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Arrêtons : « ART. 1o. A l'époque de la pousse de la vigne et de l'approche de la « maturité des raisins, c'est-à-dire du 1er août jusqu'à la clôture du ban « des vendanges, il est défendu de laisser errer les chiens dans toute l'éten« due du territoire; ils devront être tenus en laisse.

« Art. 2. Avant la clôture des vendanges il est interdit de chasser sur le « territoire de Marly, à moins de 100 mètres des vignes.

« ART, 3 ET DERNIER. Les contrevenants seront poursuivis conformé« ment aux lois et déférés devant le tribunal compétent. « Marly-le-Roi le 11 août 1859.

« Le maire : MOIESSERON. » « Approuvé par M. le Préfet de Seine-et-Oise, le 29 août 1859, et publié « à Marly-le-Roy, le lendemain.

Malgré l'intitulé prétentieux de cet arrêté, les chasseurs de Marly-le-Roi croyaient avec raison, ce me semble, que la seule restriction apportée à l'exercice de leur droit était celle indiquée par l'art. 2, empêchant la chasse à une distance d'au moins 100 mètres des vignes, et cela dans un but de sécurité que tout le monde a compris et respecté. - Les chasseurs comptaient sans l'art, 1er, et surtout sans le commissaire de police de Marlyle-Roi.

L'interprétation la plus réjouissante el la plus burlesque dudit art. 1er devait être découverte par ce fonctionnaire; - je vous donnerais entre mille de la trouver, vous n'y parviendriez pas, à moins de tomber dans l'absurde, écueil qu'un esprit net et sensé comme le vôtre sait toujours éviter.

Cette interprétation, vraiment phénoménale, consiste à induire de l'article 1er, que puisque les chiens ne peuvent errer sur le territoire de la commune de Marly-le-Roi, qu'au contraire ils doivent être tenus en laisse, il s'ensuit que lout chasseur trouvé en action de chasse avec un chien non tenu en laisse, contrevient formellement aux prescriptions de l'arrêté.

On énonce une pareille prétention, mais op ne la discute pas.

En conséquence de cette bizarre application de l'art. 1er, neuf procèsv«rbaux ont été dressés par le commissaire de police de Marly-le-Roi contre sept chasseurs différents, pour avoir été trouvés chassant sur le territoire de cette commune (à plus de 100 mètres des vigaes), avec des chiens non tenus en laisse. — Et ces neuf procès-verbaux ont amené, chose inouïe, neuf condamnations, prononcées par M. le juge de paix de Marly, dont deux notamment à la suite d'opposition forınée par moi, défaillant à une première audience, et cela malgré la production devant ce juge d'une lettre de M. le préfet de Seine-et-Oise, obtenue à litre d'arrêté interprétatif, pour fixer aux yeux de tous, en termes précis, le véritable sens et la véritable portée de l'art. 1er dont il s'agit.

Voici textuellement l'interprétation de M. le préfet de Seine-et-Oise, adressée à M. le maire de Marly-le-Roi, et portant la date du 18 OCtobre 1859:

TONE XXIX. — 2 SEMESTRE 1860.

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« En approuvant votre arrêté, monsieur le maire, je n'ai pu détruire a l'arrêté général applicable à tout le département, concernant l'ouverture « de la chasse. Il est donc bien entendu dans mon appréciation que je n'ai « vu dans l'art. 1er de votre arrêté que ce qui s'y trouve réellement, à « savoir que les chiens ne doivent pas errer sur le territoire de Marly, qu'au « contraire ils doivent être tenus en laisse ; mais comme il n'est pas possible « de chasser avec des chiens tenus en laisse et qu'on chien employé à la « chasse ne peut être considéré comme un chien errant, il s'ensuit que « l'approbation donnée à votre arrêté du 11 août ne détruit en rien les

dispositions de l'art. 3 de mon arrêté du 3 août, sur l'ouverture de la « chasse, et que si les chiens ont dû être tenus en laisse par les chasseurs, « ce ne peut être quand ils étaient en chasse ; mais seulement dans le trajet « pour aller de leur domicile à l'endroit où ils entraient en chasse. »

Maintenant, Monsieur, vous reconnaîtrez avec moi qu'aucune des 36,000 communes de France ne se trouve placée dans une condition aussi curieusement exceptionnelle que la nôtre, relativement à l'exercice du droit de chasse.

En effet, si d'un côté la loi de 1844 nous autorise à chasser avec des chiens, - d'un autre côté un simple arrêté communal, s'élevant au-dessus de la loi par son application brutale et inintelligente, nous empêche d'user de notre droit, et si nous sommes assez osés pour le revendiquer, M. le commissaire de police et M. le juge de paix du canton de Marly-le-Roi nous poursuivent et nous condamnent impitoyablement, au mépris de la loi et de l'autorité supérieure elle-même.

Ce conflit entre l'administration et la justice n'est-il pas déplorable ?

Dans cette situation, Monsieur, je prends la liberté d'en appeler à votre compétence notoire en matière de chasse, et je viens vous demander:

1• Si M. le préfet a raison vis-à-vis de M. le juge de paix ? 2o Si au contraire M. le juge de paix a raison vis-à-vis de M. le préfet?

30 Et si la manière dont M. le juge de paix a interprété l'arrêté jusqu'à ce jour peut faire jurisprudence pour l'avenir ?

Je vous serais en même temps bien reconnaissant, Monsieur, de vouloir bien publier ma lettre dans votre journal, ne fût-ce que pour éviter à tout disciple de saint Hubert qui oserait s'aventurer sur notre territoire, l'agrément d'une chasse dans nos laillis avec un chien tenu en laisse, ou mieux encore le désagrément d'un procès-verbal et d'une condamnation.

Agréez, je vous prie, Monsieur, l'expression des sentiments les plus respectueux de votre très-humble serviteur.

Aux MAUGÉ, propriétaire à Marly-le-Roi (Seine-et-Oise (1).)

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(1) Le fait incroyable que nous signale ici M. Mauge, nous a paru tellement désopilant, que lout en ouvrant nos colonnes à ses justes réclamations, nous n'avons pu résister au désir de consacrer notre lithographie mensuelle à la reproduction d'un coin de ce tableau d'ouverture qui n'a pas eu de précédent, sans contredit, dans les fastes cynégétiques.

LE JARDIN ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

DU BOIS DE BOULOGNE.

Le Jardin zoologique d'acclimatation est ouvert au public. C'est le samedi 6 octobre, qu'a eu lieu l'inauguration de cet établissement modèle, solennité pour laquelle de nombreuses invitations avaient été adressées par l'administration à toutes les sommnités de la presse parisienne, et que S. M. l'Empereur, accompagné du maréchal Pélissier et du général Roguet, a bien voulu honorer de sa présence. La contenance de ce charmant jardin, qui sera un jour le rendez-vous de prédilection de tous les nombreux promeneurs qu'attirent le bois de Boulogne et ses merveilles, n'est que de vingt hectares environ; mais l'habileté avec laquelle il a été dessiné, dissimule tellement bien ce peu d'étendue, qu'il semble, à première vue, rerfermer un parc tout entier. On sait que l'art de la perspective joue un grand rôle dans les créations de ce genre. Si la nature fait beaucoup, l'homme quelquefois fait mieux encore : c'est ce qui est arrivé ici dans l'amédagement du Jardin zoologique. Le moindre point de vue y a été si bien ménagé par l'artiste intelligent qui a présidé à sa distribution, qu'on se croirait dans un domaine immense : c'est à ce point que le Mont-Valérien et l’Arc-de-Triomphe de l'Étoile semblent, pour ainsi dire, renfermés dans son horizon sans limites.

Quant au Jardin, figurez-vous un délicieux vallon traversé d'un bout à l'autre par une rivière qui serpente au centre, tantôt s'élargissant en lacs tranquilles, tantôt se précipitapt en cascades écumantes, et qui ne le quitte qu'après lui avoir laissé tous les habitants que comporte une eau claire et limpide; des milliers de cygnes, de canards, de sarcelles et nombre d'autres variétés aquatiques empruntées à grands frais à toutes les parties du monde, pour animer ces rives enchanteresses de leurs cris et de leurs ébats. Les lacs giboyeux de la verte Erin ne sont, en fait d'oiseaux d'eau, ni plus variés ni plus riches. Tout autour de la rivière, et dans les pentes abritées du vallon, sont groupés artistement çà et là soixante petits parcs ou enclos, où paissent dans des prairies qui feraient envie à un cottage anglais, des cerfs, des antilopes du Cap, des gazelles du désert, des autruches, des kangourous, tout un troupeau d'alpacas et de guanaco, et une infinité d'autres espèces rares et précieuses, dont l'intention des fondateurs est d'enrichir avant peu et la France et l'Europe. Partout la captivité de ces animaux est dissimulée par de légers grillages ; qui permettent à leurs regards de pénétrer dans les profondeurs mystérieuses du bois, et leur laissent au moins l'apparence de celle liberté qu'ils ont perdue. Tous ces riants motifs, verts pâturages, lacs argentés, parcs ombreux, se relient à un rocher pittoresque qui domine la scène, et qui, placé au centre environ du jardin, complète admirablement le tableau. Couvert de lierre et de vignes vierges, sillonné, de la base au sommet, de plantes grimpantes, ce monticule est le domaine de prédilection d'une troupe de mouflons à manchettes qui y vivent et broutent en paix, rappelant poétiquement aux classiques promeneurs le pendentes de rupe

de Virgile.

Une circonstance indépendante de notre bonne volonté, nous ayant, à notre grand regret, mis dans l'impossibilité d'assister le 6 à l'inauguration officielle du Jardin d'acclimatation, que l'Empereur, inscrit le premier parmi les membres fondateurs de la Société, a visité ce jour-là dans ses moindres détails, avec un intérêt visible et une bienveillance charmante, ce n'est qu'avant-hier que nous avons pu à notre tour consacrer quelques heures à parcourir cet établissement important, qui est appelé, nous n'en doutons pas, et cela dans un temps très-rapproché, à rendre des services réels, non-seulement à la science, mais aux plaisirs des heureux de ce monde.

Si nos lecteurs veulent s'en convaincre, qu'ils fassent comme nous : qu'ils se déplacent, et quand dans ce petit espace de terrain ils auront vu réunis presque dans la même enceinte, ces magnifiques cerfs de Borneo et de Virginie, ces charmants axis à la robe mouchetée, ces cerfs rusa, ces antilopes Nilgau; quand ils auront visité ces volières toutes peuplées de faisans, d'outardes, de hoccos, de colins, ils seront convaincus, comme nous le sommes nous-ınêmes, que la fondation du Jardin zoologique d'acclima. tation est une œuvre éminemment utile, dont les chasseurs sont plus intéressés que personne à encourager les progrès, puisqu'il y a là toute une source de richesses nouvelles destinées à alimenter un jour leur passion favorite.

C'est M. le comte d'Espremenil, l'honorable secrétaire-général de la Société d'acclimatation, cette société d'élite qui compte aujourd'hui dans son sein plus de sept à huit cents membres, parmi lesquels figurent la plupart des souverains de l'Europe, qui a bien voulu avec une urbanité toute cordiale, dont nous lui savons un gré infini, faire au Journal des Chasseurs l'honneur de l'accompagner en personne, malgré upe pluie battante, dans cette petite exploration. M. d'Espréménil joint à ses autres mérites celui d'être, à notre connaissance, un disciple de saint Hubert des plus fervents : c'était donc pour nous une double bonne fortune que de le voir, dans cette circonstance, mettre à notre disposition et sa science en histoire naturelle et ses instincts cynégétiques.

Grâce à lui nous avons tout vu, tout examiné en détail, depuis la faisanderie déjà si riche en sujets de toute espèce, depuis les parquets des oiseaux de basse-cour, l'une des collections les plus rares et les plus complètes qui existent, jusqu'aux écuries, où nous avons admiré plusieurs couples d'hémiones d'une conformation remarquable, divers zébus, les uns nés en France, les autres venant directement de l'Inde; un attelage très-curieux de poneys nains du plus joli modèle; et, quand avant peu, toutes ces richesses déjà acquises seront complétées par les embellissements futurs qui ne sont encore qu'à l'état de projet, la main-d'euvre en tout marchant toujours moins vite que la volonté de l'homme; c'est-à-dire quand on pourra livrer au public cette magnanerie modèle, où se traduirunt à l'œil nu tous les mystères de l'éducation des vers à soie ; ce vaste aquarium, alimenté par l'eau de la mer, à l'instar de celui de Londres, véritable Palais de Cristal, celuilà, où, au milieu des madrépores, des coraux et des plantes marines, se reproduiront les poissons les plus rares, les êtres les plus bizarres de l'élément liquide, lorsqu'on pourra ouvrir aux promeneurs les portes de ces serres splendides, véritable jardin d'hiver, où l'amateur, qui voudra se reposer un instant, trouvera en même temps que les divans les plus moelleux tout un cabinet de lecture, enrichi des journaux et des revues périodiques du jour, avouez qu'il faudrait être bien peu curieux, Parisien, provincial ou étranger, pour ne pas venir rendre visite au Jardin zoologique du Bois de Boulogne et apporter son modeste tribut au monument véritable que viennent d'élever là, à la gloire de la France, et avec un grand désintéressement, une société d'hommes intelligents dont le succès le plus coinplet doit indubitablement couronner les efforts.

LEON BERTRAND.

TIR NATIONAL FRANÇAIS. Tous les journaux de Paris et de la province oot déjà entretenu leurs lecteurs du nouveau tir national; ils leur ont fait connaitre les dispositions locales de cet établissement destiné à devenir un modèle dans son genre, el les différents prix et primes offerts aux tireurs, ainsi que les conditions réglementaires du concours. Les détails que nous donnerions aujourd'hui à nos abonnés seraient donc tout à fait dépourvus d'intérêt.

Le Journal des Chasseurs reinet à son prochain puméro, l'article assez important qu'il se réserve de publier sur le tir national français. A cette époque le concours sera clos, les résultats connus, et il sera possible de porter un jugement raisonné sur l'avenir probable d'un établissement dont nous désirons vivement le succès et que nous considérons comme l'une des nouveautés les plus intéressantes de notre époque ; nous serons donc trèsheureux si par nos observations sincères et quelque peu pratiques, nous apportons notre pierre à l'édifice.

Tout nous semble indiquer que l'époque fixée actuellement pour la clôture devra être prorogée. Le temps affreux qu'il ne cesse de faire a dů non-seulement éloigner les amateurs, mais encore rendre matériellement impossible le tir des armes de précision à longue distance, pour lequel un temps clair et calme est de première nécessité.

C. G.

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