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inflexibles. Ma prétendue supériorité dans l'art de vous guider vers des buts contraires, est done une injure vide de sens, un trait lancé du bas en haut, que trente volumes repoussent assez pour que je dédaigne de m'en occuper » (1).

» Il sera plus utile de vous montrer, messieurs, par un exemple sensible, les difficultés qui, je le soutiens nettement, rendent impraticable aujourd'hui une rédaction de la décla ration des droits.

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» Après cet article (10).

» On ne sauroit, sans attenter aux droits des citoyens, les priver de la faculté de s'assembler dans la forme légale, pour consulter sur la chose publique, pour donner des instructions à leurs mendataires, ou pour demander le redressement de leurs griefs.

(1) Voilà les propres mors que j'ai dit, et voilà ce que l'auteur du courier de Versailles appelle se disculper; voilà ce qu'il a tourné en excuse. Il ajoute, que jusqu'alors je ne m'étois pas démenti. Si je me suis démenti, l'Europe sera mon juge; je touche à l'impénitence finale; car je persiste à croire une déclaration de droits impos sible à rédiger aujourd'hui, si l'on veut qu'elle ne soit, ni dangereuse, ni insignifiante, et l'on travaille très-péniblement et très-longuement à prouver, par le fait, que j'ai raison. Note de Mirabeau.

J'avois proposé à mes collègues du comité cet article (11).

Tout citoyen a le droit d'avoir chez lui des armes et de s'en servir, soit pour la défense commune, soit pour sa propre défense contre toute aggression illégale qui mettroit en péril la vie, membres, ou la liberté d'un ou de plusieurs citoyens.

les

» Mes collègues sont convenus tous que le droit déclaré dans cet article est évident de sa nature, et l'un des principaux garans de la liberté politique et civile; que nulle autre institution ne peut le suppléer; qu'il est im-` possible d'imaginer une aristocratie plus terrible que celle qui s'établiroit dans un Etat, par cela seul qu'une partie de citoyens seroit armée, et que l'autre ne le seroit pas; que tous les raisonnemens contraires sont de futiles sophismes démentis par les faits, puisque aucun pays n'est plus paisible, et n'offre une meilleure police que ceux où la nation est armée. MM. du comité n'en ont pas moins rejeté l'article, et j'ai été obligé de déférer à des raisons de prudence qui me paroissent préocuper cette assemblée même, puisque le récit de ma proposition excite quelques murmures. Cependant, il est bien clair que les

circonstances qui vous inquiètent sur la déclaration du droit naturel qu'a tout citoyen d'être armé, sont très-passagères : rien ne peut consoler des maux de l'anarchie, que la certitude qu'elle ne peut durer ; et certainement, ou vous ne ferez jamais la constitution Françoise, ou vous aurez trouvé un moyen de rendre quelque force au pouvoir exécutif et à l'opinion, avant que votre constitution soit fixée. Quel inconvénient y auroit-il donc sous ce rapport, à ce que la rédaction de la déclaration des droits fût renvoyée à la fin du travail de la constitution? Je, pourrois faire vingt rapprochemens pareils, et sur-tout montrer qu'il n'est pas un seul projet de déclaration des droits dont les défauts tiennent en grande partie au contraste des circonstances avec le but d'une telle expression>>.

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» Mais, Messieurs, avoir raison ou se tromper est peu de chose et n'intéresse guère que l'amour-propre. Entendre soupçonner ou persifler ses intentions dans une assemblée politique où l'on a fait ses preuves, est une tolérance qu'un homme qui a le sentiment de sa dignité personnelle ne connoît pas ; et j'espère que vous approuverez cette courte explication ».

Le président ayant ensuite proposé le renvoi du projet du comité des cinq, à la discussion des bureaux dans la séance du soir, pour en être ensuite délibéré le lendemain cette proposition fut approuvée (1).

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Séance du soir 19.

Après quelques rapports différens, M. MiRABEAU demanda la parole, et dit :

MESSIEURS,

» Il n'est sans doute aucun de nous qui ne sente l'importance du crédit national, et qui ne prévoye combien il sera nécessaire d'en faire usage, pour remplir les engagemens que nous avons déclarés inviolables.

(1) Le lendemain, un projet de déclaration des droits, présenté par le sixième bureau, fut accueilli.

Le calme qui a suivi la publication de ce projet une fois adopté, a prouvé, aux hommes, qui vouloient que la constitution fit le moins de malheureux possible, si M. Mirabeau avoit tort de vouloir que la rédaction en fut ajournée. Les auteurs les plus célèbres n'ont jamais fait la préface d'un beau livre, qu'après avoir fait le livre.

>> Nous devions espérer que les revenus publics resteroient du moins ce qu'ils étoient jusqu'au moment où vous les remplaceriez par des contributions plus sagement assises et plus équitablement réparties. Mais dans le trouble et l'anarchie où les ennemis de cetteassemblée ont plongé le royaume, des perceptions importantes ont disparu, et il est devenu tous les jours plus difficile de pourvoir aux dépenses que nécessitent les besoins de P'état. »

en

» Ce malheur ne les rend ni moins urgentes ni moins considérables. Au contraire même tems que de nouveaux déficits se forment, il est chaque jour plus important de se précautionner contre l'anarchie. Nous devons craindre, sur-tout, d'exposer le royaume au désespoir qui résulteroit d'une longue cessation des paiemens que fournit le revenu public. La chaîne de ceux qui subsistent par la circulation de ces paiemens est immense. On y rencontre sans doute, des hommes assez . riches pour supporter de grandes privations; mais ces riches, sont des agens de la circulation, et si elle s'arrêtoit dans leurs mains, la pénurie atteindroit une foule d'individus qui ne peuvent être privés de rien, sans sacri

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