et commode.

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« C'est à un souper motivé par cette petite solennité cynégétique, qu'on a présenté à M. Dupressoir ce couteau chef-d'œuvre. On a porté un toast aux chasses de Bade passées, on a fait des projets pour les chasses futures, et chaque convive s'est engagé à se présenter sous l'habit rouge pour la première réunion d'automne.

Il n'était pas possible de la part des chasseurs qui ont suivi l'hiver dernier les chasses de l'équipage, de témoigner d'une façon plus aimable leur reconnaissance collective au veneur chargé de les diriger et qui a su si bien remplir cette mission délicate. Espérons que 1860, tout en ajoutant un fleuron de plus à la réputation de M. Émile Dupressoir comme veneur, fournira également plus d'une noble page à nos Echos de la Vénerie et des chasses, chronique à laquelle nous souhaiterions encore plus de retentissement qu'elle n'en a, chaque fois qu'il s'agit pour nous de cette bonne fortune si rarement appréciée, de pouvoir faire publiquement l'éloge mérité d'un galant homme.

LÉON BERTRAND.

CORRESPONDANCE.

On nous écrit du Palais de Fontainebleau :

MAISON DE L'EMPEREUR

SERVICE DE LA VÉNERIE.

Monsieur le Rédacteur,

Dans un article intitulé : Échos de la Vénerie et des Chasses, qui a paru dans votre numéro du 15 courant, on lit la phrase suivante :

« A notre avis, la méthode pratiquée aujourd'hui par la Vénerie Impériale, qui, sous les ordres du baron Lambert, son Commandant, se montre de plus en plus fidèle aux bons principes, est incontestablement préférable à l'autre. »

Permettez-moi de relever ici deux erreurs que vous avez involontairement commises.

1° Je ne suis pas Commandant de la Vénerie, position qui n'existe pas dans notre service, mais simplement Lieutenant de Vénerie.

2° Les mots « sous les ordres du baron Lambert, pourraient laisser

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