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d'autres circonstances, je n'aurais pas voulu abuser aussi longtemps de votre bienveillante attention, mais nous avions à parcourir un trajet assez long, et j'ai pensé l'utiliser en vous racontant tous les détails qui ont accompagné l'acquisition du petit animal qui, en nous permettant désormais de chasser le loup, comblera la lacune si fâcheuse qui existait dans nos programmes de déplacements.

a Demain, il faut l'espérer, Monsieur-le-Curé ne se ressentira plus de son indisposition, et dans ce cas, nous reprendrons le programme forcément abandonné aujourd'hui. )

Le comte du Botdéru achevait sa narration au moment où les chasseurs arrivaient à l'endroit désigné pour le rendez-vous. Chacun s'empressa de gagner le poste qui lui était assigné. Du reste, aucun incident digne d'être raconté ne se produisit dans cette journée, qui se termina par la prise du chevreuil détourné par le compère Michel.

Que me reste-t-il à ajouter à ce qui précède ? La chasse du lendemain fut l'occasion d'un nouveau triomphe pour Monsieur-leCuré. Ce triomphe se renouvela deux autres fois pendant la durée de ce déplacement. Il en fut de même pendant plusieurs autres déplacements qui se succédèrent pendant cette même saison de chasse.

Enfin, deux ans après les incidents qui font l'objet de ce récit, la plupart des mêmes chasseurs se trouvaient conviés par le noble comte, à un déplacement dont le siége avait été fixé en la ville de Château-Neuf-du-Faon. Le premier jour avait été désigné pour l'attaque d'une portée de louvarts cantonnés dans le bois de Coatbihan. Les compagnons habituels de M. du Botdéru remarquèrent l'absence de Monsieur-le-Curé; mais si cette remarque fut accompagnée de la crainte d'un insuccès, cette crainte ne tarda pas à se dissiper. Trois louvarts furent successivement attaqués et portés bas après une menée des plus acharnées; et cependant tous avaient débûché; et de plus Monsieur-le-Curé était absent. En effet, la mission de ce dernier était terminée. Grâce à l'énergique concours de ce bon petit animal, la meute du comte avait fini par se créancer solidement. Depuis ce moment, eile se prit à chasser le loup avec un acharnement incroyable, et nul en France ne peut désormais se vanter de posséder, pour la chasse du loup, une meute supérieure à celle de M. le comte du Botdéru.

PAUL JEGOU DU LAZ.
Saint-Pol-de-Léon, 5 septembre 1860.

TYP. J. CLAYE.

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CHASSE AUX AIGLES

DANS L’AMÉRIQUE DU NORD.

A tout seigneur, tout honneuri

(Suite et fin)

Pendant mon séjour à New-York, je me plaisais souvent à me faire transporter par un des nombreux bateaux à vapeur qui sillonnent la baie, jusqu'au point extrême de Staten Island, et là, seul avec mon chien, je me frayais un passage vers les roches basaltiques que baignent les vagues frémissantes de l'Océan, loin, bien loin derrière le télégraphe maritime.

J'avais découvert en aval, parmi ces îlots nombreux, étapes semées sur l'Atlantique de New-York à Key-West, une petite île d'un demi-quart de lieue en largeur et en longueur, séparée du continent par un fossé large tout au plus comme la Seine à Paris, et à moitié vide à la marée basse. A vrai dire, quand le ressac se faisait sentir, la mer roulait comme le mascaret de Quillebæuf.

En cet en droit, éloigné de toute civilisation, n'ayant aucun contact avec le reste de le société américaine , s'élevait une petite hutte où demeurait, en 1846, une grande fille de vingt-deux ans, virile créature d'un aspect sévère et doux à la fois, possédant une voix sympathique qui me rappelait le gazouillement de la grive américaine lorsqu'elle endort sa couvée.

Jessie - tel était le nom de la pauvre habitante de la hutte du bord de la mer-avait perdu sa mère; et celui qui lui avait donné la vie, son père, vieux et infirme, demeurait tous les jours accroupi devant le foyer, fumant sa pipe et observant un morne silence. Le chagrin l'avait rendu presque fou.

.

Jessie avait bravement pris soin de ses quatre frères, et, grâce à la pêche abondante dans ces parages, aux nids d'oiseaux de mer, à la capture des cerfs auxquels elle tendait des lacets, la nourriture ne manquait jamais au logis. L'aîné des jeunes garçons avait environ vingt ans et le dernier des enfants, celui qui avait été cause de la mort de la mère, environ quatorze. Il se nommait Ben.

Ce petit être — petit à cause de sa taille, car on lui eût à peine donné huit ans, était le favori de la famille, et si jamais le père souriait à quelqu'un, c'était à lui.

Ben ne savait point manier le filet, travailler la terre ou aider aux travaux du ménage, mais sa grande occupation consistait à tresser des guirlandes d'algues marines, à fabriquer des nattes de joncs, et à ramasser des coquillages pour arranger des colliers et des bracelets à sa soeur.

Souvent on le trouvait couché sur une grande roche plate, der- · rière laquelle s’abritait la hutte paternelle, et là, les yeux fixés sur l'Océan, il suivait du regard les voiles blanches d'un navire, ou le courant rapide au milieu duquel s'ébattaient des dorades au dos bleu, des « başs » aux écailles de fer ou des bonites vagabondes.

Souvent encore, à l'aide d'un croc, l'enfant attirait sur la plage des vulves, des goémons, des algues que les vagues furieuses de ces contrées arrachent sans cesse aux prairies submergées de l'Océan et poussent sur les rivages. C'était là tout le travail auquel Ben eût pu jamais s'astreindre, et on l'aimait tant que ni sa seur ni ses frères ne songeaient à le gronder ou à lui reprocher cette paresse instinctive.

Dès la première entrevue, Ben s'était pris d'une belle amitié pour moi, quoique dans une tout antre circonstance il se fût effarouché de la présence d'un étranger sur la plage solitaire.

La seconde fois que je mis les pieds sur l'île, il m'engagea à demeurer quelques jours avec lui, Je me décidai à accepter cette aimable proposition, d'autant plus que Ben se flatta de me montrer des poissons, des oiseaux et des animaux tout à fait inconnus pour moi.

Et, en effet, le petit bonhomme ne me trompait point; il connaissait tous les gîtes, grimpait parmi les aspérités des rochers, mettait la main sur le pingouin accroupi sur son auf sans le faire fuir; et, où j'aurais déclaré la guerre, lui, faisait la paix,

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